Gaza : une solution à deux Etats au cœur des négociations entre ministres européens et arabes à Bruxelles
Les ministres des Affaires étrangères de l’UE rencontreront leurs six homologues d’Arabie saoudite, d’Égypte, de Jordanie, du Qatar et des Émirats arabes unis à Bruxelles lundi, afin de discuter des efforts visant à mettre un terme à la guerre d’Israël contre Gaza.
Les ministres des Affaires étrangères de l’UE rencontreront leurs six homologues d’Arabie saoudite, d’Égypte, de Jordanie, du Qatar et des Émirats arabes unis à Bruxelles lundi (27 mai), pour la deuxième fois en un mois, afin de discuter des efforts visant à mettre un terme à la guerre d’Israël contre Gaza.
« [Les discussions] ont lieu à un moment crucial de la guerre, alors que la situation à Gaza est de plus en plus désastreuse et que la pression internationale pour mettre fin aux combats a atteint un nouveau sommet », a déclaré à Euractiv Sven Koopmans, représentant spécial de l’UE pour le processus de paix au Proche-Orient.
En effet, l’armée israélienne a poursuivi ses bombardements ce week-end sur Rafah malgré les conclusions de la Cour internationale de Justice (CIJ) de vendredi (24 mai), après une demande urgente de mesures conservatoires présentée par l’Afrique du Sud le 10 mai 2024. La CIJ a enjoint à Israël d’« arrêter immédiatement son offensive militaire, et toute autre action menée dans le gouvernorat de Rafah, qui serait susceptible de soumettre le groupe des Palestiniens de Gaza à des conditions d’existence capables d’entraîner sa destruction physique totale ou partielle ».
Lundi, des responsables palestiniens ont accusé Israël d’avoir bombardé un centre pour personnes déplacées près de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, tuant au moins 35 personnes. L’armée israélienne a affirmé de son côté avoir frappé un complexe du Hamas dans lequel opéraient « d’importants terroristes ».
Les décisions sur Gaza prises par la CIJ, la plus haute juridiction de l’ONU, doivent être appliquées, a martelé lundi à Bruxelles le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, avant la réunion.
Les efforts internationaux pour se mettre d’accord sur le devenir de Gaza après la guerre, y compris les nombreux cycles de négociations en vue d’un cessez-le-feu sous la médiation de l’Égypte et les plans de paix impliquant la question de savoir qui gouvernerait, sont jusqu’à présent restés au point mort.
Outre les plans de paix américains et arabes, l’UE a récemment présenté un plan visant à relancer les efforts en faveur d’un processus de paix au Moyen-Orient.
« Nous devons nous préparer à l’après cessez-le-feu et à des mesures crédibles pour mettre en œuvre la solution à deux États », a affirmé M. Koopmans, ajoutant que les pourparlers « démontreraient l’importance de la coopération arabo-européenne ».
« Il est essentiel que nous nous réunissions pour renforcer notre coopération en faveur de la paix et de l’augmentation massive de l’aide humanitaire ; nous devons travailler ensemble pour soutenir l’Autorité palestinienne et adresser nos messages à Israël et au Hamas », a-t-il précisé.
Israël, qui, selon les responsables de l’UE, a été invité à la table des négociations, n’a pas répondu à l’invitation.
Le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, a affirmé dimanche que « la solution à deux États n’est pas une concession douloureuse faite par Israël ; elle ne constitue pas une menace pour la sécurité d’Israël ».
« Au contraire, c’est la seule garantie à long terme pour la sécurité et la prospérité d’Israël », a-t-il expliqué.
« Je sais que le gouvernement israélien actuel n’en est pas convaincu, et nous devons travailler pour faire passer cette idée dans l’opinion publique, afin de pousser à la seule solution que nous puissions imaginer, afin d’apporter la paix et la sécurité aux deux peuples qui se battent pour la même terre », a-t-il ajouté.
Rôle de l’Autorité palestinienne
La réunion des partenaires internationaux sur la Palestine, qui s’est tenue dimanche à Bruxelles, est un événement unique qui a remplacé le comité de liaison ad hoc semestriel en l’absence d’Israël.
Cette réunion, organisée par M. Borrell et présidée par la Norvège, a rassemblé des représentants des principaux donateurs, des pays arabes, des Nations unies, du FMI, de l’Australie, de la Grande-Bretagne, du Canada et du Japon.
Les discussions ont eu lieu après que deux membres de l’UE, l’Irlande et l’Espagne, ainsi que la Norvège, ont annoncé la semaine dernière qu’ils reconnaîtraient l’État palestinien à partir de mardi, et qu’Israël a menacé de retirer ses ambassadeurs de ces pays.
« Je pense qu’une Autorité palestinienne qui fonctionne est aussi dans l’intérêt d’Israël, parce que pour parvenir à la paix, nous avons besoin d’une Autorité palestinienne plus forte, et pas plus faible », a insisté M. Borrell auprès des journalistes avant de rencontrer le Premier ministre palestinien, Mohammad Mustafa, lors des pourparlers de dimanche.
Il a également critiqué « l’expansion sans précédent des colonies israéliennes et l’accaparement des terres ».
Mohammad Mustafa, s’adressant aux journalistes aux côtés du ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, à Bruxelles, en marge de l’événement, a déclaré : « Nous sommes évidemment reconnaissants et très heureux que trois pays européens se joignent aux 143 autres pays en vue de cette reconnaissance [de l’État palestinien], mais nous souhaitons évidemment que tous les pays d’Europe fassent de même ».
Mohammad Mustafa a souligné que la reconnaissance de l’État palestinien était essentielle pour maintenir le processus de paix au Moyen-Orient.
Il a également exposé aux partenaires internationaux les trois grandes priorités de l’Autorité palestinienne en matière de soutien à la population de Gaza, à savoir le rétablissement des besoins et des services de base, la mise en place d’institutions publiques et la stabilisation de la situation financière.
Rôle de la mission de l’UE à Gaza
Outre leur rencontre avec leurs homologues arabes, les ministres des Affaires étrangères de l’UE sont également susceptibles de discuter du rôle que l’Union peut jouer à Gaza.
Selon plusieurs diplomates européens, les États-Unis ont suggéré à Bruxelles de réactiver sa mission d’assistance au poste-frontière de Rafah (EUBAM Rafah), afin de surveiller le point de passage de l’aide humanitaire en provenance d’Égypte.
La mission de l’UE est en suspens depuis 2007, lorsque le Hamas a pris le contrôle de toute la bande de Gaza, l’empêchant d’opérer dans la région.
« Nous en sommes à un stade très précoce », a toutefois prévenu un haut responsable de l’UE, ajoutant que des discussions étaient en cours avec les parties prenantes sur le terrain « pour voir comment cela pourrait se faire ».
Les ministres des Affaires étrangères de l’UE devraient éventuellement parvenir lundi à « des conclusions opérationnelles qui permettraient à la mission de se déployer », a ajouté le responsable, tout en précisant que cela ne pourrait pas se produire dans des « circonstances de guerre ».
[Édité par Anna Martino]