Espagne : Alberto Núñez Feijóo bénéficie d’un mois avant son débat d’investiture

Alberto Núñez Feijóo, président du Partido Popular de centre droit, disposera d’un mois supplémentaire pour tenter de réunir suffisamment de soutien afin de devenir le prochain président du gouvernement, le débat parlementaire sur son investiture se tenant les 26 et 27 septembre.

EURACTIV avec EuroEFE
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Mardi (22 août), le roi d’Espagne Felipe VI a chargé le président du Partido Popular (PP, Parti populaire européen), Alberto Núñez Feijóo, de réunir le soutien parlementaire nécessaire à son investiture en tant que chef de l’exécutif à l’issue des élections générales du 23 juillet. [[EPA-EFE/Cabalar]]

Le débat parlementaire d’investiture d’Alberto Núñez Feijóo, le président du Partido Popular de centre droit, se tiendra les 26 et 27 septembre prochains. L’homme politique conservateur disposera ainsi d’un mois supplémentaire pour tenter de réunir suffisamment de soutien afin de devenir le prochain président du gouvernement espagnol.

Mardi (22 août), le roi d’Espagne Felipe VI a chargé le président du Partido Popular (PP, Parti populaire européen) de réunir le soutien parlementaire nécessaire à son investiture en tant que chef de l’exécutif à l’issue des élections générales du 23 juillet.

Or, jusqu’à présent, M. Feijóo n’a pu s’assurer que de 172 sièges, en comptant ceux du parti d’extrême droite Vox, avec lequel il gouverne dans plusieurs communautés autonomes espagnoles. Un nombre insuffisant pour atteindre les 176 sièges qui forment la majorité absolue du parlement national, doté de 350 sièges.

Selon des sources du PP, M. Feijóo a l’intention de dialoguer avec tous les partis, notamment le parti indépendantiste catalan Ensemble pour la Catalogne (JxCat), qui détient la clé de la formation d’un nouveau gouvernement progressiste. M. Feijóo a uniquement rejeté une coalition avec les séparatistes basques d’EH Bildu, un parti que certains secteurs politiques conservateurs considèrent comme un « bras politique » du groupe terroriste Pays basque et liberté (ETA), maintenant dissous.

Cependant, la détermination du président du PP, vainqueur des élections anticipées de juillet dernier, se heurte de plein fouet à la dure réalité des mathématiques.

« Nous nous dirigeons vers une investiture ratée, car [M. Feijóo] n’a pas assez de voix […] Cette investiture est vouée à l’échec, mais elle est semblable à un exercice de survie interne », a déclaré mercredi la ministre de l’Éducation par intérim, Pilar Alegría, du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE, Socialistes et Démocrates européens), dans une interview diffusée par la chaîne de radio publique RNE.

Plus de temps pour réunir les soutiens nécessaires

Le monarque espagnol a confié cette tâche à M. Feijóo, conformément à la « tradition » qui veut que le roi désigne le candidat ayant recueilli le plus de voix, selon des sources officielles.

Cependant, M. Feijóo ne peut compter que sur les 33 sièges de Vox, troisième force politique d’Espagne, les deux sièges de l’Union du peuple navarrais (UPN), de centre droit, et sur un siège de la Coalition canarienne (CC) — ce qui n’est pas suffisant pour atteindre les 176 sièges nécessaires, puisque le PP n’en possède que 137.

Le débat parlementaire débutera avec la présentation par M. Feijóo de son programme politique, avec lequel il cherchera à obtenir la confiance du parlement.

Pour être nommé au premier tour, il a besoin d’une majorité absolue, mais s’il échoue, un second vote aura lieu 48 heures plus tard, au cours duquel il n’aura besoin que d’une majorité simple.

La nouvelle présidente du parlement, Francina Armengol (PSOE), a déclaré mercredi que les dates choisies laissaient « plus de temps qu’il n’en faut au candidat [M. Feijóo] pour mener les négociations appropriées » avec les représentants des différents partis politiques afin d’essayer d’obtenir davantage de soutien.

Les analystes cités par les médias espagnols considèrent que M. Feijóo veut afficher sa victoire devant le parlement et renforcer sa présidence désormais affaiblie du PP. En effet, son poste à la tête du PP se trouve désormais — symboliquement — disputé par la présidente de la communauté autonome de Madrid, Isabel Díaz Ayuso, que beaucoup considèrent déjà comme son possible successeur.

Le PP veut de nouvelles élections

Selon des sources du PSOE, M. Feijóo voulait gagner du temps pour éviter d’ouvrir la boîte de Pandore interne sur son « échec » politique le 23 juillet, car il souhaiterait de nouvelles élections.

« Il veut de nouvelles élections et ne fera que récolter un nouvel échec, normaliser ses pactes avec l’extrême droite [Vox] et affaiblir encore plus [son] leadership écorné », ont déclaré les mêmes sources citées par EFE.

La feuille de route politique proposée par Mme Armengol ne donne pas seulement plus de temps au président du PP : elle offre également au Premier ministre par intérim et candidat socialiste Pedro Sánchez une marge de manœuvre pour recueillir les votes (catalans et basques) dont il a besoin pour mettre en place un gouvernement de coalition progressiste emmené par le PSOE et le parti de gauche Sumar, dirigé par la ministre du Travail par intérim, Yolanda Díaz.

Rallier les séparatistes catalans

Toutefois, le leader de JxCat et ancien président catalan Carles Puigdemont, fugitif de la justice espagnole, et l’actuel président de la généralité de Catalogne, Pere Aragonès (Gauche républicaine de Catalogne) ont clairement défini leurs « lignes rouges » pour donner leur accord à M. Sánchez.

Parmi leurs demandes initiales, dont le nombre pourrait être revu à la baisse dans les prochains jours, figure, outre la reconnaissance du catalan comme langue officielle dans les institutions espagnoles et européennes, la tenue d’un référendum sur l’autodétermination de la Catalogne et l’amnistie de toutes les personnes impliquées dans les évènements gravissimes d’octobre 2017.

Cependant, le lourd tribut que les séparatistes catalans ont fixé n’est pas, en principe, compatible avec la Constitution espagnole, selon les experts.

Mardi, M. Sánchez a clairement indiqué que les négociations avec les forces indépendantistes catalanes, en particulier JxCat, dont il a besoin des sept sièges, se dérouleront toujours dans le cadre de la Constitution.

« Le dialogue est la méthode et la Constitution le cadre », a souligné le secrétaire général du PSOE pour tenter de rassurer ceux qui pourraient penser qu’il essayerait de repousser les limites de la légalité.

Malgré le secret qui entoure les négociations, des sources de Sumar ont laissé entendre que le parti socialiste et la plateforme de gauche, une alliance de 15 partis progressistes, analysaient des possibilités alternatives.

La porte-parole de Sumar au parlement, Marta Lois, a indiqué mercredi que le parti travaillait avec des experts juridiques pour explorer « l’adéquation institutionnelle » d’une loi d’amnistie assortie des « garanties nécessaires ».

« Les processus ou les lois d’amnistie en Europe sont fréquents. Il est temps de progresser dans ce domaine avec toutes les garanties constitutionnelles, bien sûr », a déclaré Mme Lois dans une interview diffusée par le radiodiffuseur public RTVE.

Si aucun des deux candidats n’obtient le soutien nécessaire, le décompte officiel de l’investiture ayant déjà été lancé, l’Espagne devra probablement organiser de nouvelles élections le 14 janvier 2024.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]