EXCLU : le ministre espagnol de l’Agriculture définit les priorités de la présidence espagnole du Conseil de l’UE
En plus de mettre l’accent sur les nouvelles avancées technologiques dans le secteur agroalimentaire, l’Espagne se concentrera sur l’autonomie stratégique du secteur durant sa présidence du Conseil de l’UE, a confié le ministre espagnol de l’Agriculture à EURACTIV.
En plus de mettre l’accent sur les nouvelles avancées technologiques dans le secteur agroalimentaire, l’Espagne se concentrera sur l’autonomie stratégique du secteur durant ses six mois à la tête du Conseil de l’Union européenne. C’est ce qu’a confié Luis Planas, le ministre espagnol de l’Agriculture, à EURACTIV lors d’un entretien exclusif.
L’Espagne occupera la présidence du Conseil de l’UE pendant le second semestre de l’année, à compter de juillet 2023 — mois au cours duquel se tiendront également des élections nationales prévues le 23 juillet. Le pays avait tenu les rênes du Conseil pour la dernière fois en 2010, également sous la houlette d’un Premier ministre socialiste, José Luis Rodríguez Zapatero.
Bien qu’il ne soit pas certain que le gouvernement qui démarrera la présidence sera le même que celui qui la clôturera, M. Planas a insisté pour dire que l’Espagne a l’intention de « jouer [son] rôle […] et d’obtenir des résultats positifs pour l’Union » au cours du semestre.
La priorité pour l’agriculture et la pêche est liée à la sécurité alimentaire, explique Luis Planas à EURACTIV lundi (26 juin), en amont de la présentation des priorités de l’Espagne en matière d’agriculture lors de la réunion mensuelle des ministres compétents à Bruxelles.
« Nous avons découvert avec [la crise] du coronavirus et la guerre en Ukraine que la sécurité alimentaire n’est pas aussi sûre que nous le supposions et les fragilités de la chaîne de production agroalimentaire ont été mises au jour », a-t-il ajouté.
Dans ce contexte, « la question de l’autonomie stratégique de l’UE sera fondamentale », a-t-il affirmé, ajoutant que cet enjeu englobe l’alimentation, la défense, la sécurité et l’énergie.
Pesticides et édition génomique
Le ministre espagnol a indiqué que la deuxième priorité portera sur les « nouvelles technologies liées à la production alimentaire », à savoir la réduction des pesticides, l’amélioration des systèmes d’irrigation, l’agriculture de précision et les nouvelles techniques génomiques (NTG).
L’édition génomique, qui consiste à modifier génétiquement certaines caractéristiques des plantes, telles que leur tolérance à la sécheresse et leur résistance aux organismes nuisibles, figurera en bonne place dans le programme de la présidence, puisqu’une proposition en la matière de la Commission devrait être présentée en juillet.
« Mon objectif au cours de la présidence espagnole est de parvenir à des conclusions politiques qui précèdent la partie législative du travail », a souligné M. Planas.
Selon lui, « nous devons utiliser non seulement de nouvelles technologies, mais aussi de nouveaux instruments, comme les NTG », pour « trouver l’équilibre entre [les besoins de] la population et la production agroalimentaire ».
La proposition de la Commission sur l’utilisation durable des pesticides (SUR), qui vise à réduire de moitié l’utilisation des pesticides et les risques qui y sont associés, continuera par ailleurs d’être discutée sous la présidence espagnole.
En septembre, l’Espagne avait fait partie des pays qui avaient soutenu une analyse d’impact supplémentaire sur la proposition SUR – laquelle devrait aussi être présentée en juillet — sur fond d’inquiétudes en matière de sécurité alimentaire et de productivité.
Enfin, l’Espagne donnera la priorité à la mise en œuvre des plans stratégiques nationaux dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC), renouvelée cette année, ainsi qu’au rôle des zones rurales dans l’UE.
La pêche
La présidence espagnole mettra également l’accent sur les politiques relatives à la pêche, puisque l’Espagne est en tête du secteur de la pêche de l’UE pour ce qui est des flottes et des captures.
Les trois grandes priorités porteront sur la décarbonation de toutes les activités halieutiques, le renforcement de la pêche et de l’aquaculture en tant pour contribuer à la sécurité alimentaire et l’introduction de quotas pluriannuels pour certaines espèces.
Selon M. Planas, la décarbonation à moyen et long terme des flottes et des activités halieutiques constituera le thème central de la réunion informelle qui se tiendra à Vigo (Galice) au mois de juillet.
« Nous ne pouvons pas pratiquer une pêche efficace et durable au 21e siècle en utilisant les bateaux de pêche du 20e siècle », a-t-il affirmé, « ce qui signifie que la technologie, […] l’investissement, le soutien budgétaire, […] et les changements réglementaires » sont nécessaires.
En outre, M. Planas souhaite établir des quotas de pêche pluriannuels sur deux ou trois ans pour certaines espèces, ce qui serait bénéfique pour le secteur « d’un point de vue commercial ».
Les totaux admissibles de captures (TAC), ou limites de captures, constituent l’un des outils de gestion de la pêche mis en place dans le cadre de la Politique commune de la pêche (PCP). Ils sont convenus chaque année entre les États membres sur la base de recommandations scientifiques dans le but de prévenir la surpêche et de garantir une gestion durable des populations halieutiques.
« Nous pensons que le système […] est un peu démodé », a déclaré M. Planas. Selon lui, « il est logique, compte tenu du fait que les rapports scientifiques ne portent pas seulement sur une année, mais parfois sur deux ou trois ans, d’essayer d’établir des quotas pour certaines espèces sur une base pluriannuelle ».
« La Commission vient d’accepter ce principe et ces quotas pluriannuels seront une première pour le Conseil dès décembre prochain », a précisé le ministre.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]