Eurogroupe : la ministre britannique Rachel Reeves plaidera en faveur d'une « relation de type commercial » avec l'UE
Ce lundi 9 décembre, la ministre britannique des Finances, Rachel Reeves, participera à l'Eurogroupe, pendant lequel devrait annoncer à ses homologues de la zone euro que le Royaume-Uni souhaite une « relation de type commercial » avec l’Europe.
Lundi 9 décembre, la ministre britannique des Finances, Rachel Reeves, devrait annoncer à ses homologues de la zone euro que le Royaume-Uni souhaite une « relation de type commercial » avec l’Europe, alors que Londres cherche à revitaliser son économie chancelante en favorisant des liens plus profonds avec son plus grand partenaire commercial.
La participation de Rachel Reeves à la réunion de l’Eurogroupe de lundi — la première d’un chancelier de l’Échiquier britannique depuis que le Royaume-Uni a officiellement quitté l’Union européenne (UE) en 2020 — s’inscrit dans le cadre d’un effort plus large de Londres pour « réinitialiser » ses liens politiques avec Bruxelles, qui ne se sont pas encore remis du choc du référendum sur le Brexit en 2016.
« La division et le chaos ont défini l’approche à l’Europe du dernier gouvernement », devrait prononcer la ministre, selon un projet de discours distribué à la presse, en référence aux années de pouvoir conservateur post-Brexit. « Elle ne définira pas la nôtre. »
« Nous voulons […] une relation mature, de type commercial, où nous pouvons mettre derrière nous les faibles ambitions du passé et aller de l’avant, en nous concentrant plutôt sur tout ce que nous avons en commun. »
Faisant écho aux propositions du manifeste du Parti travailliste, publié avant la victoire écrasante face aux conservateurs au mois de juillet, Rachel Reeves devrait insister sur le fait que la suppression des obstacles au commerce profitera à la fois aux économies du Royaume-Uni et de l’Union européenne.
« Je pense qu’une relation économique plus étroite entre le Royaume-Uni et l’UE n’est pas un jeu à somme nulle. Il s’agit d’améliorer nos perspectives de croissance à tous les deux », devrait-elle dire.
« Cela signifie qu’il faut supprimer les barrières commerciales, créer des opportunités d’investissement et aider nos entreprises à vendre sur les marchés de l’autre partie. »
Les remarques de la ministre des Finances interviennent à un moment où l’UE et le Royaume-Uni connaissent une sérieuse faiblesse économique.
Selon le Fonds monétaire international, les économies de l’UE et du Royaume-Uni devraient croître de seulement 1,1 % cette année, ce qui est bien inférieur au taux de 2,8 % prévu aux États-Unis. En raison de la faiblesse des investissements, du retard de productivité et des prix élevés de l’énergie, les deux économies devraient croître un tiers plus lentement que Washington au cours des cinq prochaines années.
Les relations commerciales entre le Royaume-Uni et l’UE après le Brexit restent étroites, mais nettement asymétriques. Selon le think tank londonien UK in a Changing Europe, le Royaume-Uni ne représentait que 10,1 % du total des échanges de biens de l’UE en 2023. À l’inverse, l’UE représentait 51,8 % du total des échanges commerciaux du Royaume-Uni — la proportion la plus élevée depuis 2008.
Propositions spécifiques
Lundi, Rachel Reeves évoquera les « trois domaines clés » de la relation entre Bruxelles et Londres : « les défis communs, dont la guerre en Ukraine », « la défense du libre-échange » et le renforcement de partenariats économiques bilatéraux. La ministre britannique a également prévu des entretiens bilatéraux avec plusieurs de ses homologues européens, selon le communiqué.
Rachel Reeves devrait notamment faire écho à l’appel du manifeste travailliste en faveur d’un accord vétérinaire afin d’éviter les « contrôles inutiles aux frontières » sur les produits agricoles. UK in a Changing Europe estime qu’un tel accord pourrait stimuler les exportations agroalimentaires britanniques vers l’UE de 22,5 %, tandis que les importations pourraient augmenter de 5,6 %.
La ministre devrait également appeler à un accord sur la reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles des prestataires de services, y compris dans le secteur financier.
Le Financial Times a également rapporté samedi 7 décembre que Rachel Reeves tentera d’apaiser les inquiétudes des ministres de l’UE qui craignent que le Royaume-Uni ne répudie le cadre de Windsor, qui régit le commerce post-Brexit en Irlande du Nord.
Le Financial Times a rapporté qu’elle déclarerait : « Nous mettrons en œuvre nos accords existants avec vous en toute bonne foi. »
Les commentaires de Rachel Reeves ont été salués par Shevaun Haviland, directrice générale des Chambres de commerce britanniques, qui a souligné les « énormes charges réglementaires et administratives » auxquelles sont confrontés les exportateurs britanniques vers l’UE à la suite du Brexit.
« Les entreprises seront encouragées d’entendre la chancelière parler d’une réinitialisation de notre relation avec l’UE, qui élimine réellement les obstacles au commerce », a-t-elle déclaré avant la réunion de lundi, ajoutant que les exportateurs britanniques attendent un meilleur accord depuis longtemps.
Pas d’inversion du Brexit en vue
La visite de Rachel Reeves à Bruxelles fait suite à une série d’engagements diplomatiques entre le Royaume-Uni et l’UE au cours des derniers mois.
Le ministre britannique des Affaires étrangères, David Lammy, a participé à une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE au Luxembourg en octobre, quelques semaines après que le Premier ministre Keir Starmer a rencontré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à Bruxelles.
Le nouveau président du Conseil européen, António Costa, rencontrera également Keir Starmer à Londres jeudi 12 décembre, et un sommet inaugural entre le Royaume-Uni et l’UE devrait avoir lieu dans le courant de l’année prochaine.
Malgré le dégel des relations, les espoirs de nombreuses entreprises de retrouver les relations commerciales d’avant le Brexit ne se concrétiseront probablement pas dans un avenir proche.
Dans un discours prononcé le mois dernier, Rachel Reeves a expliqué que son « message » à l’Eurogroupe inclurait le fait que le Royaume-Uni « ne reviendra pas sur le Brexit et ne réintégrera pas le marché unique ou l’union douanière », en dépit des avertissements de nombreux économistes concernant l’impact à long terme du Brexit sur l’économie britannique.
En effet, le géant américain de l’investissement Goldman Sachs a estimé que la décision du Royaume-Uni de quitter le marché unique a amputé la production du pays de 4 à 8 % au cours des huit dernières années. L’Office britannique pour la responsabilité budgétaire a également prévu que le Brexit entraînerait une réduction permanente de 15 % du commerce britannique et une baisse de 4 % de la productivité globale.
Les analystes soutiennent toutefois largement les efforts déployés par Keir Starmer pour resserrer les liens commerciaux entre l’UE et le Royaume-Uni.
« Les arguments économiques en faveur d’un renforcement des relations commerciales sont très solides », a affirmé Ignacio García Bercero, chercheur non résident au sein du think tank sur la politique européenne Bruegel.
[Édité par Anna Martino]