Européennes : la gauche radicale allemande veut défier les « forces fascistes de l'Italie »

La Gauche allemande mènera le combat contre l’extrême droite avant les élections européennes de juin prochain, a annoncé la direction du parti lors de la présentation de son projet de manifeste lundi, mais il est confronté à une bataille difficile en raison de ses divisions internes.

Euractiv.com
German Left Pary chair board meets for consultations
Janine Wissler, codirigeante de La Gauche, ajoute que la menace d’une extrême droite enhardie était sérieuse. [EPA-EFE/CLEMENS BILAN.]

Le parti allemand de gauche radicale Die Linke (La Gauche, GUE/NGL) mènera son combat contre l’extrême droite avant les élections européennes de juin prochain, a annoncé la direction du parti lors de la présentation de son programme lundi (11 septembre), mais il est confronté à une bataille difficile en raison de ses divisions internes.

Le projet de programme a été détaillé après la présentation de la militante pro-migrants Carola Rackete comme l’une des principales candidates pour la liste du parti. Mme Rackete s’est fait connaître lors d’un affrontement avec l’ancien ministre italien de l’Intérieur Matteo Salvini, lorsque, capitaine d’un navire de sauvetage des migrants, elle avait tenté d’amarrer dans un port italien.

Les dirigeants de Die Linke, allié de La France insoumise au sein du groupe La Gauche, considèrent leur campagne comme un « cri de guerre » contre le virage à droite qui se profile à l’horizon des élections, ont-ils déclaré aux journalistes.

« Le gouvernement italien et les forces fascistes, telles que M. Salvini et Giorgia Meloni, prétendent maintenant que les élections porteront sur “notre Europe” contre “l’Europe de Carola Rackete”. Ils ont donc clairement compris que nous voulons les défier », a déclaré Janine Wissler, co-dirigeante de Die Linke, ajoutant que la menace d’une extrême droite enhardie était sérieuse.

Leur manifeste opposera un programme de « justice sociale, de paix et de justice climatique à la montée de la droite », selon Mme Wissler. Notamment, Die Linke cherchera à poursuivre cet objectif en utilisant les institutions et la législation de l’UE cette fois-ci, contrairement aux campagnes électorales européennes plus conflictuelles et eurosceptiques du passé.

« Ce n’est pas comme si l’UE avait toujours été un sujet de controverse au sein de La Gauche », a reconnu Martin Schirdewan, co-dirigeant de Die Linke et co-président du groupe La Gauche au Parlement européen.

Demande d’une plus grande redistribution

Au cœur du manifeste se trouve la redistribution, qui devra se faire au détriment des « entreprises et des riches ».

La Gauche propose l’application au niveau européen de normes de travail plus strictes, des taxes européennes sur les bénéfices exceptionnels, la création de fonds européens pour annuler les privatisations, ainsi qu’une expansion coordonnée et une réglementation des prix pour les chemins de fer à travers le continent sous la forme d’un projet de « Chemins de fer unis d’Europe ».

Le texte final devrait être adopté lors d’un congrès du parti qui débutera le 17 novembre.

Cependant, il n’est pas certain que les propositions du parti gagnent du terrain à Bruxelles. Si les partis de centre gauche perdent des sièges au Parlement européen comme prévu, toute législation nécessitera le soutien d’au moins un groupe de droite.

En Allemagne, Die Linke doit également faire face à une faible cote de popularité dans les sondages. Elle peine à franchir le seuil des 5 % nécessaires pour élire des députés au Bundestag et devrait, au mieux, conserver ses 5 sièges actuels.

M. Schirdewan a souligné le soutien d’« alliés » extraparlementaires, tels que les syndicats et les mouvements, et la « pression de la société civile […] qui a souvent aidé le groupe du parti à trouver des majorités ».

Menace de scission

Tout en condamnant ce qu’elle a décrit comme « l’attaque de la Russie contre l’Ukraine », La Gauche a également appelé de manière controversée à un cessez-le-feu immédiat et à des négociations en Ukraine. Le parti de gauche radicale demande aussi une interdiction des exportations d’armes vers les zones de guerre.

Ce programme pourrait bénéficier d’un élan moins conventionnel que d’ordinaire au sein du nouveau Parlement, car plusieurs partis de droite ont préconisé une politique similaire.

Les sanctions contre la Russie sont d’ailleurs un sujet de prédilection pour Sahra Wagenknecht, une figure de proue de Die Linke, qui a menacé de créer son propre parti pour se présenter aux élections de juin 2024.

Mme Wagenknecht a réitéré ses projets au cours du week-end, agitant le spectre d’une concurrence supplémentaire pour l’émanation allemande de La Gauche. Toutefois, les dirigeants de Die Linke ont refusé de « spéculer sur un parti qui n’existe pas encore et dont on peut douter qu’il existera un jour ».