Malgré les avertissements de Bruxelles, la Hongrie maintient son interdiction de la viande de synthèse
Le parlement hongrois a voté mardi 18 novembre à une écrasante majorité l’interdiction de la production et de la vente de viande cultivée en laboratoire, au risque d’un nouveau bras de fer avec Bruxelles.
Budapest dénonce depuis longtemps les produits fabriqués en laboratoire et a notifié l’été dernier à Bruxelles un projet de loi visant à les interdire.
Cette initiative a valu à Budapest une réprimande de la Commission européenne, qui a averti qu’une telle interdiction menacerait la libre circulation des marchandises dans l’Union et enfreindrait les règles de l’UE relatives aux nouveaux aliments, qui exigent une autorisation pour tout produit non « consommé de manière significative » avant mai 1997.
La République tchèque, la Lituanie, les Pays-Bas et la Suède ont fait écho à ces préoccupations, affirmant que la décision de la Hongrie pourrait entraver l’innovation en Europe.
L’Union européenne n’a encore autorisé aucun produit carné dérivé de cellules cultivées en laboratoire. La première demande officielle a été déposée en 2024 par une entreprise française produisant du foie gras. Au début de l’année, une entreprise néerlandaise a demandé l’autorisation de vendre de la graisse bovine de laboratoire.
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Défendre le mode de vie traditionnel
Le gouvernement hongrois présente son interdiction comme une mesure de protection de la santé publique et du « mode de vie rural traditionnel ».
« Les technologies et les méthodes de production non traditionnelles comportent des dangers potentiels qui menacent nos valeurs fondamentales », peut-on lire dans le texte, adopté par 140 voix pour, 10 contre et 18 abstentions.
La loi autoriserait la culture de cellules carnées à des fins médicales et vétérinaires uniquement et doit encore être officiellement adoptée avant d’entrer en vigueur.
Une telle mesure marquerait une nouvelle attaque du Premier ministre Viktor Orbán contre les règles de l’UE en matière de nouveaux aliments, qu’il juge trop laxistes alors qu’elles figurent parmi les plus strictes au monde.
« Ils nous nourrissent de viande artificielle et de cochonneries OGM. À Bruxelles, non seulement ils parlent de grillons et d’insectes, mais ils voudraient aussi nous en nourrir », fustigeait le Premier ministre l’année dernière.
Le groupe de réflexion Good Food Institute, basé à Bruxelles, qui se concentre sur les protéines alternatives, a dénoncé l’interdiction hongroise, la jugeant « aussi absurde que juridiquement indéfendable ».
« L’UE dispose déjà d’un processus réglementaire solide et fondé sur des preuves pour confirmer la sécurité des nouveaux aliments tels que la viande cultivée, et c’est précisément ce processus que cette interdiction compromettrait », explique Seth Roberts, responsable politique senior au Good Food Institute.
Par ailleurs, l’Italie a mené l’opposition aux produits de synthèse et a été pionnière dans l’introduction d’une interdiction nationale. Cependant, les efforts de Rome ont été bloqués en cours de route, car le gouvernement a émis une notification irrégulière à l’UE.
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(asg)