José Manuel Barroso : « Nous ne pouvons pas nous permettre d'observer en spectateurs passifs »
Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a déclaré que l'exécutif de l'UE ne pouvait pas se permettre d'être un spectateur passif des révolutions populaires qui éclatent en Afrique du nord, qu'il a d'ailleurs qualifiées d'« historiques ». Dans le même temps, les diplomates de l'UE préparent des sanctions à l'encontre du régime de Mouammar Kadhafi.
Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a déclaré que l'exécutif de l'UE ne pouvait pas se permettre d'être un spectateur passif des révolutions populaires qui éclatent en Afrique du nord, qu'il a d'ailleurs qualifiées d'« historiques ». Dans le même temps, les diplomates de l'UE préparent des sanctions à l'encontre du régime de Mouammar Kadhafi.
Hier (23 février), M. Barroso a fait ces déclarations suite à une réunion hebdomadaire de la Commission, que le porte-parole Olivier Bailly a qualifié de « passionnée ».
Les commissaires, a-t-il dit, se sont exprimés en tant qu’ « organe politique » et « vrais responsables politiques ».
« Il s’agit de la profonde quête de liberté, de justice, de dignité, d’opportunités sociales et économiques et de démocratie du peuple. Ces valeurs sont universelles […]. Soyons francs sur ces questions », a affirmé M. Barroso hier.
Par le passé, certains ont exprimé des préjugés moraux au sujet de la culture arabe en se demandant si « les Arabes se souciaient vraiment de la démocratie », a rappelé M. Barroso,
« Je pense que dans ces pays, les jeunes montrent qu’ils ne veulent pas d’une dictature. Le message que nous devons envoyer à ces pays et à ces jeunes est que nous sommes à leurs côtés dans la lutte pour la dignité humaine, les droits de l’Homme et la démocratie ».
« Il s’agit d’un moment historique et nous devons nous positionner du bon côté de l’Histoire ». C’est l’opportunité d’une vie de soutenir ceux qui sont en quête de liberté, de justice, de démocratie et de droits de l’Homme », a déclaré M. Barroso.
Il a ajouté que la Commission disposait des instruments et des moyens nécessaires pour soutenir ce combat, en mentionnant certains comme l’instrument européen de voisinage et de partenariat, l’instrument de stabilité, l’instrument européen pour la démocratie et les droits de l’Homme ainsi que les programmes de formation professionnelle.
Concernant la Libye, M. Barroso a déclaré qu’il était « intolérable » que l’armée fasse usage de la force contre des civils comme on l’a vu ces derniers jours.
« Cela est tout simplement intolérable et je pense que nous devons exiger très clairement des autorités libyennes qu’elles cessent la violence, leur dire que la répression n’est pas la solution et que nous soutiendrons les aspirations du peuple libyen », a affirmé M. Barroso.
L’UE prépare des sanctions pour la Libye
Au cours d’une réunion des diplomates européens à Bruxelles, la France et l’Allemagne ont fait pression pour que les 27 Etats membres de l’UE adoptent des mesures restrictives à l’encontre du régime de M. Kadhafi, dont des restrictions de voyage, un embargo sur les armes et un gel des avoirs.
Les gouvernements ont accordé leurs violons pour examiner de telles mesures et décideront d’une date à laquelle elles pourront être imposées.
« En termes diplomatiques, il s’agit de sanctions », a déclaré un diplomate européen qui a assisté à la réunion.
Ensuite, la responsable des affaires étrangères de l’UE, Catherine Ashton, a publié une déclaration, disant que l’Union européenne était prête à faire le nécessaire pour que M. Kadhafi, au pouvoir depuis 40 ans, réponde de ses actes.
« L’UE souligne que les instigateurs de la violence et de l’agression brutale à l'encontre les civils seront mis devant leurs responsabilités », a-t-elle affirmé en faisant référence à la mort d’environ 1000 personnes lors de répressions ordonnées par M. Kadhafi.
« L’UE est prête […] à prendre de nouvelles mesures », a-t-elle dit.
Certains gouvernements, dont l’Italie, ont déclaré que l’UE devrait faire attention à ne pas réagir trop précipitamment par des sanctions, exprimant des craintes quant aux éventuelles répercussions économiques et à la menace de la vague d’immigrés qui pourrait déferler sur les côtes européennes.
La Libye est l’un des proches partenaires commerciaux de l’Italie et une source majeure de pétrole et de gaz pour l’Italie et d’autres Etats de l’UE. L’Europe reçoit près de 85 % des exportations de pétrole de la Libye.
Un diplomate européen a affirmé que les sanctions, si elles sont approuvées, pourraient inclure une suspension des contrats en matière de pétrole et de gaz.
Le département d’Etat américain a affirmé mercredi que Washington pourrait également envisager la possibilité de geler les avoirs appartenant au gouvernement libyen et à M. Kadhafi, mais aucune décision n’a encore été prise.
L’une des inquiétudes au sein de certains Etats membres concerne la sécurité des ressortissants européens qui vivent en Libye dans le cas où des sanctions ou d’autres mesures seraient imposées trop précipitamment. La Libye compte jusqu’à 10 000 ressortissants européens que l’on tente actuellement d’évacuer par voie aérienne et maritime.
La portée des sanctions imposées à la Libye sera également sujette à un débat, avec de nombreux gouvernements de l’Union face à des intérêts économiques concurrents, particulièrement en termes d’approvisionnement d’énergie et d’investissement. Malte et Chypre sont proches de la Libye.
Le ministre des affaires étrangères, Guido Westerwelle, a déclaré que si le gouvernement libyen continuait à perpétrer des violences contre son propre people, des sanctions seraient inévitables.
Parmi les Etats membres, certains s'inquiètent de la question de l’immigration. M. Kadhafi a alimenté des craintes dans l’UE, en disant la semaine dernière qu’il cesserait de coopérer avec elle en matière de régulation du flux d’immigrés venus d’Afrique vers l’UE.
Le ministre italien des affaires étrangères, Franco Frattini, a estimé que jusqu'à 300 000 personnes pourraient fuir la Libye en direction des côtes italiennes.
(EURACTIV avec Reuters. Article traduit de l’anglais par EURACTIV)