Grand débat des Européennes : Jordan Bardella ciblé par ses adversaires
Alors qu'il avait refusé jusqu'à présent de participer aux rendez-vous avec les principales têtes de liste aux Européennes, le candidat du Rassemblement national (RN) a été la cible privilégiée de ses adversaires, surtout à gauche, lors du grand débat ce dimanche 5 mai. Résumé de deux heures d'échanges tendus, entre invectives et volée de bois verts.
Alors qu’il avait refusé de participer aux précédents débats avec les principales têtes de listes des partis en lice pour les Européennes, le candidat du Rassemblement national (RN) a été la cible privilégiée de ses adversaires, surtout à gauche, lors du grand débat du dimanche 5 mai. Résumé de deux heures d’échanges tendus, entre invectives et volées de bois verts.
La campagne électorale entre dans sa dernière ligne droite, avec un débat qui rassemblait dimanche 5 mai – et pour la première fois – toutes les principales têtes de liste pour les Européennes du 9 juin.
Manon Aubry (LFI), Jordan Bardella (RN), François-Xavier Bellamy (LR), Raphaël Glucksmann (PS-Place publique), Valérie Hayer (Renaissance), Marion Maréchal (Reconquête !) et Marie Toussaint (Les Écologistes) se sont affrontés durant deux heures sur quatre grands thèmes : « les enjeux de la défense européenne », « la transition écologique », l’immigration et la protection des frontières », et « la guerre économique face à la Chine ».
Jordan Bardella avait jusqu’à présent évité les confrontations directes. Lors de deux précédents débats, le 14 mars et le 10 avril, le candidat du RN avait délégué à sa place l’eurodéputé Thierry Mariani, puis l’ancien patron de l’agence européenne Frontex, Fabrice Leggeri. Il avait ensuite refusé de répondre aux questions des journalistes lors de la présentation de son programme le 25 avril, quelques heures après le discours sur l’Europe du président Emmanuel Macron.
Il n’a pas cette fois échappé à une volée de bois vert, alors que le RN est crédité de plus de 30% des voix dans tous les sondages, notamment chez les 18-24 ans.
Le candidat d’extrême-droite a été attaqué dès le début des échanges sur les liens présumés de son parti avec la Russie, et notamment sur les positions de l’eurodéputé Thierry Mariani, en 9e place sur la liste RN, accusé d’être l’homme de Vladimir Poutine et de Bashar al-Assad en Syrie. La candidate écologiste Marie Toussaint a ainsi estimé que Jordan Bardella était « un agent de l’étranger », quand Raphaël Glucksmann fustigeait les « petits télégraphistes du Kremlin ».
Manon Aubry a de son côté choisi d’ironiser sur l’absentéisme chronique de la tête de liste RN au Parlement européen. « Vous avez déposé en l’espace de cinq ans 21 amendements, quand j’en ai déposé 3.500 », a-t-elle martelée.
Jordan Bardella a lui déroulé les arguments classiques d’une campagne d’extrême-droite : préférence nationale, lutte contre l’immigration, notamment avec le « renvoi de toutes les personnes qui n’ont rien à faire [en France] », pause réglementaire sur les questions environnementales – en revenant par exemple sur l’interdiction de la vente des voitures thermiques neuves à partir de 2035 -, relocalisation des entreprises françaises, etc.
Ce dernier a pu compter sur le soutien de Marion Maréchal, qui s’est juste autorisée une petite boutade, en rappelant l’isolement du RN et du groupe Identité et démocratie (ID) au Parlement européen. Le mouvement Reconquête avait réussi en février dernier à intégrer le Parti des conservateurs et réformistes européens (ECR), où siègent notamment le parti Fratelli d’Italia de la Première ministre Giorgia Meloni, mais également les Espagnols de Vox et les Polonais du PiS.
À gauche de l’échiquier politique, l’écologiste Marie Toussaint a tenté de revenir sur les enjeux environnementaux du scrutin, avec notamment l’instauration d’une « TVA verte », alors même que les questions de politique internationale et celle du pouvoir d’achat sont les plus audibles durant la campagne. Son mouvement plafonne à 8% des voix, bien loin des 13% obtenus en 2019 par la liste Europe Ecologie-Les Verts de Yannick Jadot, et il souffre de la concurrence de Raphaël Glucksmann.
Le candidat socialiste a réaffirmé son soutien sans condition à l’Ukraine – il s’affichait le 3 mai à Paris aux côtés du maire de Kiev Vitali Klitschko – et a prôné une grande fermeté face à la Chine, appelant à bannir du marché européen « les produits de l’esclavage », en référence à la répression menée par Pékin contre les Ouïghours.
Valérie Hayer avait la lourde tâche de défendre le bilan de la majorité présidentielle, alors que l’implication d’Emmanuel Macron et celle du Premier ministre Gabriel Attal dans la campagne peinent à donner des résultats. Après le discours du Président français à la Sorbonne, l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel, avait estimé que ce dernier devait être décompté dans son « intégralité » comme temps de parole pour le camp présidentiel.
Ce premier débat entre toutes les têtes de liste des principaux partis en course pour les Européennes, parfois brouillon et où les invectives des uns et des autres ont été permanentes, suffira-t-il à susciter l’intérêt des électeurs ? Rien n’est moins sûr. Selon un sondage mené par YouGov pour Le HuffPost, 49 % des personnes interrogées affirment ne pas se préoccuper du scrutin, notamment au sein de la tranche d’âge des 34-55 ans, où 58% des électeurs confirment ne pas suivre la campagne.
[article édité par Hugo Struna]