Européennes 2024 : les Verts et les communistes « sceptiques » à l’idée d’une union de la gauche
Alors que le Parti socialiste et La France insoumise ont montré une ouverture à l’idée d’une liste commune pour les élections européennes de 2024, les Verts et les communistes manifestent un certain scepticisme, alimenté par des divergences de fond.
Alors que le Parti socialiste et La France insoumise ont montré une ouverture à l’idée d’une liste commune de la gauche pour les élections européennes de 2024, les Verts et les communistes manifestent un certain scepticisme, alimenté par des divergences de fond.
Pierre Jouvet, secrétaire général du Parti socialiste, a remis une pièce dans le débat sur la liste unique de la gauche aux élections européennes de 2024. Les socialistes seraient « prêts à discuter d’une liste Nupes aux européennes, mais c’est le fond qui déterminera le reste », veut croire ce proche d’Olivier Faure, premier secrétaire du PS, dans les colonnes du Journal du Dimanche.
« Le chemin d’une liste commune est possible », assure-t-il, mais « d’abord autour d’un projet », conscient que « la question européenne est depuis toujours la question la plus difficile à gauche ». Et pour cause : Olivier Faure lui-même assurait, lors du congrès de Marseille en janvier 2023, que l’idée d’une liste commune était exclue.
Mais, du côté de La France insoumise, qui plaide depuis des mois pour un tel rapprochement aux européennes, Manon Aubry a saisi cette main tendue, lundi sur franceinfo : « on a la possibilité de battre le Rassemblement national et les macronistes. On nous disait que c’était impossible, mais les socialistes ouvrent la porte », se réjouit la co-présidente du groupe La Gauche au Parlement européen.
En revanche, l’idée est loin d’être consensuelle au sein des parties prenantes de la NUPES.
Nombre de socialistes s’étonnent, comme le numéro 2 du PS Nicolas Mayer-Rossignol sur Twitter, du revirement des soutiens d’Olivier Faure. Le premier secrétaire délégué appelle ses camarades de parti à faire preuve de « plus de convictions, moins de contorsions ». Se disant favorable « à une Europe social-écologiste, qui renforce sa défense, claire sur l’OTAN, l’Ukraine, les Ouïghours, Taiwan », M. Mayer-Rossignol juge que « renier [ces valeurs] pour des places ne serait pas digne ».
Le premier secrétaire délégué du PS fait référence aux positions de La France insoumise, notamment lorsqu’au Parlement européen le groupe s’est abstenu sur une résolution condamnant les crimes des sociétés militaires privées, du groupe Wagner en particulier. Sur l’OTAN, LFI est historiquement anti-atlantiste — à la différence du PS et des écologistes — et sur Taiwan, Jean-Luc Mélenchon a plusieurs fois qualifié que l’île était « une composante à part entière de la Chine ».
Consciente que ces critiques existent, Manon Aubry lance un appel, dans Libération mardi (25 avril), aux sceptiques : « travaillons sur le fond et voyons si ça fonctionne », y compris sur « les sujets identifiés comme problématiques ».
Chez les écologistes, alors que plusieurs cadres du parti ont montré une ouverture — à l’image de Julien Bayou, ancien secrétaire national du parti —, Yannick Jadot, eurodéputé écologiste, tête de liste lors des élections de 2019 et candidat à l’élection présidentielle de 2022, a rejeté l’idée sans détours, mardi sur France inter. Alors que l’alliance de la NUPES a été faite « pour contrer le scrutin majoritaire », explique-t-il, la proportionnelle permettrait de « faire vivre la diversité des positions », « d’aller chercher le maximum de ses électeurs et d’avoir le maximum de députés ».
La question est donc stratégique, mais aussi politique : « les écologistes ont cette particularité d’être absolument pro-européens, de combattre les complaisances économiques et politiques vis-à-vis de la Russie, vis-à-vis de la Chine ». Autant de sujets sur lesquels, reconnaît-il, il n’est pas en accord avec La France insoumise.
Les partisans d’une union pour 2024 demandent à leurs alliés de prendre en compte le temps long. Manon Aubry dit avoir « du mal à imaginer une parenthèse [en 2024]. Ce serait inaudible pour l’électorat de gauche ».
Mais, même parmi les frileux à l’idée d’une liste unique, partir séparés ne remettrait pas en question l’alliance au niveau national pour la présidentielle de 2027. Yannick Jadot assure aussi être favorable à une « candidature commune en 2027 », mais il regrette de voir « trop d’instrumentalisation nationale de ce scrutin européen ».
Du côté du Parti communiste français (PCF), Ian Brossat, tête de liste en 2019 et porte-parole du parti, indique à EURACTIV « qu’on ne peut pas définir une stratégie avant d’avoir défini une ligne ».
Le débat n’est pas tranché et « tout peut se discuter », assure M. Brossat. Le PCF débattra de cette question lors d’une conférence thématique à l’automne.
Or, « jusqu’à présent, l’Europe a fait partie des sujets sur lesquels la gauche a des divergences profondes », note Ian Brossat, se disant « sceptique » quant au fait que « les divergences existantes disparaissent par magie ». D’une part, « les Verts sont fédéralistes » et d’autre part « les socialistes ont, en majorité, soutenu tous les traités européens », poursuit-il.
« Il ne serait pas honnête de faire croire aux électeurs que ces différences de fond n’existent pas », conclut-il, affirmant que, du point de vue des communistes, « il y aura besoin d’une liste qui exprime le refus de ces traités européens libéraux ».
Le chemin vers une liste unique semble, dès lors, tortueux.