Fusionner les objectifs climat et développement, une priorité européenne
ÉDITION SPÉCIALE / Bruxelles s’est fixé un but pour le sommet de New York consacrée aux objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) : regrouper les objectifs de l’ONU et le programme mondial de développement durable de Rio+20 après 2015.
ÉDITION SPÉCIALE / Bruxelles s’est fixé un but pour le sommet de New York consacrée aux objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) : regrouper les objectifs de l’ONU et le programme mondial de développement durable de Rio+20 après 2015.
Les OMD couvrent une multitude de projets pour le développement mondial, qui vont de l'éradication de l'extrême pauvreté à la réduction de la mortalité infantile. Ils ont été établis lors du Sommet du millénaire en septembre 2000.
Ces objectifs arrivent à échéance dans 15 mois. Les chefs d'État et de gouvernement du monde se réunissent à New York le 23 septembre pour évaluer les progrès et discuter des nouveaux objectifs.
« Nous voulons constater que le regroupement des deux [OMD et programme Rio+20] sera possible, car, même sur le plan intellectuel, nous ne voyons pas comment nous pouvons travailler sur deux cadres réglementaires distincts », explique un fonctionnaire de l'UE à EURACTIV sous couvert de l'anonymat.
« Nous devrons tenter de rassembler ces deux programmes dans un cadre réglementaire intégrant des objectifs communs », ajoute une autre source de l'UE.
Les conférences Rio+20 s'inscrivent dans la continuité du Sommet de la Terre de1992, lors duquel un plan d'action et des principes sur le développement durable avaient été établis.
Les participants à l'Assemblée générale de l'ONU consacrée aux OMD en 2010 et à la Conférence de Rio+20 au Brésil en 2012 ont accepté de fusionner les deux projets en une série d'« objectifs de développement durable » qui remplaceraient les OMD actuels.
Un groupe de personnalités de haut niveau était peu enclin à proposer des exemples détaillés et spécifiques. Mais « une chose est claire », explique le commissaire européen en charge du développement, Andris Piebalgs, à EURACTIV : « Pour la première fois de l'Histoire, nous avons une réelle occasion de renvoyer une fois pour toutes l'extrême pauvreté au passé. Nous ne pouvons pas rater cette occasion. » Environ 1,2 milliard de personnes vivent toujours dans l'extrême pauvreté.
L'UE appelle à « un processus intergouvernemental transparent qui pourrait être complété par une contribution importante du secrétaire général [de l’ONU] », indique le commissaire européen.
Document final
Selon des sources d'EURACTIV, ces mesures sont mentionnées dans un « document final » du sommet qui circule actuellement. Ce texte propose que, Ban Ki-Moon, le secrétaire général de l'ONU, présente un rapport synthétisant les conclusions des différents groupes de travail. Et qu’un processus intergouvernemental permette de jeter les bases d’un sommet des chefs d'État qui lancera le coup d'envoi des prochains OMD.
À New York, « nous voulons un engagement vers un sommet en septembre 2015 qui aboutira à un nouveau cadre réglementaire et un engagement renouvelé en vue d'atteindre au maximum les OMD actuels d'ici 2015 », explique un fonctionnaire de l'UE.
« Il y a toutefois du pain sur la planche et nous aimerions que les pays riches et pauvres renouvellent leur engagement ».
Un rapport d'étape de l'ONU publié cette année met au jour la réalisation de progrès importants mais inégaux vers les objectifs, comme la réduction de moitié de l'extrême pauvreté et la scolarisation des filles dans les écoles primaires.
L'Afrique subsaharienne à la traîne
À part cette dernière cible et celle relative à la lutte contre l'expansion du VIH, l'Afrique subsaharienne est en retard, ne progresse pas ou recule.
Le commissaire Piebalgs assure que « les exportations de matières premières ont fait grimper les taux de croissance [en Afrique subsaharienne]. Mais la transformation structurelle nécessaire pour réduire la pauvreté de manière durable n'a pas eu lieu »
« Des institutions et des politiques publiques peu ambitieuses, la corruption et des infrastructures insuffisantes expliquent pourquoi toutes les parties de la société ne tirent pas profit de la croissance », ajoute-t-il.
Un nouveau rapport d'étape sur les OMD devrait être publié le 23 septembre lors de l'ouverture du sommet à New York.
Les objectifs de l'après-2015
Le débat devrait porter entre autres sur le rôle éventuel de la taxe sur les transactions financières de l'UE et le rassemblement des 66 objectifs, cibles et indicateurs actuels en une seule série.
Les participants devraient également privilégier les inégalités mondiales à la réduction de l'extrême pauvreté. Ils discuteront aussi du calendrier pour les prochains OMD.
Alhaji Mumuni, le secrétaire général du Groupe des États d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) explique à EURACTIV que le débat sur les nouveaux objectifs devrait débuter maintenant. Il compte d'ailleurs proposer deux nouveaux OMD pour l'après-2015.
« Nous devrions nous pencher sur l'atténuation des catastrophes ainsi que sur la résolution, la gestion et la prévention de conflit. Ces points sont essentiels et nous ne les avons pas intégrés dans les [premiers] OMD », annonce-t-il.
« Le but serait d'éviter des conflits autant que possible. S'ils éclatent, il faut trouver une méthode claire pour les gérer et les résoudre. Nous devrions être en mesure de formuler des objectifs dans le cadre d'un programme global pour l'après-2015. »
Pourquoi des OMD ?
Jan Vandermoortele, qui a participé à la rédaction des premiers OMD, prévient que l'on porte actuellement « trop d'attention » à une liste d'objectifs et d'indicateurs pour l'après-2015.
« Toutes les parties prenantes estiment qu'il s’agit d'un moment décisif. Cette liste aura de grandes répercussions pour les années à venir et les personnes autour de la table veulent l’influencer », assure-t-il.
« Mais personne ne voit plus la forêt qui se cache derrière l'arbre. Le débat dans son ensemble omet une question essentielle : pourquoi avons-nous besoin d'une série de cibles et d'objectifs à l'échelle mondiale ? »