L’accord UE-Balkans sur les visas accusé d’anti-islamisme [FR]

La Commission européenne doit proposer la possibilité de voyager sans visa aux citoyens de Macédoine, de Serbie et du Monténégro cette semaine, s’attirant les critiques pour de prétendues contradictions dans le projet et pour un part pris défavorable aux minorités musulmanes dans les Balkans occidentaux.

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La Commission européenne doit proposer la possibilité de voyager sans visa aux citoyens de Macédoine, de Serbie et du Monténégro cette semaine, s’attirant les critiques pour de prétendues contradictions dans le projet et pour un part pris défavorable aux minorités musulmanes dans les Balkans occidentaux.

Les citoyens de Macédoine, de Serbie et du Monténégro se verront offrir la possibilité de voyager librement dans l’espace européen Schengen à partir du début de l’année prochaine dans le cadre de projets qui doivent être dévoilés demain (14 juillet) (EURACTIV 10/07/09).

La proposition devra être formellement approuvée par les 27 ministres européens de la Justice, bien que l’unanimité ne soit pas requise.

Les pays de l’espace Schengen comprennent les Etats membres de l’UE, avec pour exception le Royaume-Uni, l’Irlande, la Bulgarie et la Roumanie, en plus d’un certain nombre de pays non européens tels que la Norvège ou l’Islande.

Les Kosovars et les Bosniaques musulmans exclus

Les Jeunes européens fédéralistes (JEF), un mouvement politique proeuropéen qui ne se réclame d’aucune affiliation partisane, a déclaré que cette avancée – bien qu’elle aille dans la bonne direction – créerait de nouvelles divisions et punit de manière injuste les citoyens des Balkans occidentaux.

La conséquence d’offrir aux trois pays des Balkans occidentaux la possibilité de voyager sans visa pénalisera les Bosniaques musulmans et les citoyens de Kosovo, plaident les JEF.

Cela sera probablement interprété par la population comme étant anti-musulman, selon le secrétaire général de JEF, Peter Matjaši?, qui s’exprimait auprès d’EURACTIV.

La Bosnie-Herzégovine a bénéficié de la même feuille de route pour la libéralisation des visas, mais en raison de divisions interethniques, le pays a échoué à faire des progrès dans son processus d’adhésion à l’UE. Ses citoyens ont donc besoin de visas pour entrer dans l’espace Schengen.

Cependant, JEF met en avant qu’alors que les Serbes bosniaques et les Croates bosniaques pourront faire valoir leur double nationalité et obtenir des passeports sans visa, les musulmans bosniaques n’auront pas cette opportunité.

Pour ce qui est du Kosovo, ses citoyens resteront exclus du système de libéralisation des visas. Reconnaissant les divisions européennes sur le statut juridique du Kosovo (l’Espagne, la Slovaquie, Chypre et la Roumanie n’ont pas reconnu son indépendance), JEF détecte des contradictions dans les politiques européennes à l’égard de l’ancienne province serbe.

En réalité, de nombreux résidents du Kosovo ont fait leur demande pour les nouveaux passeports biométriques mis en place par le gouvernement serbe, mais la Commission européenne a déclaré que leur détenteur ne bénéficierait pas du voyage sans visa s’ils résident au Kosovo.

Si le Kosovo est considéré comme une partie de la Serbie, ses habitants devraient se voir reconnaître le droit de voyager sans visa comme le reste du pays. Au contraire, si le Kosovo est reconnu comme un Etat indépendant, il devrait être amené à la libéralisation des visas, a expliqué JEF.

JEF s’abstient de dire que les programmes de libéralisation des visas ne punissent que les populations musulmanes des Balkans occidentaux. Cependant, il cite un Bosniaque de 24 ans qui a grandi à Sarajevo lors du siège de 1992-1995, qui a dit qu’on s’attendait à ce que les victimes acceptent que des criminels de guerre toujours en cavale comme Ratko Mladi? auront un meilleur passeport que le leur, et seront dès lors autorisés à voyager sans visa.

Des diplomates ont récemment affirmé à EURACTIV qu’il existait dans les cercles européens la crainte de voir des vagues de migration albanaise ethnique, en particulier en provenance d’un Kosovo appauvri et ravagé par la criminalité, mais aussi d’Albanie elle-même.