Israël-Hamas : la proposition de « trêve humanitaire » ne fait pas l’unanimité au sein de l’UE
Les ministres des Affaires étrangères de l’UE se sont prononcés en faveur d’une « trêve humanitaire » dans la guerre entre Israël et le Hamas, bien que certains États membres aient exprimé des réserves.
Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne se sont prononcés lundi (23 octobre) en faveur d’une « trêve humanitaire » dans la guerre entre Israël et le Hamas, bien que certains États membres aient exprimé des doutes quant à cette idée.
Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a déclaré aux journalistes après les discussions qu’il soutenait la demande du secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU), Antonio Guterres, qui souhaite une trêve dans le conflit afin de permettre à l’aide humanitaire destinée aux civils palestiniens de la bande de Gaza actuellement assiégée d’être acheminée plus rapidement.
« Le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies a parlé d’un cessez-le-feu, ce qui est certainement plus, beaucoup plus, qu’une trêve », a affirmé M. Borrell.
« Une trêve, comme son nom l’indique, est une trêve. C’est-à-dire une interruption de quelque chose qui se poursuit ensuite », a-t-il expliqué. « Une trêve est un objectif moins ambitieux qu’un cessez-le-feu […] qui implique un accord entre les parties. Une trêve peut être convenue plus rapidement. […] Et je pense que les ministres ont compris […] qu’elle est nécessaire, même pour que l’aide humanitaire puisse entrer », a-t-il ajouté.
« Je peux prévoir — ou du moins envisager — que l’idée d’une trêve humanitaire, qui faciliterait l’entrée de l’aide humanitaire et permettrait aux populations déplacées de se mettre à l’abri, est une idée soutenue par les États membres », a poursuivi M. Borrell.
La France, l’Espagne, les Pays-Bas, l’Irlande, la Slovénie et le Luxembourg ont également soutenu cette idée jusqu’à présent.
Parallèlement, un premier projet de communiqué pour un sommet de l’UE plus tard dans la semaine, consulté par Euractiv, suggère un soutien à l’idée, bien que les diplomates de l’UE aient averti que la formulation utilisée était encore sujette à des changements.
Selon le texte actuel, les dirigeants de l’UE devraient déclarer qu’ils soutiendraient l’appel du secrétaire général des Nations unies en faveur d’une trêve humanitaire pour permettre un accès humanitaire sûr et l’acheminement de l’aide à ceux qui en ont besoin.
À Gaza, la situation s’aggrave
Ces mesures reflètent l’inquiétude croissante concernant le sort des civils palestiniens après deux semaines de bombardements et de siège de la bande de Gaza par Israël en réponse à l’incursion du Hamas sur le territoire israélien le 7 octobre.
Selon le ministère de la Santé de l’enclave dirigée par le groupe islamiste, plus de 5 000 Palestiniens ont été tués par les frappes israéliennes. Selon l’ONU, environ 1,4 million de Palestiniens sur les 2,3 millions d’habitants de Gaza sont désormais déplacés à l’intérieur de leur propre pays.
Au cours du week-end, deux convois d’aide — l’un de 20 camions, l’autre de 14 — sont entrés à Gaza depuis l’Égypte au point de passage de Rafah, ont indiqué des responsables régionaux.
Toutefois, la quantité d’aide fournie ne représente qu’une fraction de l’aide habituellement acheminée dans la bande de Gaza avant le début de la guerre.
« L’accord porte sur la nécessité de veiller à ce que les convois puissent continuer à passer par Rafah, ce qui implique une augmentation substantielle de l’aide humanitaire », a déclaré un diplomate de l’UE à l’issue des discussions.
« Après cela, sur la question de la trêve humanitaire, du cessez-le-feu et des corridors, il y a des nuances de position […] et nous ne pouvons pas dire qu’il y a eu une position claire et nette », a déclaré le diplomate.
Les doutes
Certains États membres de l’UE ont montré plus tôt dans la journée de lundi qu’ils avaient des doutes concernant la proposition de trêve.
« Il n’est pas encore exact de parler d’un consensus, il y a des discussions et nous verrons leur résultat », a indiqué un second diplomate.
Interrogée sur la raison pour laquelle l’Allemagne n’a pas soutenu les appels à un cessez-le-feu humanitaire, la ministre des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, a déclaré que les derniers jours avaient montré l’importance de l’acheminement de l’aide à Gaza, mais qu’ils avaient également montré clairement que le Hamas continuait d’attaquer Israël.
« Nous avons tous constaté que le terrorisme se poursuit sans relâche et que des tirs intensifs de missiles sont lancés contre Israël », a-t-elle expliqué. « Nous ne pouvons pas mettre fin à la catastrophe humanitaire si le terrorisme se poursuit depuis Gaza. »
Le ministre tchèque des Affaires étrangères, Jan Lipavský, a pour sa part mis en doute la faisabilité d’un cessez-le-feu temporaire avec le groupe islamiste.
« Il y a une organisation terroriste qui contrôle Gaza, qui envoie des missiles tous les jours et qui a perpétré une attaque barbare sur le territoire d’Israël », a-t-il affirmé. « La question est donc de savoir comment établir un tel cessez-le-feu. Il doit être établi des deux côtés. »
Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, partage ce point de vue. « Nous ne pouvons pas dire à Israël de cesser de se défendre lorsque le Hamas tire des missiles sur ses villes », a-t-il déclaré.
« Bien sûr, tout le monde souhaite que la violence prenne fin, mais Israël a le droit de se défendre », a rappelé le ministre autrichien des Affaires étrangères, Alexander Schallenberg.
D’autres ministres ont adopté une approche plus prudente en s’adressant aux journalistes avant les discussions.
Le ministre irlandais des Affaires étrangères, Micheál Martin, a déclaré que son pays comprenait « la nécessité pour Israël de faire face au Hamas, car il s’agit d’une attaque épouvantable ». « Mais le degré de souffrance — car les civils innocents de Gaza souffrent — n’est pas du tout acceptable et c’est pourquoi nous pensons qu’une trêve humanitaire est nécessaire pour permettre au minimum l’acheminement d’aide », a-t-il indiqué.
Le ministre letton des Affaires étrangères, Krišjānis Kariņš, a déclaré qu’il n’y aurait « pas de solution noire ou blanche ».
Les divergences de vues reflètent largement les différences qui existent depuis longtemps au sein de l’UE sur le conflit israélo-palestinien, les pays considérés comme les plus solidaires des Palestiniens étant favorables à une trêve, tandis que les alliés inconditionnels d’Israël dans le bloc se montrent plus réticents.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]