L’Autorité de sûreté nucléaire autorise la mise en service de l’EPR de Flamanville

Après 12 ans de retard sur la date de fin de construction, le premier EPR français reçoit l’aval de l’Autorité de sûreté nucléaire pour sa mise en service.

Euractiv France
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Le chantier de l'EPR de Flamanville connait un retard de 12 ans sur la date de sa livraison et une multiplication par cinq de son montant (19,1 milliards d'euros selon la Cour des comptes). [commons.wikimedia.or]

Après 12 ans de retard sur la date de fin de construction, le premier EPR français reçoit l’aval de l’Autorité de sûreté nucléaire pour sa mise en service.

Mardi (7 mai), l’Autorité de sûreté nucléaire française (ASN) a autorisé la mise en service du réacteur pressurisé européen (EPR) de Flamanville, sur la côte normande.

Cette décision permettra à EDF de commencer le chargement du combustible nucléaire dans le réacteur et de le connecter au réseau électrique national dès cet été.

L’EPR de Flamanville deviendra ainsi le réacteur nucléaire le plus puissant du parc français (1600 mégawatt) et sera capable d’alimenter deux millions de foyer en électricité.

Roland Lescure, le ministre délégué chargé de l’Industrie et de l’Énergie a déclaré sur X que cette décision est une « nouvelle étape décisive dans la relance du nucléaire ».

La lumière au bout du tunnel

Le programme des EPR, lancé en 1992 pour relancer l’atome en Europe après la catastrophe de Tchernobyl (1986), cherche à offrir une technologie nucléaire sûre et plus puissante.

Cependant, tous les chantiers européens lancés pour déployer ces nouveaux types de réacteurs ont connu d’importants retards.

Au Royaume-Uni, la construction de l’EPR de Hinkley Point C, lancé en 2012 et initialement prévu pour 2017, devrait connaître entre deux et quatre ans de retard supplémentaire et un quasi-doublement de la facture initiale.

À l’heure actuelle, la seule centrale de ce type mise en service en Europe est celle de Olkiluoto, en Finlande, après douze ans de retard et un coût de construction triplé.

L’EPR de Flamanville ne fait pas exception. Fissures dans le béton de la dalle, anomalies dans l’acier de la cuve, défauts de soudure… le chantier français connait un retard de 12 ans sur la date de sa livraison et une multiplication par cinq de son montant (19,1 milliards d’euros selon la Cour des comptes).

Une autorisation dans un contexte mouvementé

L’avis positif de l’ASN intervient dans un contexte de restructuration des politiques de contrôle de l’énergie atomique en France.

Dans la nuit du 9 au 10 avril, l’Assemblée nationale a adopté le projet de loi sur la réforme de la sûreté nucléaire, qui prévoit la création d’un organisme unique au 1er janvier 2025.

Cette nouvelle structure fusionnera le « gendarme du nucléaire », l’ASN, avec l’expert technique du secteur, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

L’objectif affiché du gouvernement est de réduire les délais dans les processus d’expertise, d’autorisation et de contrôle, dans le cadre d’une volonté de relance du nucléaire.

En effet, en plus du prolongement de l’exploitation des réacteurs existants, la France planifie de construire six autres EPR (d’une puissance comprise entre 900 et 1500 MW) et de développer des projets nucléaire de nouvelle génération, à savoir SMR (petits réacteurs modulaires) et AMR (petits réacteurs avancés).

Pour l’opposition et les syndicats des différentes agences, la nouvelle organisation risque de conduire à une perte d’indépendance des experts mais aussi à un manque de transparence et de sécurité, au nom de l’accélération des rapports d’autorisation.

[Édité par Paul Messad]