Grèves : le risque de « conséquences importantes » sur la disponibilité du nucléaire cet hiver

Une perturbation de l’approvisionnement électrique français est possible notamment en ce qui concerne le nucléaire français, selon le gestionnaire français de réseau RTE, en raison des mouvements de grève.

/ Euractiv France
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En tout, plus de 15 réacteurs sur les 56 du parc nucléaire français étaient impactés par les mouvements, dont une douzaine était à l’arrêt au 15 octobre, selon la branche énergie (FNME) de la CGT. [Shutterstock/olrat]

Une perturbation de l’approvisionnement électrique français est possible notamment en ce qui concerne le nucléaire français, selon le gestionnaire français de réseau RTE, en raison des mouvements de grève.

La vague de mouvements sociaux en France a des conséquences importantes sur le respect du calendrier de remise en route du parc nucléaire français, a annoncé mardi (18 octobre) le gestionnaire de réseau RTE dans l’actualisation de ses perspectives.

Dans celles publiées le 14 septembre dernier, RTE jugeait « faible » la probabilité de coupure d’électricité, dans son scénario le plus probable, son scénario « intermédiaire ».

Mouvements sociaux

Mais, depuis fin septembre, des mouvements sociaux se déroulent dans le secteur énergétique français : après les raffineries et les dépôts de pétrole, les travailleurs de plusieurs centrales nucléaires ont suivi le mouvement le 6 octobre dernier. L’appel à la grève générale mardi (18 octobre) a paralysé une partie des activités.

Or « une prolongation [jusqu’à mi-novembre] du mouvement social aurait des conséquences importantes sur le cœur de l’hiver », a annoncé mardi RTE.

Et la multiplication des piquets de grève ne fait qu’aggraver la situation. En tout, plus de 15 réacteurs sur les 56 du parc nucléaire français étaient impactés par les mobilisations, dont une douzaine était à l’arrêt au 15 octobre, selon la branche énergie (FNME) de la CGT.

La FNME rappelle toutefois que la « continuité du service public » impose que la réduction de la production sur les réacteurs en fonctionnement n’ait pas de conséquence sur l’approvisionnement électrique.

Réacteurs en travaux

Selon le gestionnaire de réseau électrique français, l’arrêt des travaux de maintenance ou de sûreté sur des réacteurs arrêtés à cause des grèves retarde leur remise en service de deux à trois semaines. EDF, propriétaire et exploitant des centrales nucléaires françaises, a confirmé samedi (15 octobre) cette information pour cinq réacteurs.

En tout état de cause, même sans mouvements de grève, RTE considérait déjà la période à partir de la fin du mois de novembre comme étant à risque, et précise que « la trajectoire centrale présentée par RTE pour les mois de décembre et janvier », issue du scénario intermédiaire dévoilé le 14 septembre, n’est pas à ce stade remise en cause.

Dans ce scénario, cela représente une disponibilité de capacité de production de 45 GW au 1er janvier 2022, soit 75 % du parc nucléaire qui, à l’accoutumée, répond à 60-70 % des besoins en électricité du pays.

D’autres ressources pour l’approvisionnement électrique français

Fabrice Coudour, secrétaire fédéral FNME-CGT, précise à EURACTIV France que « le passage de l’hiver ne dépend pas que de la météo », ce que confirme RTE lors de sa conférence de presse.

Concernant l’hydroélectricité et le gaz notamment, RTE dresse des perspectives rassurantes en écartant notamment tout risque, à court terme, sur l’approvisionnement en gaz des centrales thermiques.

La baisse de la consommation électrique constatée par RTE devrait aussi aider à réduire la tension sur le réseau électrique, malgré une perturbation du parc nucléaire.

Vers un accord salarial ?

Toutefois, si les mouvements sociaux se calment d’ici mi-novembre, le rythme de remise en service des réacteurs à l’arrêt pourrait rattraper le rythme initialement prévu, détaillait Thomas Veyrenc, directeur Stratégie de RTE.

Cela pourrait advenir, un accord salarial de branche ayant été signé mardi en fin de journée entre les syndicats CGT, FO et CFTD et les représentants de la branche industries électriques et gazières (IEG).

Désormais, les syndicats doivent malgré tout négocier dans chaque entreprise des mesures complémentaires.

L’accord, qui prévoit une augmentation générale du salaire national de base de 3,3 %, avec un plancher de 80 euros par mois pour tous, risque de ne pas satisfaire tout le monde.

Benjamin, gréviste salarié d’Enedis, filiale du groupe EDF chargée de la gestion du réseau de distribution d’électricité, a indiqué à EURACTIV que les grèves convoquées ce mardi étaient « évidemment reconductibles ».

La direction d’Enedis « ne propose que 2,3 % d’augmentation des salaires », rappelle Benjamin, selon qui les salariés devraient obtenir « 16 % d’augmentation », un « rattrapage » de toutes les augmentations non-avenues.

La question salariale est aussi au cœur des revendications des grévistes du groupe gazier GRDF, filiale d’Engie, dont un des salariés syndicalistes, Madjid, également présent à la manifestation de mardi, s’inquiétait du fait que « les mesures salariales [proposées par la direction] ne rattrapent pas l’inflation ».

La menace de l’approvisionnement fait partie du rapport de force

Selon Benjamin, si les salariés d’Enedis, distributeur d’électricité, s’étaient mis en grève au même moment que les raffineurs, « nous aurions pu tout plier tout de suite », et obtenir ainsi satisfaction des revendications des grévistes, notamment salariales.

Conscient du potentiel rapport de force que cela aurait pu instaurer, il assure à EURACTIV que la question s’est posée, mais n’a, en fin de compte, pas été retenue. Une décision qui a probablement évité des perturbations de l’approvisionnement en électricité en plus de l’approvisionnement en carburant.

Pour Madjid, syndicaliste et employé de GRDF, « il faut faire monter un rapport de force ». Autrement dit, les perturbations potentielles de l’approvisionnement en carburant, gaz et électricité, pourraient renforcer le pouvoir de négociation des salariés en grève.

En effet, nous explique un passant, la pression augmenterait alors sur les directions, contraintes de négocier au plus vite pour éviter le blocage du pays, comme cela s’est produit chez TotalEnergies.