Européennes 2024 : craintes et espoirs de Renaissance à l’idée d’une liste unique à gauche
Le camp d’Emmanuel Macron regarde avec intérêt et circonspection les débats en cours à gauche sur la possibilité d’une liste unique des partis de la NUPES, entre la crainte d’une défaite symbolique et l’espoir d’obtenir davantage d’élus.
Le camp d’Emmanuel Macron regarde avec intérêt et circonspection les débats en cours à gauche sur la possibilité d’une liste unique des partis de la NUPES, entre la crainte d’une défaite symbolique et l’espoir d’obtenir davantage d’élus.
La liste d’union de la gauche pour les élections européennes ne fait pas parler qu’au sein la NUPES, première concernée, où les positions ne sont pas unanimes. Les macronistes aussi lorgnent leurs concurrents et affichent à ce stade des sentiments partagés — d’autant que l’union de la gauche est loin d’être faite pour le scrutin de 2024.
Le premier réflexe est celui d’une méfiance à l’idée que la gauche aille unie au scrutin des Européennes de 2024. D’abord, car les enquêtes d’opinion montrent que la majorité présidentielle arriverait en troisième position (22 % environ), derrière le Rassemblement national et la gauche unie (entre 25 et 27 % chacun).
Il s’agirait là d’un « symbole de défaite dont on se passerait volontiers », selon les mots d’un cadre de la majorité, alors que le président Emmanuel Macron capitalise sur son attachement à l’Europe depuis son entrée en politique.
Malgré ce symbole, certains voient cette possible alliance comme une possibilité de rafler plus de sièges à la fin du compte. La gauche désunie récoltant plus de voix que si elle est unie, cela signifie qu’une poignée de places seraient de fait réparties entre les autres listes.
Le même argument est cependant mobilisé dans le cas inverse par certains interlocuteurs macronistes, signe de l’incertitude qui règne dans le camp présidentiel : en cas de listes désunies, certaines d’entre elles — notamment celle du Parti communiste français — pourraient ne pas atteindre le seuil de qualification, à 5 %. Cela permettrait donc aux autres listes de se répartir plus de sièges, de manière proportionnelle. Avec 79 eurodéputés pour la France, cela représente quelques places à peine.
De la même manière, des listes divisées à gauche réduiraient le résultat final de Renaissance, estimé autour de 19 %, soit plusieurs points de moins que dans le scénario de listes unies. En revanche, la coalition présidentielle se hisserait à la deuxième place au lieu de la troisième, mais toujours derrière le RN.
Des enjeux politiques réels
Sur le papier, ce sont des comptes d’apothicaire. Mais un macroniste de poids voit une occasion d’éloigner une partie de la gauche modérée de la NUPES, si les gauches pro-européennes du Parti socialiste et d’Europe écologie les Verts (EELV) devaient s’allier à la gauche radicale de LFI et aux communistes.
Il espère que cela permette, au niveau national, d’attirer les anti-NUPES pour travailler sur certains textes avec le gouvernement qui ne jouit que d’une majorité relative, « tout en restant dans l’opposition ».
D’autres considèrent, à l’image de Pieyre-Alexandre Anglade dans un récent entretien accordé à EURACTIV, qu’« une liste unique de la NUPES aux Européennes signifie la disparition des pro-européens à gauche. Ce ne serait pas une bonne nouvelle ».
Car, remarquent les plus attentifs au fonctionnement des institutions européennes, le choix de la nouvelle Commission européenne ne sera pas fait par un seul parti, aucun n’ayant une majorité à lui seul. Par exemple, la Commission sortante dirigée par Ursula von der Leyen est soutenue par la droite (Parti populaire européen), le centre (Renew Europe) et les socialistes.
Renaissance peut donc craindre d’être « cornérisé » si les partis de gauche se rapprochent trop, alors que le PPE fait déjà de l’œil aux Conservateurs et réformistes européens (CRE).
En effet, les équilibres étaient déjà très fragiles lors de l’élection de Mme von der Leyen et pourraient se compliquer ultérieurement avec l’essor de la droite conservatrice du groupe CRE — notamment porté par le succès de Giorgia Meloni, cheffe du gouvernement italien et du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia.
Dans les deux cas, observe un parlementaire de Renaissance, la NUPES aura un choix difficile à faire. Soit elle mécontente les modérés pro-européens du centre-gauche, en risquant une rupture voire une liste de gauche dissidente, soit elle remet en question la pertinence de l’alliance au niveau national — ce que les élus de gauche eux-mêmes récusent. Dans ce dernier cas, nul doute que les opposants de droite et de centre chercheront à exploiter la division des européennes pour les échéances suivantes, des municipales de 2026 et des présidentielles de 2027.