Présidentielle roumaine : l'extrême droite remporte le premier tour
Après l’annulation du premier scrutin en novembre sur fond d’allégations d’ingérence russe, les Roumains ont massivement voté pour le candidat d'extrême droite George Simion au premier tour. Il affrontera le centriste Nicușor Dan au second tour, le 18 mai.
Encore marqués par l’annulation du premier scrutin présidentiel en novembre sur fond d’allégations d’ingérence russe, les Roumains ont massivement voté pour le candidat d’extrême droite George Simion au premier tour du nouveau scrutin dimanche 4 mai . Le président de l’Alliance pour l’union des Roumains (AUR) affrontera le centriste Nicușor Dan au second tour, qui aura lieu le 18 mai.
Le candidat d’extrême droite George Simion, fondateur et président de l’AUR, est arrivé largement en tête du premier tour avec environ 40 % des voix, selon les résultats partiels portant sur plus de 99 % des bulletins. Pour le second tour, il fera face à Nicușor Dan, candidat centriste indépendant et maire de Bucarest, qui a recueilli 20,9 % des suffrages.
George Simion a remporté la majorité des voix dans 36 des 41 provinces roumaines, y compris dans celle du Premier ministre social-démocrate sortant, Marcel Ciolacu. Il a également obtenu un soutien inattendu parmi les Roumains vivant dans d’autres pays d’Europe, tandis que ceux résidant en Moldavie et aux États-Unis ont largement voté pour Nicușor Dan.
La coalition gouvernementale sortante, composée du Parti social-démocrate (PSD) et du Parti national libéral (PNL), subit un nouveau revers. Leur candidat commun, Crin Antonescu, n’est pas parvenu à franchir le premier tour, malgré un financement conséquent et l’appui d’un vaste réseau local de maires traditionnellement influents.
Onze candidats étaient en lice pour devenir président, une fonction essentiellement protocolaire mais qui joue un rôle clé dans les affaires étrangères de cet État membre de l’UE de 19 millions d’habitants devenu un pilier essentiel de l’OTAN depuis l’invasion russe de l’Ukraine voisine.
Ce scrutin intervient après l’annulation du premier tour en novembre 2024 par la Cour constitutionnelle roumaine en raison de soupçons d’ingérence russe ayant entaché la percée du candidat pro-Kremlin d’extrême droite Călin Georgescu.
Plusieurs voix issues de l’extrême droite européenne, de même que le vice-président américain JD Vance, avaient vu un « complot » européen derrière cette annulation.
En France, la cheffe de file des députés du Rassemblement national (RN) Marine Le Pen — qui accuse implicitement Bruxelles d’avoir influé dans l’annulation du premier tour de l’élection il y a cinq mois — s’est félicitée lundi 5 mai de la nouvelle victoire d’un candidat d’extrême droite, y voyant « un très joli boomerang » pour l’Europe.
Deux visions pour l’avenir pays
Pour l’heure, le second tour du 18 mai s’annonce comme un véritable moment de bascule pour Bucarest : la Roumanie confirmera-t-elle son virage nationaliste au second tour ?
Le choix des électeurs déterminera l’orientation future du pays en matière de politique étrangère, de réforme judiciaire et de relations avec l’Union européenne, ainsi que le soutien à l’Ukraine.
Le choix se fera « entre deux visions de la Roumanie : l’une pro-occidentale, l’autre anti-occidentale », a affirmé Nicușor Dan, qui fait de la lutte contre la corruption le cœur de son programme.
George Simion incarne pour sa part une ligne nationaliste et souverainiste, proche du discours du mouvement MAGA (Make America Great Again) de Donald Trump.
Il s’oppose à la poursuite de l’aide militaire à l’Ukraine, tout en maintenant une posture officiellement favorable à l’OTAN, insistant sur le rôle de la Roumanie comme défensif plutôt qu’interventionniste.
Interdit d’entrée en Ukraine en 2024 pour « activités jugées hostiles à l’État ukrainien », il a néanmoins qualifié le président russe Vladimir Poutine de criminel de guerre. Il affirme également chercher une « paix négociée » en Ukraine, faisant écho à la position de Donald Trump sur la question.
Second tour
George Simion devrait rallier les électeurs de l’ancien leader du PSD, Victor Ponta, qui a mené une campagne souverainiste qui lui a rapporté environ 14 % des voix au premier tour.
Il devrait aussi mobiliser une partie de la base social-démocrate sensible à ses prises de position sur la famille traditionnelle, les valeurs orthodoxes et son opposition aux droits des minorités, notamment la communauté LGBTQ+.
Pour avoir une chance de l’emporter, Nicușor Dan devra quant à lui élargir sa base électorale. Il bénéficie déjà du soutien officiel de l’alliance libérale Union sauvez la Roumanie (USR)/Renew, mais aura aussi besoin de l’appui du PSD et du PNL.
Crin Antonescu, candidat du PSD et du PNL arrivé en troisième position avec 20,3 %, a simplement appelé ses partisans à voter pour le candidat qui représente le mieux leurs valeurs, laissant aux deux partis le soin de prendre officiellement position.
Aucun débat entre les deux finalistes n’a été confirmé à ce jour. George Simion, qui a largement évité les médias nationaux durant la campagne, communique surtout à travers des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux et des prises de position dans la presse étrangère. Le soir du premier tour, il n’est pas apparu en direct à son quartier général de campagne, préférant publier un message vidéo pré-enregistré.
Dans celui-ci, il a réaffirmé sa fidélité à Călin Georgescu, le candidat pro-russe vainqueur du premier tour écarté en novembre, affirmant vouloir le nommer Premier ministre en cas de victoire.
« Je resterai indéfectiblement loyal à l’homme qui devrait légitimement occuper la présidence, l’homme en qui des millions d’entre vous ont placé leurs espoirs », a-t-il déclaré, ajoutant vouloir « rétablir l’ordre constitutionnel » et rendre « au peuple roumain ce qui lui a été pris » lors du premier scrutin.
George Simion a voté dimanche matin dans un bureau de vote de Mogosoaia, près de Bucarest, aux côtés de Călin Georgescu.
« Le moment est venu de reprendre notre pays aux scélérats », a déclaré ce dernier.
*Charles Szumski a contribué à la rédaction de cet article.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]