L'adhésion du Kosovo peine à s'imposer dans l'agenda européen

Alors qu'un élu local serbe a été assassiné au Kosovo, le processus d'adhésion semble rester lettre morte à la Commission européenne, malgré des appels répétés de la nouvelle république.  

EURACTIV.fr
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Alors qu'un élu local serbe a été assassiné au Kosovo, le processus d'adhésion semble rester lettre morte à la Commission européenne, malgré des appels répétés de la nouvelle république.  

La ministre kosovare chargée des Affaires européennes, Vlora Çitaku, s'est exprimé le 16 janvier en faveur d'une accélération du processus d'adhésion du pays au sein de l'UE, alors que le Parlement européen a adopté une résolution sur la Serbie et le Kosovo . 

Le Kosovo, qui a déclaré son indépendance en 2008, est le seul pays de la région dont les citoyens ne peuvent pas circuler librement au sein de l'espace Schengen.

En retard par rapport à d'autres États des Balkans sur la question de l'adhésion à l’UE, le Kosovo doit en effet faire face à des difficultés au niveau national et possède un statut international complexe qui soulève bien des craintes politiques, notamment parmi des pays comme l'Espagne. Madrid pense que reconnaître l'indépendance de l'ancienne province serbe pourrait encourager les mouvements sécessionnistes sur son propre territoire.

La question du régime des visas patine

Malgré les appels du Parlement européen et du gouvernement kosovar en faveur d'une accélération du processus de la libéralisation du régime des visas, la Commission européenne n'a rédigé jusqu'à maintenant qu’un seul rapport et n'a envoyé qu'une seule mission de surveillance dans le pays, selon une déclaration de Vlora Çitaku le 16 janvier dernier.

« 1,7 million de Kosovars sont complètement isolés. […] Depuis que le dialogue a été lancé [entre l’UE et le Kosovo], nous n'avons reçu qu'un seul rapport et accueilli qu’une seule mission européenne, même si nous nous sommes conformés à toutes les exigences, » a-t-elle poursuivi.

Contrairement à ses voisins, le Kosovo s’est vu imposer plus de 100 conditions à remplir, a indiqué la ministre.

« C'est normal, [ces conditions] nous servent d'orientation, nous ne le prenons pas personnellement ; nous aimerions néanmoins que la Commission soit plus réceptive, nous demandons d’interagir davantage [avec elle] », a-t-elle continué.

Son point de vue est partagé par la majorité des eurodéputés. Ces derniers ont adopté le 16 janvier dernier une résolution en vue d'accélérer le processus d'adhésion du Kosovo et de cesser de garder le Kosovo « dans un processus d'adhésion différent de celui des autres pays des Balkans. »

Les tensions restent vives entre la Serbie et le Kosovo, malgré un accord de normalisation des relations entre les pays signé en avril 2013, qualifié « d'historique » par la communauté internationale.

Enquête sur l'assassinat d'un homme politique serbe

Un élu local serbe, Dimitrije Jani?ijevi?, est décédé à la suite d’une attaque à l'arme automatique devant son domicile dans la ville de Mitrovica dans la nuit du 15 au 16 janvier.

La police kosovare et EULEX, la mission de police de l'Union européenne dans le pays, vont mener l'enquête. Mais les médias et représentants politiques affirment que l'assassinat constitue une tentative de certains militants extrémistes de déstabiliser les efforts de pacification entre les deux pays. Et ainsi compromettre le fragile accord obtenu par l'UE en avril 2013.

Le nord du Kosovo est peuplé principalement de Serbes. Belgrade a eu la main sur cette région pendant des années.

« Après 15 ans, nous constatons une évolution de la politique serbe. La situation dans le nord est le résultat des politiques menées par Belgrade durant des années. La capitale serbe a financé et maintenu toutes les structures institutionnelles de la région et maintenant elle doit faire face au monstre qu'elle a créé, » selon Vlora Çitaku. Elle a indiqué que les gouvernements kosovars successifs n'ont jamais cherché « à assimiler les Serbes dans le nord », mais plutôt « à les intégrer ».

« Nous ne cherchons pas à étendre notre autorité, mais seulement nos services vers le nord, » a-t-elle précisé, précisant que deux tiers des Serbes au Kosovo vivent dans le sud du pays, où ils sont « très bien intégrés et représentés ».

Le premier ministre serbe, Ivica Da?i?, a déclaré de son côté que l'assassinat de Dimitrije Jani?ijevi? aura certainement des conséquences.

« Chaque tentative de déstabilisation menace d'anéantir la paix et la stabilité dont jouissent les citoyens, » a-t-il prévenu. Ivica Da?i? a également assuré que Belgrade prendrait part à l'enquête sur ce meurtre et retrouverait l'assassin.

Les négociations d'adhésion à l'UE débutent

L'UE a également demandé à ce qu'une enquête complète soit menée sur l'assassinat. En aucun cas, elle remet en cause les progrès réalisés dans le cadre du processus d'adhésion de Belgrade à l'UE.

Le pays va entamer officiellement ses négociations d'adhésion avec l'Union européenne le 21 janvier. Les spécialistes prévoient que le pays ne mettra pas plus de sept ans pour rejoindre les Vingt-huit.

Ceci étant dit, la Serbie est toujours confrontée à des défis en matière de réforme, notamment sur les questions de corruption, de crime organisé et de réformes économiques.

« La constitution serbe considère toujours le Kosovo comme une partie intégrante du territoire national. La Serbie doit [également] s'attaquer à cet esprit de centralisation qui joue un rôle tellement important dans l'élaboration des politiques, » a ajouté György Schöpflin, eurodéputé de Parti populaire européen (PPE), après l'adoption de la résolution sur la Serbie au Parlement européen.