Fatigués par la désinformation, certains politiques rêvent d’un ciel « plus bleu »

Face à la recrudescence de contenus de désinformation sur le conflit entre Israël et le Hamas, qui met à rude épreuve les réseaux sociaux et les institutions européennes chargées de faire respecter les nouvelles normes de modération de contenu, certaines personnalités politiques envisagent de changer de réseau social.

Euractiv France
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La société tchèque Bohemia Interactive, qui a produit le jeu Arma 3, a reconnu la « circulation récente de vidéos qui étaient à l'origine tirées de leur jeu Arma 3, et faussement utilisées comme des séquences de conflits réels, principalement de la guerre actuelle en Ukraine ou du conflit israélo-palestinien ». [Wachiwit / Shutterstock]

Face à la recrudescence de contenus de désinformation sur le conflit entre Israël et le Hamas, qui met à rude épreuve les réseaux sociaux et les institutions européennes chargées de faire respecter les nouvelles normes de modération de contenu, certaines personnalités politiques envisagent de changer de réseau social.

Depuis l’entrée en vigueur du règlement sur les services numériques (DSA) le 25 août, 19 « très grandes plateformes en ligne » sont tenues de modérer tout contenu illégal en ligne signalé par ses utilisateurs.

À la suite de l’assaut du Hamas contre Israël le 7 octobre, qui a donné lieu à une prolifération rapide de contenus de désinformation en ligne, le commissaire européen chargé du marché intérieur, Thierry Breton, a publié une lettre ouverte adressée à Facebook, Instagram et X.

« Nous assistons à une recrudescence de contenus illicites et de désinformation diffusés dans l’UE par le biais de certaines plateformes », écrit-il dans sa lettre adressée à Mark Zuckerberg, PDG de Meta, propriétaire de Facebook et d’Instagram.

À Elon Musk, PDG de X, M. Breton a ajouté : « Nous détenons des informations selon lesquelles votre plateforme est utilisée pour diffuser des contenus illégaux et de désinformation dans l’UE ».

Dans les deux lettres, M. Breton exhorte Facebook, Instagram et X à se conformer aux règles du DSA, à retirer rapidement les contenus illégaux signalés par leurs utilisateurs et à se mettre en contact avec les autorités chargées de l’application de la loi ainsi qu’Europol, l’autorité de police de l’UE.

Il a donné à chacune des trois entreprises 24 heures « pour garantir une réponse rapide, précise et complète » à ses demandes.

Dans un geste que certains pourraient décrire comme un passage à l’acte, M. Breton a également décidé mercredi (11 octobre) de promouvoir son nouveau compte sur la nouvelle plateforme de médias sociaux Bluesky, souvent présentée comme une rivale de X.

À propos de cette plateforme et de l’ancien logo de Twitter – un oiseau bleu – il a écrit : « même si l’herbe n’est pas (toujours) plus verte ailleurs, le ciel est parfois… plus bleu ».

De nombreux politiques allemands ont commencé à passer à Bluesky après que Musk a soutenu le parti allemand d’extrême droite et anti-migrants AfD.

Le conflit Hamas-Israël génère une recrudescence de désinformation

Comme l’a prouvé CNN, une vidéo, visionnée plus d’un demi-million de fois sur X, présente de manière trompeuse des combattants du Hamas abattant un hélicoptère israélien alors que les images utilisées proviennent d’un jeu vidéo appelé Arma 3.

L’AFP a également démenti plusieurs autres fausses vidéos circulant sur YouTube, Facebook et X.

La société tchèque Bohemia Interactive, qui a produit le jeu Arma 3, a reconnu la « circulation récente de vidéos qui étaient à l’origine tirées de leur jeu Arma 3, et faussement utilisées comme des séquences de conflits réels, principalement de la guerre actuelle en Ukraine ou du conflit israélo-palestinien ».

Meta : Désinformation et campagnes électorales

Dans sa lettre à Meta, M. Breton a profité de l’occasion pour insister sur les dangers de la désinformation dans un contexte électoral.

Alors que le commissaire « a pris note des mesures prises par Meta pour augmenter les mesures d’atténuation dans la période précédant les récentes élections en Slovaquie », il demande que l’équipe de Meta soumette à la Commission les mesures prises par Facebook et Instagram pour atténuer les deepfakes, citant les prochaines élections nationales en Pologne, aux Pays-Bas, en Lituanie, en Belgique, en Roumanie, en Autriche et les élections du Parlement européen.

Meta n’a pas répondu à une demande de commentaire d’Euractiv au moment de la publication.

X : retour aux b.a.-ba

Dans sa lettre ouverte adressée à X, Breton détaille les bases du règlement sur les services numériques : la transparence des conditions d’utilisation, le retrait rapide des contenus illégaux lorsqu’ils sont signalés par des utilisateurs et la prise de mesures d’atténuation des contenus de désinformation.

Si l’on met en parallèle cette lettre et la déclaration de Věra Jourová, vice-présidente de la Commission européenne chargée des valeurs et de la transparence, le 26 septembre, selon laquelle X est « la plateforme qui affiche le plus grand nombre de messages de désinformation », il semble que X soit en passe de devenir la bête noire de l’UE.

Parallèlement à l’annonce de Bluesky, M. Breton a également publié sa déclaration tant attendue sur un prochain règlement européen des télécoms sur LinkedIn plutôt que sur X.

M. Breton a déclaré jeudi (12 octobre) que son équipe avait reçu la réponse du média social X, que l’équipe de la Commission chargée de l’application sur le règlement des services numériques analysera en détail avant de « décider des prochaines étapes ».

L’équipe de la Commission peut décider d’appliquer les sanctions prévues dans le règlement, qui peuvent aller jusqu’à une amende de 6 % du chiffre d’affaires annuel global de l’entreprise et jusqu’à une exclusion du marché unique de l’UE en cas de récidive.