Éolien en mer : l’Allemagne risque de ne pas atteindre ses objectifs pour 2030

Les objectifs de l’Allemagne en matière d’énergie éolienne offshore sont menacés par des retards de construction et raccordement des parcs éoliens, ce qui incite l’industrie à demander un soutien supplémentaire de la part du gouvernement.

Euractiv.com
Belgium,-,North,Sea,,Belgium,-,April,07,,2023:,Wind
Le gouvernement allemand souhaite que d’ici 2030, 30 gigawatts (GW) de capacité éolienne offshore soient installés sur ses étroites portions de mer du Nord et de mer Baltique. Elle atteint 8,5 GW aujourd’hui. [Shutterstock/Natascha Kaukorat]

Les objectifs de l’Allemagne en matière d’énergie éolienne offshore sont menacés par des retards de construction et raccordement des parcs éoliens, ce qui incite l’industrie à demander un soutien supplémentaire de la part du gouvernement.

Le gouvernement allemand souhaite que d’ici 2030, 30 gigawatts (GW) de capacité éolienne offshore soient installés sur ses étroites portions de mer du Nord et de mer Baltique. Elle atteint 8,5 GW aujourd’hui.

Mais malgré ce calendrier serré, peu d’éoliennes sont mises en service et le secteur tire à présent la sonnette d’alarme.

« Afin de faire face à cette augmentation considérable et imminente de la capacité du parc éolien, la chaîne de valeur de l’éolien offshore a besoin de mesures de politique industrielle », a averti mardi (29 janvier) une coalition d’associations du secteur.

En 2023, seules 27 éoliennes en mer d’une capacité combinée de 257 mégawatts (MW) ont rejoint le réseau électrique. En outre, 74 autres fondations pour éoliennes offshore — une étape clé du processus — ont été construites. Mais on est encore loin des 3,1 GW par an dont le secteur a besoin jusqu’en 2030.

L’alliance composée de l’association des fabricants de machines (VDMA), de l’association fédérale de l’énergie éolienne offshore (BWO) et de divers autres acteurs a appelé à la mise en place « d’instruments de financement et d’un cadre réglementaire permettant de réaliser les investissements nécessaires ».

Comme dans le secteur de l’éolien terrestre, il s’agit d’empêcher les entreprises chinoises de pénétrer le marché européen.

En décembre, le gouvernement allemand a signé la « Charte européenne de l’énergie éolienne », une initiative du secteur qui demande aux États membres de l’UE de modifier leurs systèmes nationaux de mise aux enchères des capacités éoliennes de manière à favoriser principalement les producteurs européens. Les ventes aux enchères ont en effet tendance à favoriser les promoteurs qui acquièrent des turbines moins chères fabriquées en Chine.

Cette charte inclut des « critères de préqualification » qui imposent aux entreprises de satisfaire aux exigences en matière de cybersécurité, ainsi qu’à l’ajustement des prix des ventes aux enchères en fonction de l’inflation. « La manière dont les appels d’offres ont été conçus doit donc être modifiée immédiatement », a souligné l’alliance.

Un autre aspect problématique de l’industrie éolienne offshore allemande est aussi en train de revenir sur le devant de la scène. En juillet 2023, un groupe de grandes compagnies pétrolières a payé 13 milliards d’euros au gouvernement allemand pour être autorisé à construire 7 GW de turbines offshore.

Cette décision s’est avérée impopulaire parmi les entreprises allemandes établies. « Le montant des offres devrait donc être plafonné », insiste l’alliance industrielle, arguant que des offres élevées comme celle-là entraînent une hausse des prix de l’électricité.

Les experts rejettent toutefois ce raisonnement. « Le plafonnement des offres me semble totalement arbitraire », explique Ingmar Schlecht, chercheur associé à l’Université des sciences appliquées de Zurich en Suisse.

Il s’agit plutôt d’une « nécessité politique pour garantir que les parcs éoliens pour lesquels des offres ont été soumises soient bel et bien construits ».

Problèmes de raccordement des parcs éoliens

La lenteur de la construction des éoliennes et les craintes suscitées par la Chine ne sont pas les seuls problèmes auxquels sont confrontées les entreprises allemandes du secteur de l’énergie en mer.

Le 26 janvier, l’agence gouvernementale chargée de cartographier la zone économique exclusive (ZEE) du pays a fait savoir au régulateur du réseau que le raccordement des parcs éoliens offshore aux lignes électriques sur le littoral s’avérerait plus difficile que prévu.

Selon la lettre, consultée par Euractiv, plusieurs zones qui devraient être mises aux enchères verraient leur connexion au réseau retardée de deux ans — 2 GW seraient connectés fin 2031 au lieu de mi 2029, alors que d’autres retards auraient un impact moins immédiat.

Le quotidien allemand Taggespiegel attribue ce retard à l’absence de plateformes d’amarrage appropriées pour construire des terminaux de conversion — des structures imposantes qui permettent de collecter l’électricité produite par les éoliennes en mer et l’envoient à terre par l’intermédiaire d’un câble unique et massif.

« Si cette situation devait se confirmer, voire s’aggraver, elle remettrait en question les objectifs d’expansion convenus par la législation [allemande] et enverrait un signal d’incertitude dans la chaîne de valeur », a déclaré Stefan Thimm, directeur général de la BWO.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]