Fin des avantages commerciaux pour l’Ukraine : le ministre ukrainien de l’Agriculture évoque un « préjudice moral »

Pour le ministre ukrainien de l’Agriculture, la fin des avantages commerciaux risque de causer un tort économique significatif à l’Ukraine et de porter atteinte aux aspirations du pays à intégrer le marché unique.

EURACTIV.com
Italy-Ukraine Business Forum in Rome
Le ministre ukrainien de l’Agriculture, Vitalii Koval. [EPA-EFE/ANGELO CARCONI]

Le ministre ukrainien de l’Agriculture, Vitalii Koval, a averti lundi 26 mai que la décision de l’Union européenne de rétablir les droits de douane et les quotas sur les produits agricoles ukrainiens risquait de causer un tort économique significatif à l’Ukraine, tout en portant atteinte aux aspirations du pays à intégrer le marché unique européen.

La fin des avantages commerciaux, approuvée la semaine dernière par les États membres de l’UE, entrera en vigueur le 6 juin et annulera la libéralisation totale du commerce décidée après l’invasion totale de l’Ukraine par la Russie en 2022.

Les nouvelles dispositions réintroduisent les quotas tarifaires de 2017 sur les exportations agricoles ukrainiennes, ce qui, selon Vitalii Koval, aura des répercussions bien au-delà du seul secteur agroalimentaire

« Qu’en est-il du préjudice moral ? Il ne se chiffre pas en milliards, mais en millions de citoyens ukrainiens qui soutiennent l’intégration dans l’UE », a déploré le ministre lors d’une intervention au Conseil « Agriculture et Pêche » à Bruxelles lundi.

Vitalii Koval a déclaré que la guerre avait porté un coup aux autres grandes industries ukrainiennes, telles que la chimie et la sidérurgie, faisant passer l’agriculture à 70 % du PIB du pays.

Selon les calculs de Kiev, cela signifie que le retour aux contingents tarifaires d’avant-guerre avec l’UE se traduira par des pertes comprises entre 2,8 et 3,5 milliards d’euros pour l’économie ukrainienne en 2025.

Pour la Commission européenne, le retour aux anciennes règles commerciales n’est qu’une solution temporaire pendant que les négociations sur un accord commercial à plus long terme entre Kiev et Bruxelles se poursuivent.

Le ministre a déclaré que l’objectif était de mettre en place un accord commercial à long terme d’ici la fin du mois de juillet.

Considérations politiques

En parallèle, le ministre polonais de l’Agriculture, Czesław Siekierski, qui présidait la réunion du Conseil à Bruxelles lundi, a salué le rétablissement du régime commercial d’avant-guerre, le qualifiant de victoire politique majeure à l’approche du second tour de l’élection présidentielle prévu ce week-end en Pologne.

La question est particulièrement sensible et a constitué un enjeu électoral en Pologne, car l’afflux de produits agricoles ukrainiens bon marchés a alimenté la colère des agriculteurs dans le pays ces dernières années.

Évoquant les quantités limitées de produits agricoles ukrainiens qui seront autorisées à entrer dans l’UE à compter du 6 juin, le ministre polonais a déclaré que ces chiffres étaient « très favorables ».

Il a ajouté que les négociations futures nécessiteraient « un certain dialogue » et que la discussion sur le degré de libéralisation du marché agricole de l’UE pour les produits ukrainiens dépendait également de l’issue de la guerre entre Kiev et les forces russes.

S’adressant aux journalistes, le ministre ukrainien, Valerii Koval, a ironisé en déclarant que la gestion de la production agricole ukrainienne nécessitait de « connaître le calendrier électoral des États membres de l’UE ». Il a également indiqué que sa mission à Bruxelles lundi était de lutter contre les « mythes » selon lesquels les produits ukrainiens perturberaient le marché de l’Union.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]