« Faillite stratégique » : à Strasbourg, Raphaël Glucksmann dénonce les « trahisons » d’Emmanuel Macron
Le candidat Parti socialiste – Place Publique a confronté sa vision de l’Europe à celle d’Emmanuel Macron lors d’un meeting politique à Strasbourg mercredi. Fédéraliste convaincu, il a porté un message de « puissance européenne » face au chaos de la guerre et de la crise climatique.
Le candidat Parti socialiste – Place Publique a confronté sa vision de l’Europe à celle d’Emmanuel Macron lors d’un meeting politique à Strasbourg mercredi (24 avril). Fédéraliste convaincu, il a porté un message de « puissance européenne » face au chaos de la guerre et de la crise climatique.
« C’est une salle comble », souffle un membre de la campagne de Raphaël Glucksmann, « on va dépasser la capacité ».
600 personnes, selon les organisateurs – dont de nombreuses debout ou assises par terre – se sont présentées à la salle de la Bourse à Strasbourg mercredi pour écouter le candidat socialiste parler d’Europe, illustration de l’engouement que crée depuis quelques semaines la candidature du socialiste.
M. Glucksmann voulait faire de ce meeting politique un véritable discours sur l’Europe, en déclinant les axes forts de sa campagne et sa vision de l’UE d’ici 2030.
« Mais avec l’annonce d’Emmanuel Macron qu’il ferait un discours sur l’Europe le lendemain, on a musclé les propos de Raphaël », glisse sa directrice de communication.
La social-démocratie face au « chaos »
Dans un discours fleuve de plus d’une heure, sur un ton parfois professoral, le député européen a décliné les mesures nécessaires pour faire face au « chaos » qu’apportent sur le continent européen l’invasion russe en Ukraine, « l’effondrement climatique, la crise sociale [et] le rejet des institutions ».
« Tout nous pousse à la tétanie mais tout aujourd’hui doit nous conduire au sursaut », affirme-t-il. La social-démocratie qu’il incarne doit « trancher dans le vif [pour] puiser en nous le courage nécessaire aux grandes décisions », que seul permettrait un fédéralisme européen assumé.
Avec des accents parfois martiaux, il estime urgent d’engager de nouveaux moyens dans la défense européenne – notamment par un emprunt commun, pour lequel plaide aussi le président de la République – afin d’accélérer la production militaire sur le continent et la rediriger en premier chef vers l’Ukraine.
Ainsi en veut-il à Emmanuel Macron d’avoir « refusé de prendre la tête de la résistance à [Vladimir] Poutine » après l’invasion russe, et d’avoir tergiversé sur l’attitude que l’Europe devait adopter face à Moscou dans les années précédant la guerre.
En 2019, lors d’un discours face aux ambassadeurs, le président estimait que « pousser la Russie loin de l’Europe est une profonde erreur stratégique » : il faut « réussir à faire front commun entre l’Union européenne et la Russie », lançait-il alors.
« Comment peut-on parler d’autonomie stratégique européenne si dans le même temps, vous voulez faire front commun avec les tyrans qui menacent votre sécurité ? » a rétorqué le candidat socialiste. « Nous sommes les cibles de Poutine, ça fait 20 ans que je le dis et qu’on ignore mes alertes ! ».
L’heure est à la création d’une « puissance écologique européenne », qui passe par un fonds de souveraineté européenne de 200 milliards d’euros par an pour soutenir la transition écologique, un fonds de 100 milliards d’euros pour l’Ukraine, un droit de préemption européen sur le rachat d’industries pharmaceutiques qui menacent de quitter le continent, ou encore la création d’une haute autorité de la transparence de la vie publique à l’échelle du bloc.
Macron à droite, LFI à gauche
Relégué à 9 % des intentions de vote en décembre dernier, le candidat est poussé depuis plusieurs semaines par une bonne dynamique, ainsi qu’il le reconnaît lui-même, atteignant 14 % dans certains sondages.
Le meeting politique de mercredi, plus qu’une déclinaison de son programme, était donc aussi une manière de s’affirmer face au président de la République et s’imposer comme seule force crédible à gauche.
En effet, du côté de chez Renaissance, l’ambiance est morose : la campagne ne décolle pas et les intentions de vote ne cessent de dégringoler. De 19 % en janvier, la liste de la majorité est aujourd’hui créditée de 16 %. Certains vont jusqu’à s’inquiéter que la liste socialiste leur vole la deuxième place, derrière le Rassemblement national, loin devant avec 31 % des intentions de vote.
Et le discours du président à la Sorbonne jeudi (25 avril) ne changera pas la donne : « words, words, words », ironise Raphaël Glucksmann, en citant Hamlet.
« Emmanuel Macron aurait pu rencontrer l’Histoire » alors que l’UE était confrontée à des crises sans précédent, mais il n’en est rien : il faut garder en tête « l’ensemble de [ses] trahisons et reculs », a-t-il martelé, sous des applaudissements nourris.
Une note de la Fondation Jean-Jaurès, publiée le 28 mars, révèle que 30 % des électeurs d’Emmanuel Macron au premier tour des présidentielles de 2022 seraient prêts à voter pour M. Glucksmann. Le plus grand grief de ces électeurs déçus : la réforme des retraites de 2023.
L’inquiétude est aussi palpable au sein de La France insoumise (LFI), où 38 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon au premier tour des présidentielles devraient glisser un bulletin socialiste dans l’urne en juin.
Pour ceux-là, c’est la politique étrangère de l’ex-Front de gauche qui ne passe pas, « en particulier sur l’Ukraine et sur le Hamas », souligne la Fondation Jean-Jaurès. Le conflit Israël-Palestine n’a d’ailleurs presque pas été abordé par M. Glucksmann dans son discours.
Assez pour que l’équipe du candidat se projette déjà sur l’après-Européennes : « Si nous devenons la première force politique à gauche après les élections européennes, alors c’est tout le paysage politique qui sera bouleversé », analyse un de ces conseillers.
Il n’y a plus qu’à.