L’UE ne parvient pas à débloquer la situation entre le Kosovo et la Serbie
Les dirigeants européens ont échoué jeudi (27 octobre) à convaincre le Premier ministre kosovar Albin Kurti et le président serbe Aleksandar Vucic de trouver un accord pour apaiser les tensions entre les deux voisins, a annoncé le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.
Jeudi 26 octobre, les dirigeants européens ont échoué à convaincre le Kosovo et la Serbie de franchir une étape importante dans leur tentative de normalisation de leurs relations.
Le Premier ministre kosovar Albin Kurti et le président serbe Aleksandar Vučić se sont entretenus séparément avec de hauts fonctionnaires de l’UE et les dirigeants de la France, de l’Allemagne et de l’Italie en marge d’un sommet de l’UE à Bruxelles.
À l’issue de la réunion, le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, a déclaré qu’une proposition avait été mise sur la table pour surmonter un obstacle majeur à la création d’une association de municipalités à majorité serbe dans le nord du Kosovo.
« Malheureusement, les parties n’étaient pas prêtes à s’entendre sur ce point et les conditions posées par chaque partie étaient inacceptables pour l’autre », a déclaré M. Borrell. « Nous continuerons à insister et à travailler pour obtenir un accord », a-t-il ajouté.
Les deux dirigeants des Balkans se sont renvoyé la responsabilité de l’échec des négociations.
« Malgré l’offre généreuse du Premier ministre Kurti, le président de la Serbie, M. Vučić, a refusé de signer un accord avec le Kosovo », a déclaré le bureau de M. Kurti.
M. Vučić a quant à lui déclaré qu’il était « prêt à signer tout ce que vous voulez, sauf la présence du Kosovo à l’ONU et la question de l’indépendance du Kosovo ».
Bien que les discussions n’aient pas abouti, M. Borrell a déclaré qu’une autre réunion pourrait être organisée prochainement.
« Peut-être devrions-nous quitter le sommet de l’UE et nous asseoir à nouveau avec les dirigeants du Kosovo et de la Serbie pour étudier si nous pouvons trouver une solution par le dialogue. Il n’y a pas d’autre choix. La voie européenne du Kosovo et de la Serbie passe par ce dialogue », a déclaré M. Borrell aux journalistes.
Les dirigeants de l’UE devraient discuter brièvement de la situation en Serbie-Kosovo vendredi (27 octobre) et devraient déclarer dans leur communiqué suite au sommet qu’ils « regrettent l’absence de mise en œuvre par les deux parties de l’accord sur la voie de la normalisation et de son annexe de mise en œuvre, ainsi que d’autres accords conclus dans le cadre du dialogue facilité par l’UE ».
« Le Kosovo et la Serbie doivent poursuivre des efforts soutenus de désescalade et assurer la tenue de nouvelles élections dans le nord du Kosovo dès que possible, avec la participation active des Serbes du Kosovo », ont déclaré les dirigeants de l’UE, selon le dernier projet de conclusions du sommet, vu par Euractiv.
« L’échec de la désescalade des tensions aura des conséquences », ont souligné les dirigeants de l’UE.
Ils demanderont également au Kosovo et à la Serbie de mettre en œuvre, « sans délai ni condition préalable » la création de l’Association/Communauté des municipalités à majorité serbe.
« La normalisation des relations est une condition essentielle sur la voie européenne des deux parties, qui risquent de manquer d’importantes opportunités en l’absence de progrès », déclareront les dirigeants de l’UE.
Bruxelles tente depuis des années de résoudre le différend qui oppose les deux voisins des Balkans et qui s’est intensifié depuis que le Kosovo a déclaré son indépendance de la Serbie en 2008.
L’UE pensait être sortie de l’impasse en élaborant un plan de normalisation des relations en mars, mais aucun progrès n’a été enregistré depuis lors.
Le Kosovo a insisté sur le fait qu’il souhaitait que la Serbie fasse le premier pas en prenant des mesures pour reconnaître officiellement son indépendance, tandis que Belgrade veut d’abord progresser sur l’accord visant à créer une association de dix municipalités à majorité serbe au Kosovo.
Les tensions entre Pristina et Belgrade se sont aggravées après qu’un policier a été tué le mois dernier dans ce que l’UE a qualifié d’« attentat terroriste » perpétré par des paramilitaires serbes dans le nord du Kosovo.
Le Kosovo affirme que la Serbie est à l’origine de l’attaque, ce que la Serbie réfute.
Cette attaque fait suite à des mois de tensions accrues dans le nord du Kosovo, après que les Serbes du Kosovo ont démissionné en masse de toutes les institutions de l’État et du gouvernement, boycotté les élections pour les remplacer, puis protesté contre l’entrée en fonction de maires albanais élus, ce qui a donné lieu à des manifestations et à des violences qui ont blessé une trentaine d’officiers de la force de maintien de la paix au Kosovo (KFOR) de l’OTAN, de journalistes, de policiers et de citoyens.
Le Kosovo, qui compte 120 000 Serbes parmi ses 1,8 million d’habitants, a déclaré son indépendance de la Serbie en 2008, une décision que Belgrade n’a jamais reconnue.
[Article mis à jour à 17h06, avec des éléments complémentaires.]