Entre avancées en matière de sécurité et promesses non tenues : le bilan mitigé de Donald Tusk à mi-mandat

À Bruxelles, Donald Tusk est perçu comme le symbole du retour de la Pologne dans l’UE. Mais, alors qu’il arrive à la moitié de son mandat, au niveau national, son gouvernement fait face à un mécontentement croissant parmi la population, à des tensions internes et à des critiques sur des promesses non tenues.

EURACTIV Pologne
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Donald Tusk, Premier ministre polonais. [Getty Images/Nicolas Economou_NurPhoto]

VARSOVIE — Donald Tusk est revenu au pouvoir en décembre 2023 à la tête d’une coalition quadripartite composée de sa Coalition civique (KO) pro-UE, du parti centriste Pologne 2050, du Parti populaire polonais (PSL) de centre-droit et de La Gauche (Lewica). Il a succédé au parti Droit et Justice (PiS), qui, malgré sa victoire électorale en octobre 2023, n’avait pas réussi à former une majorité.

Mais deux ans plus tard, 60 % des Polonais se disent insatisfaits du gouvernement, selon un sondage SW Research réalisé pour Onet. Sur 100 promesses électorales de la KO, seules 19 ont été pleinement mises en œuvre jusqu’à présent. Des mesures majeures, comme l’augmentation du seuil d’imposition sur le revenu à 14 000 euros, n’ont toujours pas été appliquées.

Lors d’un discours prononcé mercredi 15 octobre dans la petite ville de Piotrków Trybunalski, Donald Tusk a reconnu le malaise de la population, mais a suggéré que les détracteurs négligeaient la priorité fondamentale de son gouvernement : la sécurité nationale.

« Après deux ans, je constate un manque de consensus parmi les Polonais sur ce qui sert véritablement notre intérêt national. Nous n’avons toujours pas défini de priorités communes, dont la plus importante est bien sûr la sécurité », a-t-il indiqué. « Défendre les frontières de la Pologne contre un agresseur est notre responsabilité commune. »

La Pologne est le pays de l’OTAN consacrant la plus grande part de son PIB à la défense, avec 4,48 % prévus pour 2025. « Il n’y a pas de meilleure évaluation pour moi. C’est la plus grande récompense que la Pologne puisse avoir », estime par ailleurs le Premier ministre.

Réformes judiciaires controversées

Le président Karol Nawrocki, soutenu par le PiS, a publiquement critiqué le gouvernement, avertissant qu’« il n’y a pas de confiance publique lorsque des promesses sont faites mais non tenues ».

L’opposition nationaliste ne voit pas de quoi se réjouir non plus.

Le leader du PiS, Jarosław Kaczyński, a également qualifié les deux années au pouvoir de Donald Tusk de « terribles », voyant la réforme judiciaire du gouvernement comme une « entreprise de nature criminelle ».

La réforme judiciaire et la responsabilité pour les abus présumés commis sous le PiS étaient des promesses électorales clés de la coalition de Donald Tusk. Lorsque le parti conservateur était au pouvoir, les conflits liés à l’État de droit en Pologne ont conduit la Commission européenne à bloquer les fonds de relance et de cohésion de l’UE destinés à Varsovie. Bruxelles n’a débloqué les fonds gelés qu’après que le nouveau gouvernement a présenté des réformes visant à rétablir l’indépendance judiciaire.

Le gouvernement Tusk a par exemple pris certaines mesures pour rétablir l’indépendance judiciaire, notamment en limitant les pouvoirs des procureurs disciplinaires et en renforçant l’influence des tribunaux sur la nomination des présidents de tribunal.

Cependant, les tentatives de réforme du Tribunal constitutionnel et du Conseil national de la magistrature ont été largement bloquées, laissant des postes clés vacants. Récemment, le ministre de la Justice Waldemar Żurek a proposé une loi visant à clarifier le statut des « néo-juges » et à suspendre les nouvelles nominations judiciaires.

Toutefois, les progrès ont été limités et prudents, ce qui a suscité une certaine frustration, même au sein de la coalition progressiste de Donald Tusk, qui estime que les efforts visant à démanteler les structures de l’ère PiS ont été trop lents ou trop légalistes.

Plusieurs anciens responsables du PiS ont néanmoins fait l’objet d’une enquête judiciaire. L’ancien ministre de l’Intérieur Mariusz Kamiński et le vice-ministre Maciej Wąsik ont été condamnés pour abus de pouvoir avant d’être graciés par le président de l’époque, Andrzej Duda, puis élus au Parlement européen.

En octobre, le parlement polonais a voté la levée de l’immunité de Michał Dworczyk et de l’ancien patron de l’énergie publique Daniel Obajtek à la demande des procureurs polonais.

Bilan socio-économique mitigé

Le gouvernement a réalisé des progrès significatifs dans certains domaines, a déclaré le professeur Radosław Markowski de l’Académie polonaise des sciences. Il a cité le rétablissement du financement public de la fécondation in vitro, les initiatives en faveur de la santé mentale des jeunes et la réduction spectaculaire de l’inflation, qui est passée de près de 40 % à environ 3 %.

Il a toutefois identifié comme le plus grand échec de la coalition son incapacité à « rétablir l’ordre constitutionnel » après les années PiS. « Les tentatives ont été trop timides, et cela ne fonctionne pas », a-t-il déclaré, ajoutant que cette faiblesse perçue risquait d’aliéner les principaux partisans à long terme.

Symptomatique de l’affaiblissement de l’emprise de Donald Tusk sur sa propre coalition, les spéculations se sont intensifiées quant à la possibilité que le ministre des Affaires étrangères Radosław Sikorski remplace Donald Tusk avant les élections de 2027. L’intéressé a toutefois fermement rejeté toute ambition de diriger le parti.

« Je n’ai aucune ambition de remplacer [Donald] Tusk au poste de Premier ministre avant les élections », déclarait-il sur TVN24 le mois dernier. « C’est Donald Tusk qui nous mènera à la victoire en 2027. »

Radosław Markowski doute que l’actuel ministre des Affaires étrangères soit un meilleur choix, soulignant que la Pologne aurait tout à perdre à le voir quitter les affaires étrangères en pleine guerre dans l’Ukraine voisine.

« Dans une coalition à quatre partis, il faut également savoir équilibrer les différents intérêts et trouver un consensus », a-t-il déclaré, concluant qu’« un bon doyen n’est pas toujours un bon recteur ».

(asg)