Journée mondiale sans tabac : les ONG inquiètes face à l’inaction de l’UE

Des organisations de la société civile ont appelé à une action rapide sur le tabac au niveau de l’UE tout en exprimant leur déception face aux retards pris par la Commission européenne dans la lutte contre le tabagisme dans plusieurs dossiers législatifs.

Euractiv.com
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Une Europe sans tabac était l’un des principaux domaines d’action de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, dans le plan européen pour vaincre le cancer de 2021. Cependant, aucune des actions prévues dans la feuille de route de mise en œuvre n’a été menée à terme. [Thierry ROGE]

Des organisations de la société civile ont appelé à une action rapide sur le tabac au niveau de l’UE tout en exprimant leur déception face aux retards pris par la Commission européenne dans la lutte contre le tabagisme dans plusieurs dossiers législatifs.

Lors de la Journée mondiale sans tabac ce vendredi (31 mai), plusieurs ONG, dont la Smoke Free Partnership Coalition (SFP), la European Cancer Organisation et Lung Cancer Europe, ont plaidé dans un communiqué de presse commun pour une accélération des mesures politiques visant à favoriser l’avènement d’une génération sans tabac.

Richard Price, responsable de la politique pour la European Cancer Organisation, a confié à Euractiv : « Je ne comprends pas pourquoi il n’y a pas d’urgence à faire avancer les promesses de législation sur le tabac du plan européen pour vaincre le cancer, surtout si l’on compare avec la  récente législation sur la pollution de l’air et l’amiante ».

Vers une Europe sans tabac

Une Europe sans tabac était l’un des principaux domaines d’action de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, dans le plan européen pour vaincre le cancer de 2021. Cependant, aucune des actions prévues dans la feuille de route de mise en œuvre n’a été menée à terme.

Le principal problème concerne les retards dans la mise à jour de la législation existante sur le tabac, y compris les contrôles plus stricts sur l’achat, la taxation et la publicité autour de ces produits, ainsi que dans la publication d’une recommandation du Conseil relative aux environnements sans tabac, initialement prévue pour le troisième trimestre de 2023.

À l’aube des élections européennes, la lutte contre le tabagisme revient sur le devant de la scène et apparaît comme une priorité dans les programmes du Parti socialiste européen (PSE), des Verts et du Parti de la gauche européenne.

La pression des lobbies du tabac

La directrice du SFP, Lilia Olefir, a indiqué à Euractiv que « l’ampleur des ingérences industrielles au niveau de l’UE montre que les retards dans tous les dossiers de l’UE ne sont pas une coïncidence ».

Contactée par Euractiv, une source du groupe des Socialistes et Démocrates européens (S&D) a soutenu que les retards étaient clairement liés à la pression exercée par le lobby du tabac sur la Commission pour reporter la mise en place d’une législation révisée qui nuirait à leurs affaires.

En 2022, l’industrie du tabac a dépensé 19 millions d’euros en lobbying auprès de la Commission, selon l’analyse du registre de transparence de l’UE par le SFP.

La Médiatrice européenne, Emily O’Reilly, a souligné un manque de transparence de la part de la Commission concernant ses réunions avec les lobbyistes de l’industrie du tabac en 2020 et 2021.

Dans une lettre envoyée à la Commission, Mme O’Reilly a noté que « ces réunions ont eu lieu non seulement avec le personnel de haut niveau de la Commission (commissaires, chefs de cabinet et directeurs généraux), mais aussi avec le personnel à des niveaux inférieurs ».

Interrogé par Euractiv, un porte-parole de l’exécutif européen a affirmé que « lorsqu’il s’agit de contacts avec l’industrie du tabac, la Commission a été intransigeante sur les normes de transparence les plus élevées » et que « la direction générale de la Santé (DG SANTE) publie en ligne les détails de toutes les réunions avec l’industrie du tabac ».

 

D’après le registre de transparence de l’UE, l’industrie du tabac a organisé plus de 100 réunions avec des membres du Parlement européen au cours des cinq dernières années, dont 35 avec les groupes d’extrême droite des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) et Identité et Démocratie (ID).

Des réunions ont également eu lieu au cours des travaux du Parlement sur le rapport de la commission spéciale sur la lutte contre le cancer (Beating cancer, BECA) et le rapport sur les maladies non transmissibles (MNT).

Plusieurs amendements ont été déposés dans le cadre du rapport de la commission BECA afin de distinguer les cigarettes électroniques des cigarettes traditionnelles.

Quels sont les enjeux ?

Selon une nouvelle enquête de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la consommation de tabac chez les jeunes de l’UE est en hausse. 20 % des enfants en âge scolaire fumeraient des cigarettes électroniques et 15 % des cigarettes traditionnelles.

Avec l’augmentation des ventes de cigarettes électroniques et de sachets de nicotine (snus), la Commission a interdit la consommation de tabac chauffé aromatisé. Cependant, elle est confrontée à une pression politique croissante en faveur d’une législation plus complète sur les nouveaux produits du tabac.

Les Verts/ALE ont demandé qu’il n’y ait pas d’exonérations fiscales pour les cigarettes électroniques, tandis que le Parti populaire européen (PPE) et les Conservateurs et Réformistes européens plaident pour une « approche modérée de la réduction des dommages ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]