Gaza : Ursula von der Leyen hausse le ton au sujet d’Israël
La présidente de la Commission européenne a vivement dénoncé le recours excessif à la force par Israël dans la bande de Gaza, adoptant une rhétorique nettement plus critique qu’auparavant.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a vivement dénoncé, mardi 27 mai, le recours excessif à la force par Israël dans la bande de Gaza. Elle a qualifié de « disproportionnées » les attaques visant des civils palestiniens, et jugé « odieuse » l’intensification des opérations minitaires israéliennes.
« L’expansion à Gaza des opérations militaires israéliennes qui visent des infrastructures civiles — dont une école qui servait d’abri à des familles palestiniennes déplacées — et tuent des civils, y compris des enfants, est odieuse », a dénoncé Ursula von der Leyen lors d’un entretien téléphonique avec le roi Abdallah II de Jordanie.
« La Commission européenne a toujours soutenu — et continuera de soutenir — le droit d’Israël à la sécurité et à la légitime défense », a-t-elle précisé, mais « cette escalade et le recours disproportionné à la force contre des civils ne peuvent se justifier au regard du droit humanitaire et international », a-t-elle ajouté.
Ursula von der Leyen a appelé à « mettre immédiatement fin » à l’escalade israélienne à Gaza et à la libération sans condition des otages encore détenus par le Hamas. Elle a également appelé Israël à garantir l’acheminement sans entrave de l’aide humanitaire vers Gaza.
Il s’agit là des propos les plus critiques tenus par la présidente de l’exécutif à l’égard d’Israël depuis le début de la guerre, lancée par l’incursion du Hamas en Israël le 7 octobre 2023. Cette rhétorique s’inscit dans un changement de ton plus général parmi les alliés les plus fidèles d’Israël en Europe.
En effet, ses commentaires interviennent un jour après que son compatriote, le chancelier allemand Friedrich Merz, membre du même parti qu’elle, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), a déclaré que les actions d’Israël à Gaza ne pouvaient « plus être justifiées ».
« Lorsque des limites sont franchies, lorsque le droit international est réellement bafoué, même le chancelier allemand doit s’exprimer », a affirmé Friedrich Merz lors d’une interview accordée à la chaîne publique allemande WDR lundi 26 mai.
Cette position du chancelier marque un changement profond de la position de l’Allemagne, historiquement le plus fervent allié d’Israël parmi les pays de l’UE.
La nouvelle rhétorique d’Ursula von der Leyen sur la guerre entre Israël et le Hamas intervient également une semaine après qu’une majorité des ministres des Affaires étrangères de l’UE s’est prononcée en faveur d’une révision de l’accord d’association UE-Israël en raison du maintien du blocus de Gaza. Ce processus, désormais engagé par la Commission, vise à vérifier le respect des droits humains et des principes démocratiques par Israël, conformément à l’article 2 de l’accord.
Des actions concrètes ?
Malgré le changement de ton du chancelier allemand, Berlin, principal fournisseur d’armes à Israël après les États-Unis, a rejeté cette semaine les appels à renoncer à ses ventes au pays.
Toutefois, mardi, dans une menace à peine voilée, son ministre des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a souligné que certaines lignes ne devaient pas être franchies.
« Nous défendons partout le droit international humanitaire », a-t-il martelé. « Si nous constatons des violations, nous réagirons bien sûr et ne fournirons pas des armes qui pourraient en entraîner de nouvelles. »
Berlin fait également partie des capitales européennes qui se sont opposées, la semaine dernière, à la demande de révision de l’accord UE-Israël, décidée sous l’impulsion de la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas.
Pour Julien Barnes-Dacey, il y a là un moyen de pression qui peut s’avérer efficace. « Le fait qu’il y ait une révision ouvre la possibilité qu’une majorité qualifiée d’États impose des restrictions commerciales à Israël », explique-t-il.
La question est de savoir si cette majorité existe aujourd’hui, ce qui est loin d’être acquis, tant les 27 États membres ont été profondément divisés jusqu’à présent par rapport à Israël, explique un autre diplomate.
« Je pense qu’il est trop tôt pour dire qu’il y a un changement de politique, parce qu’une révision n’est qu’une révision. Ce qui compte, c’est l’action », souligne Kristina Kausch, du German Marshall Fund, un think tank bruxellois.
Plusieurs pays de l’UE, dont la Belgique, l’Irlande et l’Espagne, réclament depuis des mois un durcissement de la politique européenne envers Israël.
« Mon opinion personnelle est que cela s’apparente fortement à un génocide. Je ne sais pas quelles autres horreurs doivent encore se produire avant que l’on ose utiliser ce mot », a ainsi déclaré le ministre belge des Affaires étrangères Maxime Prévot.
Les accusations de « génocide » d’Israël envers les Palestiniens se multiplient, venant de l’ONU, de groupes de défense des droits humains, de pays de plus en plus nombreux, de stars du cinéma et, encore mardi, de quelque 300 écrivains francophones dont deux prix Nobel. Israël les rejette.
Une traduction concrète de ce changement de ton pourrait être la reconnaissance de la Palestine en tant qu’État, une décision envisagée notamment par la France avant une conférence internationale des Nations unies prévue en juin.
« Cela aura-t-il un impact immédiat ? Probablement pas, mais je pense que cela aura un impact si Israël sait qu’il n’a plus la voie libre comme il l’a eue pendant si longtemps », conclut Julien Barnes-Dacey.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]