Européennes 2024 : le choix d’Ursula von der Leyen et la recomposition des alliances

À moins d’un an des élections européennes de juin prochain, une question sera déterminante : Ursula von der Leyen briguera-t-elle un second mandat en tant que présidente de la Commission européenne ?

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Si, conformément aux prévisions, Ursula von der Leyen décide de ne pas se porter candidate au poste de Secrétaire général de l’OTAN et choisit de rester pour un second mandat à la tête de la Commission européenne, il est presque certain qu’elle bénéficiera d’un soutien majoritaire dans les capitales européennes. [EPA-EFE/ELOISA LOPEZ]

À moins d’un an des élections européennes de juin prochain, une question sera déterminante : Ursula von der Leyen briguera-t-elle un second mandat en tant que présidente de la Commission européenne ?

Si, conformément aux prévisions, Ursula von der Leyen décide de ne pas se porter candidate au poste de secrétaire général de l’OTAN et choisit de rester pour un second mandat à la tête de la Commission européenne, il est presque certain qu’elle bénéficiera d’un soutien majoritaire dans les capitales européennes.

Il pourrait donc ne pas y avoir de campagne entre des Spitzenkandidat au sens propre du terme. Les groupes Socialistes, Renew Europe, Verts et La Gauche s’efforceront tout de même de désigner un candidat tête de liste, mais il est peu probable que leurs poids lourds politiques se lancent dans la course.

Après que les dirigeants de l’UE ont rejeté le Spitzenkandidat du Parti populaire européen (PPE), à savoir Manfred Weber, lors des élections de 2019, un nouveau mandat de Mme von der Leyen signerait l’arrêt de mort de ce concept de candidat tête de liste.

« Nous ne voulons pas être ceux qui ont tué [ce système] », a déclaré à EURACTIV un haut fonctionnaire du PPE.

Cela réduirait à néant tout véritable élément « européen » de la campagne, d’autant plus que les gouvernements nationaux ont une fois de plus refusé d’approuver l’introduction d’une liste transnationale pour élire un petit nombre d’eurodéputés.

En outre, une proposition législative visant à réformer la loi électorale de l’UE — qui comprend des listes transnationales et des plans pour abaisser l’âge de vote à 16 ans — demeurera presque certainement bloquée par les ministres nationaux. Et échouera ainsi une fois que les institutions de l’UE fermeront leurs portes en vue de la campagne électorale au printemps prochain.

Migration

Le soutien des gouvernements nationaux à Mme von der Leyen a été renforcé par la conclusion, en juillet, d’un accord de 785 millions d’euros avec la Tunisie. Cet accord vise à apporter un soutien économique à l’État nord-africain, en échange d’un engagement accru dans la prévention des migrations à travers la mer Méditerranée.

Lors du dernier sommet de l’UE à Bruxelles avant la pause estivale, les dirigeants ont approuvé l’accord avec le président Kaïs Saïed et se sont déclarés favorables à ce qu’il serve de modèle pour des accords similaires avec des pays voisins.

L’Égypte devrait être le prochain pays sur la liste de la Commission, et un projet d’accord avec le gouvernement du président Abdel Fattah al-Sisi est attendu avant la fin de l’année.

Cependant, dans une lettre ouverte adressée à Mme von der Leyen en juillet, un groupe multipartite d’environ 40 eurodéputés a critiqué l’exécutif européen pour ne pas avoir insisté sur les mesures visant à protéger les droits humains dans l’accord avec la Tunisie et à suspendre les fonds en cas de violation des droits humains.

Sous le régime du président Saïed, le gouvernement démocratique de la Tunisie — le dernier à avoir survécu au printemps arabe — a été suspendu et une série de responsables politiques de l’opposition et de militants de la société civile ont été arrêtés.

Cependant, les voix d’opposition au sein de l’UE ne représentent plus qu’une minorité qui s’amenuise chaque jour, ce qui témoigne de l’évolution des mentalités à l’égard de la migration. Les représentants des groupes des Socialistes et Démocrates (S&D) et de Renew Europe ont déclaré que la plupart de leurs députés européens soutiendraient le pacte avec la Tunisie.

Par ailleurs, les eurodéputés et les ministres nationaux tenteront de trouver un accord final sur une série de dossiers législatifs concernant le régime d’immigration et d’asile de l’Union européenne.

Les ministres ont adopté en juin une position commune sur la répartition des migrants, avec un système de relocalisation volontaire pour les États qui le souhaitent et une somme de 20 000 euros à verser pour chaque migrant qu’un pays déclare ne pas pouvoir accueillir.

Bien que le gouvernement polonais s’oppose à cette option et organise un référendum à ce sujet, il est peu probable que Varsovie puisse changer la donne. Pour leur part, les eurodéputés sont susceptibles d’accepter un compromis sur les dossiers migratoires plutôt que de les laisser s’effondrer à nouveau à la fin du mandat législatif.

Sondages nationaux

Les prochaines élections générales en Pologne et aux Pays-Bas seront probablement suivies de près dans toute l’Europe, pour identifier les tendances en amont des élections de juin prochain.

En Pologne, le parti nationaliste de droite au pouvoir, Droit et Justice (PiS) — une épine dans le pied des dirigeants de l’UE en ce qui concerne l’État de droit, l’immigration et le réchauffement climatique — est en tête des sondages d’opinion à l’approche du scrutin du 15 octobre.

Toutefois, le parti d’opposition Plateforme civique, dirigé par l’ancien Premier ministre et président du Conseil européen Donald Tusk, bénéficie d’un soutien croissant et pourrait empêcher le PiS d’accéder à un troisième mandat.

Ce qui se passera en novembre aux Pays-Bas, où le Premier ministre Mark Rutte se retire après plus d’une décennie au pouvoir, est plus imprévisible.

Des responsables politiques affirment que si le parti Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD, Renew) de M. Rutte n’est pas en mesure de former un gouvernement avec ses partenaires de coalition actuels, l’Union chrétienne (CU, PPE) et D66 (Renew), le Mouvement agriculteur-citoyen (BBB), qui est arrivé en tête des sondages lors des élections municipales en début d’année, pourrait former une coalition avec l’alliance entre la gauche et les écologistes qui sera dirigée par Frans Timmermans, actuel vice-président de la Commission européenne chargé du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal).

Les conservateurs considèrent, quant à eux, être sur une courbe ascendante.

En Grèce, le parti Nouvelle Démocratie (ND, PPE) de Kyriákos Mitsotákis a remporté haut la main un second mandat en avril. M. Mitsotákis est l’un des plus proches alliés du leader du PPE, Manfred Weber, et sa réélection a été perçue comme un triomphe personnel pour ce dernier.

Les responsables du PPE sont convaincus qu’ils resteront le plus grand groupe de partis au Parlement européen après les élections de juin prochain, une position qu’ils occupent depuis 1999. Cependant, les sondages suggèrent qu’ils perdront un petit nombre de sièges, passant à environ 160 et 170 sièges lors de la prochaine législature.

Aussi, l’incapacité du Partido Popular espagnol (PP, PPE) à faire plus que de minuscules gains contre les socialistes au pouvoir en juillet — et pas assez pour former une coalition avec le parti nationaliste Vox — a été une grande déception pour la formation de centre droit.

Les résultats non concluants en Espagne, où le PP est apparu comme le plus grand parti, mais avec les socialistes de Pedro Sánchez mieux placés pour former une coalition, pourraient déboucher sur de nouvelles élections avant la fin de 2023, ce qui pourrait de nouveau affecter la présidence espagnole du Conseil de l’UE, qui a commencé en juillet.

Refonte des alliances

Les sondages suggèrent également que tout gain significatif sera réalisé par le groupe eurosceptique des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) et le groupe d’extrême droite Identité et Démocratie (ID).

Au PPE, Manfred Weber tente de nouer des liens étroits avec Giorgia Meloni, la Première ministre nationaliste italienne (Frères d’Italie, CRE).

Les tentatives du PPE, avant l’été, de faire échouer la proposition de loi sur la restauration de la nature ont fait couler beaucoup d’encre dans la bulle européenne.

Cependant, une coalition PPE/CRE n’obtiendrait toujours pas la majorité au sein du prochain Parlement. Il est donc beaucoup plus probable que la politique de la grande coalition PPE/S&D et Renew se poursuive après 2024, avec toutefois des variations au sein des différentes commissions parlementaires.

La question de la taille du Parlement européen sera quant à elle tranchée cet automne. Les eurodéputés souhaitent porter l’assemblée à 744 sièges, en attribuant 11 sièges supplémentaires en fonction de l’augmentation de la population dans l’ensemble de l’Union et 28 autres sièges pour une liste transnationale.

Les gouvernements des États membres ont toutefois rejeté la proposition de liste transnationale et sont susceptibles de réattribuer un petit nombre de sièges à la France, à la Belgique et à la Pologne.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]