Glyphosate : l’Allemagne et l’Espagne divisées sur l’évaluation de l’EFSA
Les ministres de l’Agriculture espagnol et allemand s’opposent sur le fondement du récent avis de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) relatif au glyphosate ainsi que sur ses implications pour la décision de réautorisation de cet herbicide controversé.
Les ministres de l’Agriculture espagnol et allemand s’opposent sur le fondement du récent avis de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) relatif au glyphosate ainsi que sur ses implications pour la décision de réautorisation de cet herbicide controversé.
Début juillet, l’EFSA avait présenté les principales conclusions de son évaluation des risques du glyphosate, l’herbicide controversé le plus utilisé dans l’UE. Aucun « domaine critique de préoccupation » n’avait été relevé par l’Autorité en ce qui concerne les effets nocifs potentiels de l’utilisation de la substance pour protéger les plantes.
Si l’évaluation de l’EFSA constitue une étape clé en vue d’une décision sur la réautorisation du glyphosate dans l’ensemble de l’UE au-delà de décembre 2023, tous les pays de l’UE ne sont pas sur la même longueur d’onde lorsqu’il s’agit de déterminer ce qu’il convient de faire des conclusions de l’EFSA.
S’exprimant en marge d’une réunion des ministres de l’Agriculture de l’UE à Bruxelles mardi (25 juillet), le ministre allemand compétent en la matière, Cem Özdemir, a estimé que le verdict n’était pas fondé sur une évaluation complète, laissant entendre qu’il ne devrait pas être pris au pied de la lettre.
« Pour nous, l’étude de l’EFSA est une étude qui n’a pas suffisamment tenu compte d’un aspect essentiel, à savoir les conséquences sur la nature », a indiqué le ministre écologiste.
« C’est comme si vous conduisiez un véhicule et que vous testiez tout, sauf les freins — je trouve que cela n’a pas beaucoup de sens », a-t-il poursuivi.
À l’inverse, le ministre espagnol de l’Agriculture, Luis Planas, qui préside le Conseil « Agriculture et pêche » de l’UE jusqu’à la fin de l’année, a déclaré que le verdict rendu par l’EFSA constituait une conclusion scientifique et qu’il devait donc être suivi, quel que soit son contenu.
« Le point de vue espagnol à ce sujet est très simple : si l’avis est négatif, nous devons le suivre ; s’il est positif, nous devons le suivre également. L’avis scientifique est ce qui compte dans ce dossier », a-t-il expliqué.
« Nous attendons que la Commission présente sa proposition à la suite du rapport de l’EFSA et nous y sommes ouverts », a conclu M. Planas
Alors que l’EFSA doit encore publier son rapport complet, un projet de rapport de la Commission ayant fait l’objet d’une fuite la semaine dernière a laissé entendre que l’UE pourrait décider de renouveler l’autorisation du glyphosate dès le mois de septembre.
Cem Özdemir, soutenu par l’ensemble du gouvernement allemand, s’est vivement opposé à la réautorisation du glyphosate, mais il a laissé entendre que Berlin pourrait se retrouver en minorité sur cette question.
« Notre position est claire. Je fais campagne pour qu’une majorité d’États membres dise “non”, mais en fin de compte, je suis bien sûr lié au cadre juridique », a-t-il indiqué.
Le gouvernement de Berlin s’est engagé à « retirer le glyphosate du marché » au niveau national à partir de fin 2023. Toutefois, tant que la substance est encore autorisée dans l’UE, la portée juridique d’une interdiction nationale est très limitée.
Par ailleurs, le géant allemand de l’agrochimie Bayer a dû revoir à la baisse ses prévisions pour l’ensemble de l’année, principalement en raison de la chute des ventes de glyphosate.
« De nouvelles baisses de prix et des volumes plus faibles en raison du déstockage des canaux, en particulier pour les produits à base de glyphosate, ainsi que des conditions météorologiques défavorables ont accru la pression », a déclaré l’entreprise dans un communiqué publié lundi soir.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]