Hydrogène : les plans de l’UE se heurtent à la réalité du marché, selon des experts
Le gestionnaire de réseau de transport slovaque Eustream et l’opérateur de stockage de gaz Nafta soutiennent les initiatives de l’UE en matière d’hydrogène, mais soulignent qu’en l’absence de garanties de production ou de consommation d’hydrogène il sera difficile de faire décoller le marché.
Le gestionnaire de réseau de transport slovaque Eustream et l’opérateur de stockage de gaz Nafta soutiennent les initiatives de l’Union européenne (UE) en matière d’hydrogène, mais soulignent qu’en l’absence de garanties de production ou de consommation d’hydrogène il sera difficile de faire décoller le marché.
La nouvelle directive et le nouveau règlement de l’UE sur le gaz renouvelable et le gaz naturel visent à faciliter l’intégration de ces derniers dans le système énergétique européen. Leur mise en œuvre est prévue d’ici 2026.
En élaborant un cadre pour le marché émergent de l’hydrogène, la Commission a utilisé les règles existantes pour le gaz naturel comme modèle, mais les experts insistent sur le fait que, contrairement au marché de l’hydrogène, le marché du gaz naturel est entièrement développé.
« Nous n’avons même pas d’installations de stockage d’hydrogène capables d’injecter ou d’extraire de l’hydrogène ni d’infrastructures de transport ou de production », a rappelé Anna Slavkovská, spécialiste de la règlementation chez Nafta, lors d’une conférence de l’Association slovaque du gaz et du pétrole.
Elle a ajouté qu’il était « prématuré » à ce stade d’imposer des règles aussi strictes que celles du marché du gaz.
La directive européenne exige également que les États membres de l’UE planifient et développent des infrastructures pour l’hydrogène. Sylvi Angyalová d’Eustream a comparé le défi auquel fait face l’hydrogène à celui de la mobilité électrique : les gens n’achètent pas de voitures électriques parce qu’il y a trop peu de bornes de recharge, mais l’infrastructure de recharge n’est pas développée parce qu’il y a trop peu de voitures, a-t-elle expliqué.
« C’est une chose de réussir à construire un gazoduc pour l’hydrogène qui traverse la Slovaquie, c’en est une autre de savoir si, en 2030, le marché sera suffisamment prêt », a-t-elle poursuivi.
« Nous ne reconstruirons pas le réseau sans des garanties concernant la production et la consommation, mais nous ferons tout notre possible pour être prêts pour l’hydrogène en 2030 », a-t-elle ajouté.
Règles de « dissociation »
La directive de l’UE exige que l’exploitation des réseaux de transport et de distribution d’hydrogène soit économiquement et juridiquement séparée de celle du réseau de gaz, un principe connu sous le nom de principe de « dissociation ».
Toutefois, des mesures anti-monopoles similaires ont été introduites pour les marchés de l’électricité et du gaz lorsque ces derniers étaient pleinement développés, souligne Lubica Ragula, directrice de l’entreprise EY, qui s’est également demandé si de telles règlementations étaient nécessaires pour le marché de l’hydrogène, qui est encore en développement.
Sylvi Angyalová a fait valoir qu’il était logique de règlementer ces activités parce qu’Eustream, le gestionnaire du système de transport en Slovaquie, dispose traditionnellement du monopole. « La question est de savoir si cela a un sens dans les zones plus exposées au marché », s’interroge-t-elle.
La directive de l’UE autorise des dérogations temporaires à la dissociation, sous réserve d’analyses coûts-avantages et d’études d’impact menées par les régulateurs ou d’autres États membres.
Sylvi Angyalová espère cependant « qu’Eustream obtiendra cette exemption, permettant au gestionnaire du réseau de transmission de gérer également le futur réseau d’hydrogène ».
La plupart des obligations concernant le futur marché, y compris l’accès régulé des tiers aux réseaux de transport d’hydrogène, devraient entrer pleinement en vigueur à compter du 1er janvier 2033.
Projets pilotes
Anna Slavkovská s’est félicitée du fait que, contrairement au transport, la nouvelle législation sur le stockage souterrain du gaz n’exige pas qu’il soit juridiquement et économiquement séparé du stockage de l’hydrogène. Elle souligne toutefois l’importance de définir des règles et des options claires pour les projets pilotes.
La Commission européenne soutient les plans relatifs à l’hydrogène par l’intermédiaire de projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC), et en Slovaquie, le projet H2 Infrastructure — Transmission Repurpose (H2I-TR) d’Eustream s’est vu accorder ce statut.
Cet investissement de 400 à 500 millions d’euros vise à réaffecter un important gazoduc pour le transport de l’hydrogène, ce qui en fait l’un des plus grands efforts de décarbonation en Slovaquie, bien que Sylvi Angyalová souligne que la modernisation de l’infrastructure existante est beaucoup moins coûteuse que la construction de nouveaux pipelines — même si le financement direct reste limité.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]