L'Espagne plaide en faveur de l'intégration totale de Ceuta et Melilla dans l'UE

Alors que la crise politique s'aggrave, Pedro Sánchez affirme que l'enclave espagnole en Afrique du Nord reste une priorité absolue de son programme

EURACTIV.com
Le Premier ministre, Pedro Sánchez, s'adresse à l'assemblée plénière du Congrès des députés le 3 septembre 2026 à Madrid, en Espagne. [Photo : Eduardo Parra/Europa Press via Getty Images]

MADRID – L’Espagne va demander que ses enclaves nord-africaines de Ceuta et Melilla soient reconnues comme régions ultrapériphériques de l’UE afin d’intégrer ces villes dans l’architecture financière et sécuritaire européenne.

Ce projet a été présenté par le Premier ministre Pedro Sánchez lors d’une séance parlementaire tendue jeudi, au cours de laquelle il a abordé la crise qui sévit actuellement à Ceuta.

Face aux vives critiques de tous les partis, Sánchez a défendu sa gestion de la crise, bien que Ceuta continue de subir de graves pressions économiques, sociales et sécuritaires suite au franchissement illégal de sa frontière par quelque 80 000 personnes venues du Maroc les 30 et 31 juillet.

Soulignant la situation géographique unique de ces enclaves en Afrique du Nord, contestée par le Maroc, Sánchez a annoncé qu’il compte exhorter l’UE à classer ces enclaves comme « régions ultrapériphériques » – un statut juridique particulier réservé aux territoires européens éloignés, souvent d’anciennes colonies, situés loin du continent européen.

Le dirigeant espagnol a également annoncé qu’il demanderait à Bruxelles d’accorder un « siège permanent » à ces villes au sein du Comité des régions – comme l’avait précédemment demandé le Parti populaire, principal parti d’opposition en Espagne.

Ceuta et Melilla, seules frontières terrestres de l’Europe avec l’Afrique, sont les deux seules « villes autonomes » d’Espagne. En vertu de la législation espagnole, elles jouissent du statut de ciudades autónomas, ce qui signifie qu’elles disposent d’un pouvoir d’autonomie supérieur à celui des communes ordinaires, mais inférieur à celui des communautés autonomes à part entière.

Cette intégration s’étendrait à la zone économique de l’UE.

Lors de l’adhésion de l’Espagne à la Communauté économique européenne en 1986, le Premier ministre avait déclaré que Ceuta et Melilla étaient exclues de l’union douanière ainsi que des autres instances et réglementations de l’UE.

La décision avait été prise de « préserver le régime fiscal particulier de ces territoires, afin d’éviter des frictions diplomatiques et de faciliter l’adhésion de l’Espagne à ce qui est aujourd’hui l’Union européenne », a-t-il expliqué. « Avec le recul […] nous avons manqué d’ambition. »

Le dirigeant socialiste a également indiqué qu’il demanderait à l’UE une « présence permanente » de l’agence Frontex et d’Europol pour garantir la sécurité de Ceuta, malgré les refus antérieurs d’accepter un soutien supplémentaire de la part de ces agences pour gérer l’afflux de migrants et les milliers de personnes toujours bloquées dans la ville.

« Nous allons demander à Europol de mettre en place une mission spécifique, destinée notamment à surveiller l’immigration clandestine à Ceuta et, en fin de compte, à garantir que cette frontière européenne bénéficie du soutien européen qu’elle mérite », a-t-il déclaré.

(bw, mm)