Européennes : Renaissance mobilise ses troupes dans l'espoir de faire mentir les sondages
La quasi-totalité du gouvernement, le Premier ministre Gabriel Attal et une bonne partie des colistiers de la liste Renaissance se sont réunis à Paris mardi autour de la tête de liste Valérie Hayer, pour un meeting qui doit relancer la campagne de la majorité présidentielle, et créer les conditions d’un duel avec le RN.
La quasi-totalité du gouvernement, le Premier ministre Gabriel Attal et une bonne partie des colistiers de la liste Besoin d’Europe se sont réunis à Paris mardi (7 mai) autour de leur tête de liste Valérie Hayer pour un meeting qui doit relancer la campagne de la majorité présidentielle, et créer les conditions d’un duel avec le Rassemblement national (RN).
Le choix du lieu pour ce deuxième raout politique n’est pas anodin : le 12 juillet 2016, le président Emmanuel Macron – grand absent de cette soirée politique – alors candidat à la présidentielle, tenait à la Maison de la Mutualité l’un de ses premiers meetings de campagne.
La date non plus n’est pas anodine : le 7 mai 2017, le même Emmanuel Macron était élu à la présidence.
Alors, pendant plus de deux heures ce mardi, ministres, anciens Premiers ministres et celui en fonction, mais aussi eurodéputés se sont inspirés du lieu pour parler d’Europe, célébrer le bilan du président de la République, et tenter de remettre sur les rails une campagne qui, à bien des égards, a plutôt mal commencé.
En commençant par Gabriel Attal, invité d’honneur, qui a déclamé une ode à l’Europe « qui fait la puissance de la France ».
L’Europe, c’est « notre assurance-vie dans un monde qui change plus vite que jamais », a lancé le Premier ministre, accueilli sur scène au rythme d’une version techno de l’Ode à la joie, l’hymne officiel de l’Union européenne (UE).
Selon lui, cette élection européenne se résume à une question existentielle : « Dedans ou dehors ? » Sortir de l’Europe ou y rester ? Lui « assume aimer l’Europe », face aux « prophètes de malheur » d’extrême droite, nouveaux « europhobes anonymes » qui n’attendent qu’à en sortir.
Valérie Hayer a quant à elle égrainé le bilan de Renaissance au Parlement européen : « Nous avons vacciné. Nous avons relancé notre économie. Nous avons été à la hauteur de l’Histoire ! »
Peu de place laissée à l’environnement, au changement climatique ou à la crise agricole : à la Mutualité, il était avant tout question de crises géopolitiques et migratoires, et de défense européenne, jalon d’une Europe plus souveraine et d’une France plus forte, que le président Emmanuel Macron est censé incarner.
Et tout au long des diverses prises de parole s’est donc décliné un double objectif : faire mentir les sondages qui donnent la majorité présidentielle en perte de vitesse, et attaquer frontalement le Rassemblement national.
« Inverser le bruit de fond »
Dans une salle comble – 2 500 personnes selon les organisateurs, 3 800 inscrits – l’heure est à la mobilisation : après un départ en campagne plus qu’hésitant, et une tête de liste qui n’arrivait pas à imposer ses sujets, colistiers et ministres veulent voir en ce meeting un nouveau départ.
« Il est temps d’inverser le bruit de fond » qui voudrait que la dynamique de la majorité présidentielle s’affaisse, précisait un ancien ministre la veille. Il voit en ce grand raout une « image de rassemblement » qui irait de pair avec « la multiplication des signaux qui montrent que Valérie [Hayer] arrive enfin à s’imposer dans les débats ».
La dernière enquête Ipsos place la liste de Valérie Hayer en deuxième position avec 17 % des intentions de vote, un point en deçà des résultats du mois de mars, trois points de moins qu’en décembre 2023, quand elle n’était pas encore officiellement tête de liste – et bien loin des 32 % de Jordan Bardella.
Alors, Gabriel Attal a enfoncé le clou sur scène mardi : « Nous lançons aujourd’hui le tournant de cette campagne », à quatre semaines du scrutin du 9 juin.
Un programme, présenté la veille, les noms des premiers colistiers publiés vendredi (3 mai) et un débat face au candidat du RN Jordan Bardella en prime time la semaine dernière : la campagne est enfin en ordre de marche, affirment les stratèges du parti. Plus que jamais la liste est prête à répondre de manière efficace à un monde qui change et pourrait, si rien n’est fait, laisser l’Europe sur la touche, veulent-ils espérer.
Et surtout, ne pas laisser la moindre place à l’extrême droite, ces « Européens de pacotille », dixit Valérie Hayer, face à laquelle la majorité présidentielle veut rétablir un duel frontal. Le Premier ministre, qui devrait débattre face à Jordan Bardella le 23 mai prochain, a dédié au combat contre le RN la majorité de son discours.
Sans oublier un tacle pour la Nupes, « unie sur l’essentiel : sur le refus du nucléaire, sur le refus du plan de relance, sur le refus d’une meilleure maîtrise de notre immigration », a lancé le Premier ministre.
Reste à voir si un tel meeting pourra inverser les tendances dessinées par les sondages. « La campagne de 2024 ressemble beaucoup à celle de 2019 », glisse une eurodéputée à Euractiv. À l’époque aussi le parti avait opté pour une tête de liste peu connue et avait fait face à des vents contraires dans les sondages – jusqu’à un redressement spectaculaire dans les derniers jours de campagne.
Quatre longues semaines, donc, pour espérer que l’Histoire se répète.