Européennes : Fabrice Leggeri vivement attaqué sur son bilan à Frontex
Le numéro trois de la liste du Rassemblement national (RN) a essuyé les critiques sur son bilan à la tête de l’agence Frontex lors d’un débat sur RFI et France24 mercredi soir. « Vous avez du sang sur les mains », a lancé Manon Aubry.
Le numéro trois de la liste du Rassemblement national (RN) a essuyé les critiques sur son bilan à la tête de l’agence Frontex lors d’un débat sur RFI et France24 mercredi soir (10 avril). « Vous avez du sang sur les mains », a lancé la tête de liste La France insoumise (LFI) Manon Aubry.
Il fallait s’y attendre : l’immigration s’est imposée comme sujet majeur lors du deuxième débat télévisé des têtes de liste pour les élections européennes du 9 juin mercredi. Le jour même, les députés européens adoptaient en plénière du Parlement européen le nouveau Pacte sur la migration et l’asile, qui réforme de fond en comble la politique migratoire européenne.
Et les attaques n’ont pas manqué de fuser contre Fabrice Leggeri, numéro trois de la liste du RN, venu représenter sa tête de liste Jordan Bardella – qui avait annoncé la semaine dernière qu’il bouderait le débat – et ancien directeur de l’agence Frontex entre 2015 et 2022.
« 25 000 personnes sont mortes [en Méditerranée] sous votre direction », a fustigé la tête de liste LFI Manon Aubry.
« Vous avez du sang sur les mains » a-t-elle ajouté, accusant le candidat RN d’être « un menteur » et « un criminel ».
M. Leggeri, qui se présente comme « lanceur d’alerte », ayant été témoin à Frontex d’une politique migratoire européenne qui aurait « floué » les Etats membres, avait été contraint de démissionner de son poste de direction en 2022 suite aux conclusions d’un rapport de l’Office européen de lutte anti-fraude (Olaf).
Le rapport révélait notamment que Frontex était informé des pushbacks de migrants en Grèce – une pratique illégale qui vise à refouler des exilés derrière une frontière qu’ils viennent de traverser – allant jusqu’à les encourager. M. Leggeri est par ailleurs accusé d’avoir menti devant le Parlement européen sur l’existence de ces pushbacks.
La candidate écologiste n’a pas eu de mots assez durs face à son adversaire d’extrême droite. Pour elle, l’ancien directeur est responsable de « mettre des gens en danger […]. Ce que vous faites est criminel : ce que vous voulez, c’est qu’encore plus de personnes trouvent la mort en Méditerranée ».
« Répondre au défi migratoire, c’est assécher votre carburant électoral », a ajouté Valérie Hayer, tête de liste de la majorité présidentielle, assumant son vote en faveur du pacte migrations et asile, tandis que tous les autres, de LFI au RN, ont voté contre.
Le candidat RN a réfuté les accusations en bloc, affirmant que « 300 000 personnes ont été sauvées en Méditerranée » lorsqu’il en assurait la direction : « S’il y a malheureusement des personnes qui se noient dans la mer, c’est parce que des groupes criminels mettent des migrants sur les bateaux et parce que des ONG irresponsables sont complaisantes et leur vendent l’Eldorado européen », a-t-il martelé.
Valérie Hayer, ou la tentation de décrédibiliser Raphaël Glucksmann
Toujours sur l’immigration, Mme Hayer n’a pas mâché ses mots contre le candidat Parti socialiste (PS) – Place publique Raphaël Glucksmann, dont la délégation socialiste au Parlement européen a voté contre le pacte, à rebours du reste de son groupe parlementaire Socialistes & Démocrates (S&D).
« Si vous ne votez pas ce texte [migrations et asile] aujourd’hui, c’est pour des raisons électoralistes nationales », a-t-elle lancé.
Elle l’accuse d’être « l’arbre qui cache la Nupes », une coalition parlementaire des partis de gauche créée à l’aune des élections législatives de 2022, et longtemps pilotée par LFI.
Mais, dans les faits, la Nupes est en état de mort cérébrale, après que plusieurs de ses membres, dont le PS, ont décidé de lancer leur propre liste aux Européennes.
Cette attaque arrive alors que la campagne de la liste majoritaire a du plomb dans l’aile, en ne récolant aujourd’hui que 16,5 % des intentions de vote selon un sondage Elabe pour La Tribune Dimanche–BFMTV publié dimanche (7 avril) — contre 19 % en janvier.
Dans le même temps, le RN caracole en tête avec 30 %, tandis que la liste de M. Glucksmann ne cesse de monter, frôlant les 13 %, notamment en happant d’anciens électeurs déçus d’Emmanuel Macron.
La consigne semble donc de décrédibiliser le candidat socialiste en le mettant dos à dos avec LFI, jugée irresponsable. Plus tôt cette semaine, le directeur de campagne de Mme Hayer, Pieyre-Alexandre Anglade, accusait d’ailleurs M. Glucksmann, en votant contre le pacte, de « cour[ir] derrière les électeurs de Jean-Luc Mélenchon » et d’« affaibli[r] le projet européen ».
« Il n’y a rien [dans le pacte] pour sauver les gens en mer » a rétorqué le candidat socialiste mercredi. « Est-ce que ça mettra fin au désordre du système de Dublin, qui crée le chaos ? La réponse est non ».