Immigration irrégulière : le Royaume-Uni veut accroître sa coopération avec Frontex
Un nouvel accord de coopération entre l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex) et le Royaume-Uni a été mis en place à la demande du gouvernement britannique, a confirmé une source officielle de l’agence de l’UE à Euractiv.
Un nouvel accord de coopération entre l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex) et le Royaume-Uni a été mis en place à la demande du gouvernement britannique, a confirmé une source officielle de l’agence de l’UE à Euractiv.
Selon nos informations, le Royaume-Uni a demandé à la Commission européenne une plus grande coopération dans la gestion de l’immigration irrégulière, ce qui a conduit à la signature d’un accord.
La migration reste un sujet de premier plan dans la vie politique du Royaume-Uni. La promesse du Premier ministre britannique Rishi Sunak d’« arrêter les bateaux » de migrants a été la pierre angulaire de ses efforts pour reconquérir les électeurs avant le scrutin de cette année, son parti, le Parti conservateur, étant à la traîne dans les sondages par rapport au Parti travailliste présidé par Keir Starmer.
Le Premier ministre a notamment misé sur le renforcement des contrôles aux frontières et sur une approche agressive des arrivées irrégulières — notamment un plan d’externalisation des demandes d’asile des migrants au Rwanda — pour renforcer sa popularité au niveau national.
Lundi (4 mars), le ministre britannique de l’Intérieur, James Cleverly, a réuni le groupe de Calais — composé de la commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, de représentants des agences européennes Frontex et Europol, et de représentants français, belges, allemands et néerlandais — afin de discuter des efforts conjoints déployés pour lutter contre l’immigration.
Lors de cette réunion, le Royaume-Uni et la France ont annoncé un nouveau partenariat douanier visant à perturber les réseaux logistiques de l’immigration, en empêchant notamment certains matériaux utilisés dans les petites embarcations d’être expédiés dans le nord de la France, où les bateaux partent pour le Royaume-Uni.
L’accord va également dans le sens des efforts déployés par M. Sunak en faveur d’un rapprochement post-Brexit avec l’UE. En janvier, le Royaume-Uni a officiellement réintégré le programme de recherche de l’UE Horizon Europe, et des progrès ont été réalisés sur le dossier de l’Irlande du Nord après deux ans d’impasse.
L’accord
Depuis que le Royaume-Uni a quitté l’UE en 2020, les accords de retour avec le bloc ont pris fin. Toutefois, Londres a depuis conclu une série d’accords bilatéraux avec certains pays, notamment avec l’Albanie.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et Rishi Sunak « ont convenu le 16 mai 2023 de l’importance de renforcer la coopération entre l’UE et le Royaume-Uni en matière de migration par le biais d’un nouvel arrangement de travail avec Frontex », a déclaré un porte-parole de la Commission à Euractiv. Les négociations ont été conclues le 18 février, a-t-il ajouté.
L’accord non contraignant permettra une plus grande coopération dans l’échange d’informations et de renseignements, le renforcement des capacités et la formation, la coopération technique et opérationnelle et l’échange d’officiers de liaison.
L’accord sera limité à des mesures spécifiques et ne donnera pas de pouvoirs exécutifs à Frontex, a déclaré un porte-parole de l’agence de l’UE à Euractiv.
« Pour une collaboration impliquant des pouvoirs exécutifs, un accord formel semblable à ceux conclus avec les pays des Balkans occidentaux et la Moldavie serait nécessaire », a expliqué Frontex à Euractiv.
Un moyen de dissuasion efficace ?
En 2023, le ministère britannique de l’Intérieur a enregistré 36 704 arrivées irrégulières, soit un tiers (33 %) de moins qu’en 2022. Parmi ces personnes, 80 % sont arrivées sur de petites embarcations.
Dimanche (3 mars), une fillette de sept ans s’est noyée lors du chavirement d’un bateau transportant 16 personnes de France vers le Royaume-Uni. L’Organisation internationale pour la Migration (OIM), une agence des Nations unies, estime que plus de 200 personnes sont mortes en mer en tentant d’atteindre le Royaume-Uni depuis 2014.
Alors que les efforts du gouvernement britannique pour mettre fin aux traversées de petites embarcations se sont principalement concentrés sur la dissuasion et la répression physique, les propositions de la société civile plaident en faveur d’un meilleur accès à des voies sûres et légales pour les migrants.
« Ces dernières années ont clairement montré que ces soi-disant accords, ces mesures de sécurité coûteuses et ces “dissuasions” anti-réfugiés ne fonctionnent pas », a expliqué Steve Smith, directeur général de Care4Calais, à Euractiv. Care4Calais est une organisation caritative bénévole qui travaille avec les réfugiés au Royaume-Uni, en France et en Belgique.
« Cela ne fonctionne pas parce que les réfugiés fuient des situations pires que toutes les menaces que le gouvernement britannique peut faire peser sur eux. Le seul moyen d’arrêter les traversées dangereuses de la Manche est de mettre en place des itinéraires sûrs pour les personnes qui veulent demander l’asile au Royaume-Uni », a-t-il souligné.
Depuis 2018, les ressortissants d’Iran, d’Albanie, d’Irak, d’Afghanistan et de Syrie représentent 71 % de tous ceux qui traversent à bord de petites embarcations, selon les données recueillies par l’Observatoire des migrations de l’Université d’Oxford.
« Aucun Ukrainien n’a été détecté en train de traverser la Manche à bord de petites embarcations en raison du régime de visa non plafonné pour ce groupe, tandis que les Afghans — qui bénéficient d’un très petit régime de réinstallation — ont été parmi les nationalités qui traversent le plus souvent à bord de petites embarcations », a fait remarquer l’Observatoire.
Un porte-parole de Frontex a indiqué à Euractiv que si l’agence devait observer « des activités potentiellement illégales », elle s’engageait à « respecter le droit international ». « Et si cela concerne nos opérations, nous pourrons initier un Rapport d’incident grave », a-t-il ajouté.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]