Grèce : les prochaines élections se dérouleront dans une atmosphère « toxique »

En raison du « Watergate grec », le scandale d’écoutes téléphoniques qui secoue la Grèce, les prochaines élections du pays, qui devraient avoir lieu après avril, se dérouleront dans une atmosphère toxique.

Euractiv.com
Greek parliament to vote on 2023 state budget after a five-day debate
La situation est devenue compliquée dans le pays après qu’il a été révélé que le chef de file du Pasok, Nikos Androulakis, a découvert que les services secrets grecs avaient mis son téléphone sur écoute. [EPA-EFE/GEORGE VITSARAS]

En raison du « Watergate grec », le scandale d’écoutes téléphoniques qui secoue actuellement la Grèce, les prochaines élections du pays, qui devraient avoir lieu après avril, se dérouleront dans une atmosphère toxique.

Citant des sources gouvernementales, les médias grecs rapportent que les élections nationales seront organisées après avril. « Le Premier ministre [Kyriakos Mitsotakis] est toujours engagé à organiser des élections à la fin de son mandat », et « il décidera lui-même de la date la plus appropriée à partir d’avril », a indiqué une source.

La plupart des sondages indiquent que le gouvernement conservateur du parti Nouvelle Démocratie (Néa Dimokratía, ND), membre du Parti populaire européen (PPE) au Parlement européen, remportera les élections nationales. Toutefois, une nouvelle législation électorale sera mise en œuvre et il est fort probable qu’un second tour sera nécessaire pour former un gouvernement majoritaire.

Le parti Syriza, membre de la Gauche (GUE/NGL) au Parlement, occupe la deuxième place dans les sondages. Il est suivi par les socialistes grecs du Mouvement socialiste panhellénique (Pasok), membre du Parti socialiste européen (PSE) au Parlement. Ces derniers vont probablement jouer le rôle de faiseur de rois en formant un gouvernement de coalition.

Plusieurs analystes doutent du fait que Nouvelle Démocratie trouve un partenaire pour former un gouvernement de coalition, étant donné que Syriza a complètement exclu cette possibilité, tandis que le Pasok n’a pas encore adopté une position claire.

La situation est devenue compliquée dans le pays après qu’il a été révélé que le chef de file du Pasok, Nikos Androulakis, a découvert que les services secrets grecs avaient mis son téléphone sur écoute.

Le gouvernement grec a alors admis que ce dernier était surveillé, mais a refusé de donner les raisons exactes de cette mise sur écoute, invoquant uniquement des questions de « sécurité nationale ».

Quelles alliances pour les élections ?

Jusqu’à présent, les messages envoyés par le Pasok semblent plutôt contradictoires.

Jeudi (5 janvier), l’ancienne ministre et membre du Pasok Katerina Mpatzeli a déclaré sur la station de radio de gauche The Kokkino qu’il serait « étrange du point de vue politique » que le Pasok collabore avec Nouvelle Démocratie, du moins avec Kyriakos Mitsotakis comme Premier ministre. Elle n’a cependant pas exclu la possibilité de collaborer avec un autre chef de parti.

Quant au chef du Pasok, M. Androulakis, il a indiqué début décembre que le parti devait rester uni et inciter à un changement « progressif » pour renverser le régime actuel du pays.

M. Androulakis estime que « ces idées progressistes enverront Nouvelle Démocratie dans l’opposition et créeront un gouvernement progressiste dont le Pasok sera le protagoniste ».

Néanmoins, plusieurs médias ont signalé que d’autres responsables politiques, journalistes et entrepreneurs étaient sous surveillance.

En début de semaine, l’ancienne responsable du parquet grec chargée d’enquêter sur le scandale de la société pharmaceutique Novartis, Eleni Touloupaki, a demandé à l’Autorité hellénique pour la sécurité des communications et la protection de la vie privée (ADAE) de vérifier si son téléphone était sur écoute.

Le journaliste d’investigation Kostas Vaxevanis, ciblé par le gouvernement à cause de ses révélations sur le « Watergate grec », a déposé la même demande que Mme Touloupaki ce jeudi.

L’ADAE, une autorité indépendante dont le rôle est défini par la Constitution, a décidé de charger une équipe de vérifier les dossiers de toutes les sociétés de télécommunications pour voir si les services secrets grecs ont demandé que la confidentialité des appels téléphoniques de certaines personnes soit levée.

Selon certains, le défi politique qui se pose aujourd’hui deviendra plus complexe s’il est prouvé que davantage de personnes ont été surveillées avant les élections.

Pour sa part, Syriza considère une coalition avec le Pasok, car le chef de Syriza, Alexis Tsipras, participe déjà en tant qu’observateur aux rassemblements du PSE au Parlement européen.

En décembre 2022, une source du PSE a confié à EURACTIV que le Pasok est « lun de nos membres » mais que, « sur le plan idéologique, nous sommes sur la même longueur d’onde que M. Tsipras ».

Lors d’un entretien avec EURACTIV en juin dernier, M. Tsipras a déclaré qu’il respectait le choix du Pasok de maintenir ses distances pendant la période préélectorale, mais a souligné que le Pasok devrait dévoiler sa position claire à un moment donné.

À la question sur la position des socialistes de l’UE concernant cette affaire, il a répondu que « les socialistes de l’UE veulent évidemment un gouvernement progressiste en Grèce avec la coopération du plus grand parti de la gauche au sens large, avec le plus petit parti […] du centre gauche ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]