Human Rights Watch critique le rapprochement de la Suède avec la Turquie

Jeudi, la directrice de Human Rights Watch (HRW) Tirana Hassan a vivement critiqué la Suède pour son rapprochement avec la Turquie dans le cadre des négociations en vue de l’adhésion de la Suède à l’OTAN.

Euractiv France
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« Si la Suède est prête à fermer les yeux sur les violations des droits humains commises par la Turquie pour servir ses propres intérêts politiques, cela constitue l’une des tendances les plus inquiétantes auxquelles nous avons assisté ces dernières années », a déclaré la directrice de Human Rights Watch (HRW) Tirana Hassan à Radio Ekot. [[Shutterstock/monticello]]

Jeudi, la directrice de Human Rights Watch (HRW) Tirana Hassan a vivement critiqué la Suède pour son rapprochement avec les positions turques dans le cadre des négociations en vue de l’adhésion du pays à l’OTAN.

La Suède a déposé sa candidature à l’OTAN en mai 2022, mais son adhésion à l’alliance est bloquée principalement par la Turquie. Ankara a en effet imposé des conditions strictes auxquelles elle refuse tout compromis, malgré les demandes du secrétaire général de l’OTAN et la tenue de plusieurs réunions de haut niveau avec des responsables turcs.

Le gouvernement turc accuse Stockholm d’avoir soutenu la milice kurde YPG dans sa lutte contre l’État islamique, Ankara la considérant comme l’équivalent de l’organisation terroriste kurde PKK. En novembre, le nouveau gouvernement suédois de centre droit a annoncé son intention de se dissocier du groupe YPG.

La directrice de HRW a critiqué cette décision. « Si la Suède est prête à fermer les yeux sur les violations des droits humains commises par la Turquie pour servir ses propres intérêts politiques, cela constitue l’une des tendances les plus inquiétantes auxquelles nous avons assisté ces dernières années », a déclaré Mme Hassan à Radio Ekot.

Mme Hassan a souligné qu’il est problématique qu’un pays démocratique comme la Suède choisisse de coopérer avec des pays comme la Turquie. En effet, le rapport annuel de l’organisation indique, entre outres, que la Turquie manque de liberté d’expression et de liberté de la presse. Le rapport a également mis en doute l’État de droit en Turquie et ses interdictions de manifester.

« Si la Suède veut maintenir sa réputation au niveau international, il ne suffit pas de juger la manière dont les droits humains sont respectés dans le pays, mais il faut également tenir compte des pays avec lesquels la Suède choisit de négocier », a déclaré Mme Hassan.

Le Premier ministre Ulf Kristersson a récemment déclaré que la Suède ne peut ni ne veut répondre à toutes les demandes de la Turquie, notamment celle d’expulser plusieurs opposants politiques que la Turquie considère comme des « terroristes ».

« De temps en temps, la Turquie évoque des particuliers qu’elle veut voir extrader de Suède. J’ai affirmé que la législation suédoise était chargée de traiter de ces questions. Les citoyens suédois ne seront jamais extradés vers un autre pays, point», a déclaré M. Kristersson dimanche (8 janvier).

Cette déclaration a toutefois provoqué la colère d’Ankara qui a rétorqué que la Turquie avait « demandé que des mesures soient effectuées conformément à l’accord multilatéral avec la Suède et la Finlande. C’est maintenant à la Suède et à la Finlande de tenir leurs engagements », a déclaré mercredi (11 janvier) au quotidien suédois Aftonbladet Ahmet Berat Conkar, qui est considéré comme une figure majeure du parti conservateur turc AKP (Adalet ve Kalkınma Partisi) du président actuel Recep Tayyip Erdoğan.

La semaine dernière, un sondage DN/Ipsos a montré que les citoyens suédois soutiennent de manière importante l’idée que la Suède ne cède pas aux demandes turques. Parmi eux, 79 % ont déclaré que la Suède devait défendre ses lois et ses principes en tant qu’État de droit, même si cela retardait son adhésion à l’OTAN. En revanche, 10 % ont estimé que la Suède devait essayer de rejoindre l’OTAN le plus rapidement possible, même si cela impliquait de compromettre les lois suédoises.