France : les agriculteurs dans la rue, débat sur le Mercosur à l’Assemblée
« On va dans le mur ! » : des agriculteurs français ont manifesté mardi 26 novembre dans les rues de Strasbourg au volant de leurs tracteurs, avant un débat à l’Assemblée nationale à Paris sur le projet de traité de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et les pays du Mercosur — un accord rejeté par la profession.
À Strasbourg, les manifestants visent le Parlement européen pour des échanges avec les eurodéputés, mais des actions ont lieu dans toute la France. Les autorités ont recensé une vingtaine d’actions depuis lundi 25 novembre, des blocages de plateformes logistiques ou des actions dans des supermarchés.
« Nous défendons une exception agriculturelle. Il faut sortir l’agriculture des traités de libre-échange. On ne peut plus continuer à échanger un steak contre une voiture », a exposé à l’AFP Sophie Lenaerts, vice-présidente de la Coordination rurale, deuxième syndicat agricole français, à l’initiative de la manifestation à Strasbourg.
Moins d’un an après une mobilisation historique et après un été difficile marqué par de mauvaises récoltes et des maladies animales, les agriculteurs estiment n’avoir pas obtenu suffisamment d’avancées concrètes.
L’alliance syndicale majoritaire FNSEA-Jeunes agriculteurs a promis de son côté des actions partout en France jusqu’à jeudi 28 novembre, visant « tout ce qui entrave la vie des agriculteurs », selon le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau.
Cette mobilisation contre le carcan des règles et de l’administration intervient après une première semaine de protestations contre une « Europe passoire », permettant des importations de produits ne respectant pas les normes imposées aux agriculteurs européens.
« Concurrence déloyale »
Lundi, des militants de la FNSEA ont bâti un mur devant la préfecture des Ardennes, dans le nord de la France, pour « représenter la distance qui sépare le paysan et l’administration ».
« Le message, c’est stop aux règlementations qui tuent nos métiers », a confié à l’AFP un membre de ce syndicat, Thierry Huet.
Contre « la concurrence déloyale », des manifestants exigent notamment le retour de l’acétamipride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes, réclamé par les producteurs de noisettes et de betteraves à sucre. Nocif pour les pollinisateurs, il est interdit en France, mais utilisé dans d’autres pays de l’Union européenne.
La ministre française de l’Agriculture, Annie Genevard, a promis lundi sur la radio France Inter que les agriculteurs verraient « très, très vite » des choses concrètes.
Elle a aussi assuré que la France progressait dans la construction d’une minorité de blocage au traité avec le Mercosur au sein du Conseil de l’UE, dont l’accord sera nécessaire une fois les négociations terminées : après l’Italie, la Pologne a exprimé son rejet vendredi.
L’exécutif français a à plusieurs reprises exprimé sa solidarité avec les agriculteurs.
Le traité avec les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) permettrait l’entrée en Europe de viande, de sucre ou de maïs importés sans droits de douane, risquant « de provoquer des déséquilibres profonds pour nos producteurs », qui seraient confrontés à une « concurrence déloyale », ont estimé les ministres de l’Agriculture et du Commerce extérieur dans une tribune publiée dans le quotidien Le Figaro.
Dans l’après-midi, les deux ministres prendront la parole à l’Assemblée nationale où se tiendra un débat puis un vote sur ce traité — avant un débat similaire au Sénat.
L’exécutif espère un vote unanime qui donnerait du poids à la position française face à la Commission, qui négocie toujours cet accord, mais qui poussée par des pays comme l’Allemagne et l’Espagne ne cache pas son intention de parvenir à une conclusion avant la fin de l’année.
Mais rien n’est gagné. Si le parti d’extrême droite Rassemblement national (RN), qui compte le plus grand nombre d’élus à l’Assemblée (125 sur 577 sièges), a annoncé qu’il soutiendrait la position du gouvernement, le vote à gauche dépendra du débat et de la déclaration gouvernementale.