« Il est déjà trop tard » : Emmanuel Macron appelle depuis Berlin à une réforme du modèle de croissance de l’UE
En visite à Berlin mercredi 2 octobre, le président Emmanuel Macron a expliqué que l'Union européenne (UE) devait revoir son modèle de croissance, sous peine d’être « éliminée dans trois ou quatre ans », face à la concurrence des États-Unis et de la Chine.
En visite à Berlin mercredi 2 octobre, le président Emmanuel Macron a expliqué que l’Union européenne (UE) devait revoir son modèle de croissance, sous peine d’être « éliminée dans trois ou quatre ans », face à la concurrence des États-Unis et de la Chine.
La méthode de l’UE pour assurer sa croissance et développer son commerce international n’est plus adaptée, a expliqué Emmanuel Macron lors du Berlin Global Dialogue, ajoutant que le continent risque de devenir une simple « zone d’ajustement pour les surcapacités » de la Chine et des États-Unis.
« Si nous continuons à appliquer notre [ancien] modèle de croissance, nous serons éliminés dans trois ou quatre ans », a déclaré le chef de l’État. « Je crois vraiment que nous sommes en danger », a-t-il ajouté, soulignant que la croissance économique de l’UE est fortement dépendante des « exportations de l’industrie automobile en direction de la Chine, de l’énergie à bas prix [avec] le gaz russe, [et] du bouclier de défense des États-Unis ».
Emmanuel Macron conseille donc à l’UE de « se réveiller ».
Les déclarations du président français interviennent après la publication du rapport Draghi sur la compétitivité européenne, qui met en garde contre la « lente agonie » de l’Union. Elles interviennent aussi le jour même où l’ancien Premier ministre italien Enrico Letta, auteur en avril dernier d’un rapport sur le renforcement économique de l’UE, a expliqué que l’Union était devenue une « colonie » des États-Unis, du moins au niveau financier.
Le président français avait déjà exposé sa vision de l’Europe dans deux discours prononcés à la Sorbonne en 2017 et en avril dernier. Il y a désormais urgence a-t-il expliqué hier, appelant à la mise en œuvre d’un programme pour favoriser « des conditions de concurrence équitables ».
Ce programme devrait comprendre une utilisation plus large d’outils de protection économique, afin d’empêcher les pratiques commerciales déloyales, mais aussi un approfondissement du marché unique, pour permettre un marché de l’énergie plus intégré et des financements public et privé plus importants.
Emmanuel Macron a également affirmé que l’Europe devrait devenir plus stratégique « lorsque les États-Unis et la Chine ne respectent pas les règles [commerciales] », faisant écho à un discours prononcé en avril par Mario Draghi.
Cela n’équivaudrait pas à du protectionnisme, a déclaré le président, mais plutôt à « rétablir » des conditions de concurrence équitables. L’agenda proposé par le chef d’État français serait favorisé par un « choc de simplification » de grande ampleur, impliquant une réduction du fardeau réglementaire, a-t-il ajouté.
Emmanuel Macron s’est dit prêt à s’engager au niveau européen, plutôt que sur la scène nationale française, où il a été assez occupé ces derniers temps.
« Pour être honnête, il est déjà trop tard », a-t-il déclaré. « Nous devons mener à bien les réformes ».
Désaccords franco-allemands sur les véhicules électriques et le Mercosur
Parallèlement, Emmanuel Macron a reconnu que des désaccords persistaient entre Paris et Berlin sur certains dossiers, notamment sur l’augmentation des droits de douane sur les véhicules électriques chinois et sur l’accord commercial entre l’UE et le Mercosur.
Le président français a insisté sur le fait que les subventions accordées par la Chine à son industrie automobile faussaient les marchés et créaient une concurrence déloyale, exhortant la Commission à montrer ses muscles au nom de la crédibilité européenne.
« Voulez-vous être un continent consommateur ou un continent producteur ? », a-t-il demandé, citant l’exemple de l’industrie européenne des panneaux solaires, qui a subi de lourdes pertes ces dernières années face à la concurrence chinoise
Il a aussi confirmé que la France ne soutiendrait pas l’accord UE-Mercosur dans sa forme actuelle, mettant par exemple en doute la volonté du président argentin Javier Milei de respecter les objectifs de l’accord de Paris.
Confirmant que des divergences existaient entre Paris et Berlin sur ces deux dossiers, Carl-Julius Cronenberg, le porte-parole pour le libre-échange du parti libéral-démocrate (FDP, Renew Europe), a expliqué mercredi 2 octobre à Euractiv que « si la majorité des États de l’UE soutenaient l’application de tarifs douaniers plus élevés contre la Chine, l’accord de libre-échange du Mercosur devait être adopté en guise de compensation ».
L’Allemagne, dont l’industrie automobile entretient des liens économiques étroits avec la Chine, s’est largement opposée à l’imposition de droits de douane sur les véhicules électriques fabriqués dans ce dernier pays. Berlin devrait s’abstenir lors du vote sur la mesure des États membres, prévu vendredi 4 octobre.
« Quiconque restreint le libre-échange par des barrières tarifaires doit au moins permettre à l’économie de se diversifier », a expliqué Carl-Julius Cronenberg. « Des droits de douane plus élevés et la fin de l’accord du Mercosur seraient le pire des deux mondes », a-t-il ajouté, appelant le chancelier allemand Olaf Scholz à « finaliser un tel accord ».
Le chancelier allemand a de son côté appelé mercredi à la conclusion rapide de l’accord, notant que des pays comme l’Espagne et l’Italie avaient le même objectif.
« Nous avons besoin de pragmatisme et de flexibilité dans la phase finale des négociations, car l’accord avec le Mercosur est essentiel pour diversifier et renforcer la résilience de notre économie », a-t-il affirmé dans un discours prononcé devant l’Association allemande du commerce de gros (Bundesverband Großhandel, BGA), à Berlin.
Le Mercosur est en chantier depuis 25 ans. Les négociations en vue d’un accord de libre-échange entre l’UE et l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay ont débuté en 1999.
Un accord de principe a été conclu en 2019, mais n’a jamais été ratifié. Celui-ci doit éliminer 93 % des droits de douane de l’UE avec plus de 780 millions de personnes.
L’opposition française à cet accord, confirmée par les déclarations d’Emmanuel Macron et par celles du Premier ministre Michel Barnier en septembre, contrastent avec la position du chancelier allemand Olaf Scholz.
Le président français a également fait douter l’Allemagne de sa volonté d’accepter un accord Mercosur plus limité, qui ne nécessiterait qu’une majorité qualifiée au sein du Conseil européen plutôt qu’une ratification nationale, une option que l’industrie automobile allemande a activement défendue.
Reportage complémentaire de Jonathan Packroff et Sofia Sanchez Manzanaro
[Édité par Laurent Geslin]