Industrie, énergie, climat : l'élection de Trump titille les ambitions européennes
La réélection mercredi 6 novembre de Donald Trump pourrait accélérer la perte de compétitivité industrielle du Vieux Continent, et entrainer d’importantes conséquences sur sa sécurité énergétique et ses objectifs climatiques.
La réélection mercredi 6 novembre de l’isolationniste et climatosceptique Donald Trump à la tête des États-Unis pourrait accélérer la perte de compétitivité industrielle du Vieux Continent, et entrainer d’importantes conséquences sur sa sécurité énergétique et ses objectifs climatiques.
Dès les premiers signaux faibles en faveur de la victoire de Donald Trump, le dollar est monté, le pétrole a baissé.
L’élection du désormais 47e président du second émetteur de gaz à effet de serre au monde, augure en effet un nouveau boom de la production pétro-gazière américaine qu’il soutient ouvertement.
Cette bonne nouvelle pour la compétitivité outre-Atlantique pourrait néanmoins avec des conséquences importantes sur celle de l’UE, sur ses objectifs énergétiques et climatiques.
Les négociations internationales sur le climat mises au placard
À quelques jours de la COP29 en Azerbaïdjan — déjà décriée de ce fait — du 11 au 22 novembre, l’élection de Donald Trump fait tout d’abord craindre un affaiblissement de la position des pays et organisations régionales qui souhaitent aller plus loin sur l’action climatique, comme
Pour cause, le nouveau pensionnaire de la Maison-Blanche souhaite de nouveau sortir les États-Unis de l’accord de Paris, comme il l’avait fait lors de son précédent mandat présidentiel (2016-2020).
Il serait aussi tenté d’affaiblir l’autorité américaine en charge de la régulation de l’énergie (DoE) et de réduire les financements accordés à l’Agence internationale de l’énergie (AIE) qu’une partie des Républicains accusent de porter une « attention excessive à la transition énergétique ».
L’AIE joue en effet un rôle prospectif important pour le développement de stratégies de décarbonation des pays qui lui font confiance, dont les 27 de l’UE et, jusqu’à nouvel ordre, les États-Unis.
Pas de panique, scande toutefois l’eurodéputé socialiste et chercheur en politique énergétique, Thomas Pellerin-Carlin. « L’élection de Donald Trump offre avant tout un argument rhétorique à l’extrême-droite européenne opposée à l’action climatique, plutôt qu’un point d’ancrage idéologique », estime-t-il pour Euractiv.
Dans la presse européenne, des officiels de l’UE avancent que portée comme elle l’est actuellement par des fondamentaux économiques forts et partagés en Europe, en Chine et en Inde, « la transition [mondiale] vers les énergies propres est totalement inarrêtable ».
Mais tout de même, « la mise sous tutelle du DoE pourrait réduire les discussions avec l’UE dans le cadre du conseil UE-US sur l’énergie, quand le retrait du soutien américain à l’AIE est le préliminaire à un fort soutien à une politique pro-fossile par la dérégulation du marché », explique à Euractiv Thierry Bros, professeur en politiques énergétiques à Science-Po Paris.
Maximiser les échanges pétro-gaziers
En dérégulant, Donald Trump pourra ainsi maximiser la production et les exportations vers l’UE, premier marché d’export des États-Unis, qui connait de plus une croissance régulière à mesure qu’il remplace le gaz russe par des importations principalement de gaz naturel liquéfié américain.
D’ici à 2027, date à laquelle l’UE vise une sortie totale du gaz russe, « il faut s’attendre à un business as usual entre les deux rives de l’Atlantique et à des approvisionnements en gaz plutôt sécurisés », convient donc pour Euractiv Nicolas Goldberg, expert en marché de l’énergie au cabinet de consulting Colombus Consulting.
« Les consommateurs européens ne devraient pas être directement affectés [en matière de prix] », ajoute Edouard Lotz, analyste des marchés énergie au cabinet français Omnegy.
À l’horizon 2027 en revanche, l’UE pourrait être prise en étau entre une pression des pouvoirs publics américains pour maintenir, voire augmenter les importations de gaz américain pour juguler la baisse des imports russe, et une réduction de la consommation globale de gaz en Europe dans le cadre de la transition énergétique.
« Difficile de déterminer ce qu’il se passera. La situation dépendra également de la géopolitique mondiale », prévient Nicolas Goldberg.
Visée similaire pour le pétrole, sur lequel l’impact de la future politique trumpiste est « plus qu’incertain », note Thierry Bros. Sachant que « l’approche agressive de Donald Trump envers des pays comme la Chine et l’Iran pourrait provoquer une instabilité au Moyen-Orient, ce qui aura des répercussions sur les prix », poursuit Edouard Lotz.
Quoi qu’il en soit, une politique de maximisation de la production pétro-gazière américaine, en supposant une forte consommation intérieure, combinée à une décélération de l’électrification et du développement des renouvelables, devrait réduire à court terme les prix de l’énergie aux États-Unis, et augmenter encore l’écart avec les prix pratiqués en Europe, bien plus élevés.
Conséquence directe ? Une hausse de la compétitivité américaine au détriment de l’économie et de l’industrie européennes.
Pression supplémentaire sur l’industrie européenne
De plus, Donald Trump prévoit d’augmenter les droits de douane sur les importations, en particulier chinoises.
Problème pour l’UE, ces droits de douane rehaussés « pourraient amener Pékin à réallouer ses excédents de production vers l’Europe », notamment sur des marchés clés pour la transition, comme les panneaux solaires ou les batteries de voiture électrique, souligne dans la presse nationale Sarah Guillou, analyste à l’observatoire français des conjonctures économiques.
« Fondamentalement, cela viendrait simplement aggraver une situation préexistante », relève l’eurodéputé Thomas Pellerin-Carlin. La Chine déverse en effet déjà en Europe ses excédents sur les industries clés de la transition, avec pour conséquence des suspensions de projets d’usines, des fermetures pures et simples ou des délocalisations vers les États-Unis.
Avec le plan Inflation Reduction Act du président états-unien sortant Joe Biden, qui vise à injecter 370 milliards de dollars en dix ans dans l’économie verte américaine, les États-Unis sont en effet devenus un pôle d’attraction pour l’innovation, les technologies et industries propres. Et si Donal Trump fustige ce programme, restreindra probablement ses financements, il ne le supprimera pas.
Ainsi, l’Europe doit réagir. « Nous ne sommes pas fondamentalement contre la concurrence, mais nous avons besoin de règles du jeu équitables », assure à Euractiv un porte-parole de WindEurope, syndicat européen des producteurs éoliens.
Pour cela, « il va falloir apprendre à se débrouiller seul », capitaliser sur la réglementation et les fonds européens, en conclut Thomas Pellerin-Carlin, tenant des propos que ne sauraient démentir nombres d’autres représentants économiques et politiques européens, et de tout bord.