Européennes 2024 : le débat entre les têtes de listes montre les faiblesses du système des Spitzenkandidaten
Audience limitée, candidats peu connus… Certains experts estiment que le premier débat électoral a mis en lumière les défauts du système des Spitzenkandidaten, où la tête de liste désignée par un parti est également candidate à la présidence de la Commission européenne.
Audience limitée, candidats peu connus… Certains experts estiment que le premier débat électoral a mis en lumière les défauts du système des Spitzenkandidaten, où la tête de liste désignée par un parti est également candidate à la présidence de la Commission européenne.
Les Spitzenkandidaten des partis européens se sont affrontés lundi (29 avril) lors du premier débat pour les élections européennes de juin prochain, organisé par l’Université de Maastricht et le média Politico. Cependant, certains observateurs ont été déçus.
« Le débat a montré les faiblesses actuelles du système », a noté Luise Quaritsch, experte en politique européenne au centre de réflexion Jacques Delors, soulignant la faible notoriété des participants au débat et le peu de spectateurs.
« Il y a eu environ 2 500 spectateurs en direct sur YouTube, ni les médias, ni les candidats, ni les partis n’ont fait de publicité massive pour le débat, donc il y a toujours un manque d’intérêt et d’attention de la part du public », a expliqué Mme Quaritsch à Euractiv, soulignant également le manque de préparation de certains candidats.
Malgré un pic à 15 000 vues, ces chiffres restent relativement faibles pour une population électorale de 350 millions de personnes.
Le système des Spitzenkandidaten implique que chaque parti politique européen désigne une tête de liste pour les élections européennes, laquelle est également candidate à la présidence de la Commission européenne. Le candidat du parti ayant obtenu le plus de sièges au Parlement européen est ensuite proposé par le Conseil européen (les chefs d’État et de gouvernement) aux eurodéputés, qui doivent procéder à un vote.
Le système des candidats têtes de listes, introduit avant l’élection de 2014 pour renforcer la démocratie en faisant des choix des électeurs un élément clé de la sélection du chef exécutif européen, a été remis en question après l’élection de l’outsideuse Ursula von der Leyen en 2019, qui n’avait pas été désignée comme tête de liste.
Lors de sa prise de fonction, Mme von der Leyen s’est engagée à renforcer ce processus pour 2024, mais le débat de lundi suggère plutôt une fragilisation du système.
Des candidats peu connus, une attention limitée
Les participants au débat étaient la présidente sortante de l’exécutif Ursula von der Leyen (Parti populaire européen, PPE), Nicolas Schmit (Parti socialiste européen, PSE), Marie-Agnes Strack-Zimmermann (Alliance des libéraux et des démocrates pour l’Europe, ALDE), Bas Eickhout (Parti vert européen, PVE), Anders Vistisen (Parti Identité et Démocratie), Walter Baier (Parti de la gauche européenne, PGE), Maylis Roßberg (Alliance libre européenne, ALE) et Valeriu Ghilețchi (Mouvement politique chrétien européen, MPCE).
Près de la moitié des têtes de liste ont peu de chances d’entrer au Parlement européen. Alors que Mme Roßberg et M. Ghilețchi ne se présentent pas pour être eurodéputés, le communiste autrichien Walter Baier ne devrait pas obtenir suffisamment de voix.
Patrick Bijsmans, doyen associé pour l’éducation et professeur à la faculté des arts et des sciences sociales de l’Université de Maastricht, a jugé les orateurs moins connus et captivants que lors des débats de 2019.
« C’était peut-être moins un débat que la dernière fois parce que certaines personnes présentes la dernière fois ont trouvé qu’il était plus facile de débattre », a-t-il confié à Euractiv, faisant référence à des poids lourds de l’UE tels que Frans Timmermans, qui était tête de liste du PSE en 2019.
« [Cette fois-ci], les représentants des sociaux-démocrates et des libéraux n’ont pas été très captivants et ont parfois même lu leur texte », a déclaré M. Bijsmans, en évoquant Nicolas Schmit, tête de liste du PSE et à Marie-Agnes Strack-Zimmermann, tête de liste de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE).
Toutefois, d’autres participants ont également montré le potentiel du système des Spitzenkandidaten, a noté Mme Quaritsch, soulignant que les adversaires de Mme von der Leyen l’ont parfois mise en difficulté. L’échange entre l’actuelle présidente de la Commission et Bas Eickhout, tête de liste des Verts, a notamment été « le point culminant du débat », selon elle.
Sous la pression du Néerlandais, un eurodéputé expérimenté, Mme von der Leyen a révélé sa position concernant une éventuelle collaboration avec des partis de droite. Elle s’est également vue contrainte de défendre son bilan en matière de politique environnementale, dont sa famille politique a tenté de se détourner au cours de la campagne.
Toutefois, le débat devrait n’avoir que peu d’impact sur l’électorat ou l’issue du vote.
« Il est probable que personne n’ait tiré un réel avantage [du débat] en termes de votes parce que l’attention [qui y a été accordée] était trop faible pour cela », a conclu Mme Quaritsch.
Max Griera a contribué à la rédaction de cet article.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]