L'Afrique occidentale, un marché florissant pour les déchets de l'UE

Les Européens ont l'interdiction d'exporter des déchets électroniques dangereux dans les autres pays, mais une récente étude démontre que le marché des exportations de ce type de déchets vers l'Afrique est très florissant.

EURACTIV.fr
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Les Européens ont l'interdiction d'exporter des déchets électroniques dangereux dans les autres pays, mais une récente étude démontre que le marché des exportations de ce type de déchets vers l'Afrique est très florissant.

Des mesures sont prises pour renforcer les règles de l'UE sur l'élimination des anciens appareils électroménagers, téléviseurs, téléphones mobiles et ordinateurs. Ces règles sont entérinées au sein de la directive relative aux déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE).

A peine un tiers de ces appareils sont recyclés dans leur pays d'origine et les deux tiers restants sont entreposés dans des décharges, selon les chercheurs. Des milliers de tonnes de produits électroniques sont cependant exportées dans des pays plus pauvres où les composants informatiques de seconde main et les métaux recyclés ont beaucoup de valeur.

« Une grande partie de ces exportations sont illégales ou non loin de l'être », a déclaré Andreas Manhart de l'Institut Öko d'écologie appliquée en Allemagne. Il a collaboré à la récente étude, intitulée « DEEE ? Où en sommes-nous en Afrique ? » et réalisée par le Programme des Nations unies pour l'environnement.

Les modifications envisagées pour la directive DEEE devraient faire passer le fardeau du contrôle des cargos des agents de douane aux exportateurs. Pour l'instant, les pays d'Afrique occidentale, dont le Bénin, la Côte d'Ivoire, le Ghana, le Liberia et le Nigeria, absorbent des dizaines de milliers de tonnes de déchets électroniques européens chaque année.

L'étude réalisée par l'ONU révèle que 220 000 tonnes de déchets électriques et électroniques européens ont été envoyées en Afrique occidentale en 2009. Un forum panafricain sur les déchets électroniques débutera demain (14 mars) dans la capitale kényane de Nairobi.

Rien qu'au Ghana, 30 % des importations des produits de seconde main seraient inutilisables, ce qui mettrait les efforts de l'UE en péril, elle qui souhaite que ces produits électroniques puissent être réutilisés. Le rapport de l'ONU montre que 85 % des conteneurs avec des produits électriques et électroniques qui arrivent au Ghana proviennent d'Europe. Quelque 4 % d'entre eux proviendraient d'Asie.

« Dans la pratique, il est très difficile pour les agents des douanes de faire la différence entre ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas », a expliqué M. Manhart lors d'un entretien téléphonique.

Les autorités affirment que les déchets illicites sont généralement cachés au sein de conteneurs transportant une autre cargaison légale, dans le but de tromper les inspecteurs.

Avertissement d'Europol

En août 2011, Europol a annoncé que les déversements de déchets illégaux (dans des mines et des carrières de gravier abandonnées) étaient en pleine croissance en Europe et que de plus en plus de ces déchets étaient envoyés en Afrique à partir de l'Italie et du nord de l'Europe.

« Les criminels exploitent les coûts élevés de la gestion des déchets et encaissent des bénéfices énormes grâce au trafic et aux décharges en contournant la législation sur l'environnement », a déclaré dans un communiqué l'agence chargée de faire respecter le droit européen.

La réutilisation d'ordinateurs et d'autres appareils de seconde main, comme les pièces de vélo, est en train de devenir une activité majeure dans certaines parties de l'Afrique où les normes environnementales sont bien moins strictes qu'en Europe, ou moins respectées. Les importations en provenance de l'Europe ont augmenté au cours de la décennie précédente, mais elles ont faibli en 2009 en raison de la crise économique, selon les données de l'ONU.

Mais cette activité a un prix.

M. Manhart a notamment cité les risques pour la santé et l'impact sur l'environnement de la combustion des revêtements des câbles électriques visant à récupérer le cuivre qui peut ensuite être revendu et recyclé.

Le PNUE affirme que les déchets issus des appareils réfrigérants et des ordinateurs contiennent des toxines et des polluants qui peuvent comporter des risques importants pour la santé, ainsi que pour la qualité de l'air et de l'eau. Les principaux polluants concernés sont le plomb, le mercure et des substances qui perturbent le système endocrinien comme les retardateurs de flammes bromés.

En outre, bon nombre des personnes qui travaillent dans la ferraille et dans les décharges contenant des déchets électroniques sont des enfants, parfois âgés de seulement cinq ans.

Le PNUE réclame des contrôles plus stricts dans les pays d'Afrique. Leurs propres déchets électroniques commencent en effet à constituer un réel problème également.

« La gestion efficace des quantités croissantes de déchets électroniques produites en Afrique et dans d'autres pays du monde constitue une part importante de la transition vers une économie verte à faible intensité de carbone et efficace dans l'utilisation des ressources », a déclaré dans un communiqué lors de la publication du rapport sur les DEEE Achim Steiner, le directeur exécutif du PNUE.