Hausse des coûts de production, grèves : les inquiétudes des producteurs de muguet
Les producteurs de muguet sont sur la dernière ligne droite avant la journée fatidique du premier mai. Malgré une bonne production, les coûts des matières premières et la menace des grèves assombrissent le tableau.
Les producteurs de muguet sont sur la dernière ligne droite avant la journée fatidique du premier mai. Malgré une bonne production, les coûts des matières premières et la menace des grèves assombrissent le tableau.
L’équipe est sur les chapeaux de roues. À quelques jours de la date fatidique du 1er mai, les plants de muguet Valbray, dans le Var, s’apprêtent à être expédiés aux quatre coins du pays. À l’origine de 20 % de la production française, l’horticulteur se revendique aujourd’hui leader européen de la fleur blanche vendue en pot.
« Cette année, la récolte est plutôt bonne, il y a eu du soleil. 700 000 pots sont prêts à être envoyés vers des grossistes et la grande distribution », annonce Timothée de Valbray à EURACTIV, à la tête de la société avec son frère Melchior. En 2020, en plein confinement, la société avait écoulé plus d’un million de végétaux.
En dehors de Valbray, 80 % de la production a lieu dans la région nantaise, qui emploie à elle seule près de 7 000 employés saisonniers.
Ces dernières semaines, les deux frères ont scruté les plants quotidiennement avec appréhension. Très sensible aux variations de température, de lumière, la croissance de la plante doit être contrôlée en permanence pour atteindre la maturité en temps voulu, quelques jours avant la date cruciale.
« Nous faisons très attention, la croissance peut exploser à n’importe quel moment. Il suffit de quelques degrés. Je passe donc voir les serres deux fois par jour. Si les muguets poussent trop vite, on ralentit la croissance en ouvrant les serres ou en appliquant une peinture blanche pour refroidir l’intérieur. Dans le cas contraire, nous chauffons », précise Timothée de Valbray.
Cette année, les plants (griffes) achetés dans la région nantaise et en Allemagne ont été mis en pot le 13 mars, puis répartis dans des serres sur trois sites varois (Sanary, Ollioules et Hyères). Une fois la plante arrivée à maturité, elle passe quelques jours en chambre froide pour bloquer la croissance, avant l’expédition.
Terreau, pots, plastique : entre 20 et 30 % de hausse
Comme chez beaucoup d’artisans, les hausses de coûts de production ont fait tanguer la société. En un an, le prix des pots – fabriqués en Allemagne avec des fours à gaz – a été multiplié par deux, le plastique pour le conditionnement a pris 30 %, le terreau entre 15 et 20 %. Sans compter le transport qui a lui aussi flambé.
Contactée par EURACTIV, la société Brossard, en région parisienne, déplore les mêmes maux. « Heureusement que nous avons pu renouveler un contrat gaz intéressant cet hiver, et nous avons allumé le chauffage dans les serres que deux fois cette saison. Mais globalement tout a augmenté, du pot de terre à la moindre plaque pour poser les produits« , se désole l’horticultrice Julie Brossard.
« En moyenne nos coûts ont augmenté de 20 à 30 % depuis l’année dernière. Alors que ça n’a pas bougé pendant 20 ans, nous subissons 10 % de hausse annuelle depuis 3 ans », ajoute Timothée de Valbray qui a décidé avec son équipe de ne pas dépasser 10 % d’augmentation de prix pour les clients. Le pot de muguet coûtera six euros aux particuliers, ce lundi.
« On ne répercute pas tout, nous préférons rogner sur nos marges en ces périodes de baisse du pouvoir d’achat », admet l’horticulteur.
Chez Julie Brossard, toutes les hausses ont été répercutées, bien que l’horticultrice – qui vend en gros – ne puisse pas donner de chiffre, en raison d’un changement récent de clients.
L’autre difficulté cette année pour les professionnels français : le recrutement. Depuis la crise de la Covid, le secteur du maraîchage et de l’horticulture peine à trouver de la main-d’œuvre. Chez Valbray, les 70 saisonniers travaillent 3 semaines pour la plantation et 15 jours pour les expéditions.
« Je travaille avec des agences d’intérim, nous avons un réseau de saisonniers, mais ce n’est pas évident. Pour la première fois cette année, je suis passé par une agence espagnole », souligne-t-il. Julie Brossard travaille, elle, avec quatre Polonais.
Lundi, les petites cloches blanches sonneront également l’arrivée des manifestants, attendus en masse dans le pays pour protester contre la réforme des retraites, mais aussi pour célébrer la fête du Travail comme dans de nombreux pays européens.
Alors que certains syndicats appellent la grève, Timothée de Valbray ne cache pas son appréhension : « cela peut avoir un impact énorme pour nous, surtout si les transporteurs font grève. Dans ce cas, nous pourrions mettre la clé sous la porte ».
« Cette année, le 1er mai tombe pendant les vacances scolaires dans la région parisienne, c’est la pire des situations », déplore de son côté l’horticultrice francilienne.
Malgré tout, les deux professionnels restent confiants et s’attendent à une belle année, à quelques jours du 1er mai.
Cette tradition du muguet de mai se pratique également en Suisse et en Belgique. Un rituel printanier qui a fait dépenser plus de 25 millions d’euros aux ménages français en 2021.