Insectes dans l’alimentation : en Slovaquie et en République tchèque, une croisade contre une menace inexistante
En Slovaquie et en République tchèque, des voix s’élèvent contre l’introduction d’insectes dans l’alimentation. Cette opposition vise largement une prétendue obligation imposée par l’UE.
En Slovaquie comme en République tchèque, de nombreuses voix s’élèvent contre l’introduction d’insectes dans l’alimentation. Cette opposition vise largement une prétendue obligation imposée par l’Union européenne — une obligation qui n’existe tout simplement pas.
Contrairement à ce que véhiculent certains discours politiques et médiatiques, Bruxelles n’impose pas l’ajout d’insectes dans les produits alimentaires.
Cela n’a pas empêché la polémique de refaire surface au printemps 2025 en Slovaquie, lorsque l’Union slovaque des boulangers, pâtissiers et fabricants de pâtes a adopté une résolution rejetant fermement tout ajout d’insectes dans ses produits.
L’Union a déclaré réagir à une décision de l’UE autorisant l’utilisation de larves de vers de farine dans les aliments.
« Si quelqu’un veut manger des vers moulus, qu’il achète des produits d’Europe occidentale. Vous ne trouverez pas de tels ingrédients dans les produits slovaques », a déclaré Milan Lapšanský, directeur exécutif du syndicat.
Le Parti national slovaque (SNS) d’extrême droite, au pouvoir en Slovaquie, s’est rapidement joint au mouvement de contestation, proposant en mai une loi exigeant que les aliments contenant des insectes soient clairement étiquetés dans les magasins.
En République tchèque, le discours est similaire. Des figures de l’extrême droite, comme le chef du parti Liberté et démocratie directe (SPD) Tomio Okamura, mais aussi l’ancien Premier ministre Andrej Babiš (ANO), ont dénoncé les protéines d’insectes comme une menace pour la tradition culinaire nationale.
La première vague de critiques était déjà apparue en 2023 dans le pays, lorsque l’UE a autorisé l’usage d’ingrédients à base d’insectes dans l’alimentation. Certains responsables politiques avaient alors présenté cette mesure comme une tentative de Bruxelles de remplacer discrètement les plats traditionnels par des produits à base d’insectes.
« Ils disent que dans vingt ans, il n’y aura plus d’aliments normaux. Plus de bétail. Nous mangerons des larves », avait averti Andrej Babiš lors d’une émission de CNN Prima NEWS cette année-là, reliant cette évolution fictive aux ambitions environnementales de l’UE.
Les propos de Andrej Babiš ont suscité des critiques de la part de ses adversaires politiques, d’autant plus que certaines entreprises de son holding Agrofert utilisent des colorants alimentaires à base d’insectes.
La même année, Tomio Okamura avait lui aussi affirmé lors d’une conférence de presse que Bruxelles introduisait discrètement des insectes dans les aliments. Le SPD a poursuivi cette campagne tout au long de l’année 2025.
Mais du côté des professionnels de l’agroalimentaire tchèque, ces prises de position n’ont pas trouvé d’écho. Les acteurs du secteur ne partagent pas les inquiétudes relayées par la sphère politique.
Un mythe tenace
En 2023, des sondages menés en Slovaquie et en République tchèque révélaient une large adhésion à l’idée selon laquelle l’UE chercherait à imposer l’utilisation d’insectes dans l’alimentation. Ainsi, 36 % des Slovaques et 30 % des Tchèques interrogés estimaient que Bruxelles avait l’intention de contraindre les entreprises à intégrer des insectes dans leurs produits.
Face à cette rumeur persistante, la Commission européenne avait déjà tenté de rétablir les faits. « Il appartient aux consommateurs de décider eux-mêmes s’ils veulent manger des insectes ou non. Il est absurde qu’ils soient ajoutés secrètement aux aliments », avait assuré la représentation de l’exécutif européen en Slovaquie.
En effet, si la Commission européenne soutient le développement des insectes comme source durable de protéines pour l’alimentation et l’agriculture, elle n’en impose nullement l’usage. Les producteurs restent libres de les intégrer — ou non — dans leurs produits.
Les partisans de cette rumeur citent souvent la stratégie « De la ferme à la table » (Farm to Fork) de l’UE, affirmant qu’elle imposerait le remplacement de la viande par des insectes. En réalité, le mot « insectes » n’apparaît que trois fois dans le texte, et aucune de ces références n’impose d’obligation.
Autre source fréquente de confusion : le règlement européen sur les « nouveaux aliments », qui a permis l’approbation de sept produits à base d’insectes. Là encore, il s’agit d’autorisations volontaires.
Ces autorisations reposent sur une utilisation volontaire des insectes : les producteurs peuvent choisir d’utiliser des protéines d’insectes, mais personne n’y est obligé.
La consommation d’insectes, un danger ?
Une autre idée répandue est que la consommation d’insectes provoque des allergies, voire des cancers. Il n’existe aucune preuve à l’appui de cette affirmation.
Des centaines de millions de personnes dans le monde consomment des insectes dans leur alimentation quotidienne. Des études scientifiques confirment également leur innocuité.
« Une fois débarrassées de leur exosquelette, les protéines d’insectes sont digestibles à presque 100 %. Les insectes ne doivent donc en aucun cas être considérés comme cancérigènes », commente Eva Ivanišová, scientifique à l’Université slovaque d’agriculture de Nitra, pour Euractiv Slovaquie.
L’UE dispose de certaines des règles les plus strictes au monde en matière de sécurité alimentaire. Chaque produit doit d’abord être approuvé par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) avant d’être autorisé sur le marché unique.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]