Kiev réitère sa demande de pouvoir cibler la Russie avec des armes occidentales

L’Ukraine a réitéré ses appels, jeudi 29 août, pour que l’Occident l’autorise à frapper des cibles militaires en Russie, exhortant ses alliés à lever les restrictions qui pèsent sur l’utilisation des armes à longue portée.

/ Euractiv.com
Military mobility of Ukrainian soldiers continue in the direction of Kreminna
Le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, a réitéré jeudi 29 août la nécessité pour les ministres de discuter de la levée des restrictions sur l’utilisation par l’Ukraine d’armes occidentales sur des cibles militaires à l’intérieur du territoire russe. [Getty Images/Diego Herrera Carcedo/Anadolu]

L’Ukraine a réitéré ses appels, jeudi 29 août, pour que l’Occident l’autorise à frapper des cibles militaires en Russie, exhortant ses alliés à lever les restrictions qui pèsent sur l’utilisation des armes à longue portée.

« Nous attendons l’autorisation de la livraison de missiles qui pourront être utilisés à cette fin », a affirmé le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kouléba, avant de rencontrer ses homologues européens à Bruxelles, le jeudi 29 août.

L’appel du ministre ukrainien fait écho à celui lancé la semaine dernière par le président Volodymyr Zelensky pour que les alliés assouplissent une nouvelle fois les restrictions qui pèsent sur l’utilisation des armes occidentales fournies à l’Ukraine.

À Bruxelles, Dmytro Kouléba a déclaré aux journalistes que Kiev demandait « l’autorisation de frapper des cibles militaires légitimes plus loin dans les terres russes ».

Début août, Kiev a lancé une incursion en territoire russe. En réponse à la progression ukrainienne dans la région russe de Koursk — où se trouvent d’importantes bases militaires du Kremlin —, Moscou a tiré, mercredi 28 août, plus de 200 missiles pour détruire le réseau électrique ukrainien et des usines de traitement d’eau.

Le chef de la diplomatie de l’Union européenne (UE), Josep Borrell, qui se tenait aux côtés de Dmytro Kouléba jeudi, a répété que les ministres de l’Union devaient discuter de la levée des sanctions européennes sur l’utilisation d’armes en territoire russe.

Plusieurs États membres de l’UE, comme l’Italie ou la Hongrie, y sont toujours opposés.

Des restrictions déjà assouplies

Les armes à longue portée que l’Ukraine a reçues des Occidentaux sont essentielles pour cibler les centres logistiques russes et d’autres cibles militaires de l’autre côté de la frontière.

La demande faite par Kiev à l’UE intervient après un assouplissement des restrictions par certains alliés occidentaux de l’Ukraine, suite à l’offensive russe près de Kharkiv en mai dernier.

En réponse à cette offensive, certains alliés occidentaux avaient commencé à assouplir leurs restrictions sur les armes à longue portée capables de frapper des cibles comprises entre 30 et 200 kilomètres.

Les États-Unis et l’Allemagne ont ainsi soutenu l’idée que l’Ukraine pourrait prendre pour cible des sites militaires sur le territoire russe, afin de se défendre de tirs ayant pour origine des zones proches de la frontière. Plus de dix autres pays, dont le Royaume-Uni, la Finlande, la France, la Pologne, la Lituanie et les Pays-Bas, ont également approuvé ces actions.

Les pays occidentaux, comme le Royaume-Uni, les États-Unis et l’Allemagne, avaient auparavant catégoriquement refusé que l’Ukraine prenne pour cible la Russie avec des armes à longue portée. Ils avaient soit réduit la portée des armes qu’ils envoyaient à l’Ukraine, soit explicitement mis en place des restrictions sur leur utilisation, par crainte d’une escalade avec Moscou.

Des garde-fous persistent

Malgré les assouplissements intervenus après l’offensive russe de mai, l’Ukraine continue d’affirmer que les efforts occidentaux sont insuffisants pour répondre à ses besoins en matière de défense. Washington avait limité ses assouplissements aux armes tirées depuis Kharkiv.

Ceux-ci ne s’appliquaient pas aux ATACMS (systèmes de missiles tactiques de l’armée) d’une portée de 300 km. De même, Londres interdit l’utilisation de missiles Storm Shadow d’une portée supérieure à 250 km et Berlin refuse d’envoyer des missiles Taurus d’une portée de 500 km. En outre, les avions de chasse F-16 fabriqués aux États-Unis et fournis à l’Ukraine ne sont pas destinés à être utilisés sur le sol russe.

Kiev dirige donc ses pressions vers les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne. Mais ses efforts ont jusqu’à présent été vains. Les responsables ukrainiens et certains de leurs alliés occidentaux espèrent cependant que si Washington lève ses restrictions, d’autres capitales lui emboîteront le pas.

Le ministre ukrainien de la Défense, Roustem Oumierov, et le chef du secrétariat du président Volodymyr Zelensky, Andryi Yermak, devraient se rendre à Washington dans les prochains jours.

Une question d’avantage militaire

Kiev ayant repoussé le front derrière la frontière, l’importance de la levée des restrictions sur les armes occidentales est d’autant plus importante. Toutefois, les États-Unis ne soutiennent pas la poursuite des opérations ukrainiennes au-delà des frontières.

L’incursion ukrainienne a relancé le débat sur l’utilisation sur le sol russe de lance-roquettes multiples, « alors que les forces russes peuvent se trouver de l’autre côté de la frontière, à l’abri d’armes tels que les HIMARS », explique Matthew Savill, directeur des sciences militaires au Royal United Services Institute (RUSI).

De son côté, l’administration Biden estime que l’avantage tactique de l’utilisation d’armes occidentales pour viser le territoire russe est minime, car de nombreuses cibles se sont déplacées plus à l’intérieur des terres, rapporte Politico.

Lorsqu’on lui a demandé quel serait l’avantage militaire de la livraison de Storm Shadows et d’ATACMS pour combattre en Russie, Matthew Savill a répondu que ces deux armes aideraient les Ukrainiens « en sapant la coordination et le ravitaillement des forces russes ».

Cela dit, il a ajouté : « Il existe déjà des preuves que de nombreux avions ont été déplacés loin en territoire russe, hors de portée des ATACMS. En outre, les frappes aériennes utilisant des missiles balistiques ou de missiles de croisière sont lancées à partir de navires russes dans l’est de la mer Noire ou de bombardiers à long rayon d’action basés [pour la plupart] dans les profondeurs de la Russie ».

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, avait déclaré avant l’été que les restrictions étaient la raison pour laquelle l’Ukraine avait les mains liées dans le dos dans cette guerre.

Une prérogative nationale avant tout

Le droit d’appliquer et de lever des restrictions sur l’utilisation d’équipements militaires est une question éminemment politique. Et il appartient au gouvernement qui autorise les dons d’armes fabriquées par son industrie de décider de les lever ou non.

Cette règle s’applique même lorsque ces dons sont financés par des fonds multinationaux tels que la Facilité européenne pour la paix (FEP).

Concrètement, l’avenir des restrictions sur les missiles de fabrication française, par exemple, reste entre les mains de Paris. Par ailleurs, même si les Pays-Bas souhaitent faire don à l’Ukraine d’avions de combat de fabrication américaine, la décision concernant leur utilisation est entre les mains de Washington.

Palianytsia, le missile drone à longue portée (600-700 kilomètres) de fabrication ukrainienne récemment annoncé, pourrait être une solution pour combler le manque de matériel occidental. Volodymyr Zelensky a révélé son existence à la fin du mois d’août et a déclaré qu’il avait été utilisé avec succès pour frapper le territoire contrôlé par la Russie.

Toutefois, les armes produites en Ukraine ont eu un impact limité jusqu’à présent dans la guerre qui oppose Kiev et Moscou depuis février 2022, l’industrie de la défense ukrainienne s’étant principalement concentrée sur les drones.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]