Hubert Védrine : "L’Europe doit s’attacher à définir une stratégie globale face à la mondialisation"

La nécessité de mettre en place une politique de protection des entreprises européennes a été au cœur des débats d’un colloque organisé à Sciences Po par le Lien Public et la fondation Prometheus intitulé « France Europe Mondialisation : Pour une politique européenne de protection des actifs stratégiques ? ». Des propos qui rappellent ceux tenus par le président de la République depuis son élection.

La nécessité de mettre en place une politique de protection des entreprises européennes a été au cœur des débats d’un colloque organisé à Sciences Po par le Lien Public et la fondation Prometheus intitulé « France Europe Mondialisation : Pour une politique européenne de protection des actifs stratégiques ? ». Des propos qui rappellent ceux tenus par le président de la République depuis son élection.

En bref  :

« Il faut rompre avec une série d’impasses idéologiques vivace en Europe », a déclaré l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, dans ses propos introductifs, en insistant notamment sur deux aspects. Il s’agit tout d’abord de cesser d’affirmer que seule la libre concurrence règle les affaires mondiales, alors même que les rapports de force politiques sont encore, voire de plus en plus importants.

Hubert Védrine a de plus critiqué « l’européisme dogmatique consistant à nier toute importance aux États-nations ». Cette attitude aurait notamment pour effet de « déresponsabiliser les États membres », ceux-ci se cachant trop souvent derrière Bruxelles pour expliquer leur attitude protectionniste vis-à-vis de leurs entreprises ou de certaines branches d’activité.

L’Europe en retard ?

Bernard Carayon, député du Tarn, auteur de plusieurs rapports sur la mondialisation et le patriotisme économique, a, de son côté, précisé que la protection des secteurs stratégiques existait partout, citant notamment une série de mesures législatives aussi bien aux États-Unis qu’en Allemagne, en Russie et en Chine.

Allant dans le même sens que le député du Tarn, le président de l’Agence Française des Investissements Internationaux (AFII), Philippe Favre, a souligné ainsi l’effet désastreux des déclarations politiques sur le « patriotisme économique » sur l’image de la France à l’étranger, alors même que la France est, dans les faits, l’un des pays les moins protectionnistes au monde.

L’Europe doit s’attacher à définir une stratégie globale et cohérente face à la mondialisation, faute de quoi, elle risque de devenir « l’idiot du village global », a indiqué par la suite Hubert Védrine.

D’après M. Carayon, un préalable nécessaire consiste en une identification politique des secteurs considérés comme stratégiques par les Européens. Selon sa propre définition, il s’agirait des secteurs qui « obéissent au moins autant à des logiques politiques de dépendance qu’à des logiques commerciales ».  Par la suite, un statut dérogeant notamment aux règles de concurrence devrait être appliqué à ces secteurs par le biais d’une directive.

L’action européenne ne devrait pas être seulement défensive mais aussi offensive, notamment en accompagnant les entreprises européennes sur les marchés mondiaux.

Evoqué par Nicolas Sarkozy dès le 2ème tour des élections présidentielles,  « L’Europe protection » sera l’un des axes de travail de la Présidence française de l’UE en 2008. Selon le gouvernement, il s’agit pour l’Europe de défendre son modèle économique et social par : une coordination des politiques de la zone euro, une politique active et ambitieuse de services publics, des actes forts en matière d’éducation et de recherche et par des réponses concrètes apportées aux inquiétudes face à la mondialisation. (Lire EURACTIV 9/10/07)

Transparence et réciprocité

Une exigence systématique de réciprocité devrait être au cœur de cette logique de protection, notamment dans l’application et le respect de l’Accord sur les marchés publics (AMP) de l’OMC et de la convention OCDE de lutte contre la corruption.

Bernard Carayon estime enfin qu’une exigence de transparence devrait venir doubler celle de réciprocité. Les fonds d’investissement souverains, c’est-à-dire ceux détenus par des États principalement grâce à des rentes pétrogazières, et les ONG seraient, selon lui, les cibles principales.  Leurs actions font en effet peser des risques importants sur les entreprises alors même que ces organisations sont peu contrôlées et fréquemment opaques.