L’émissaire au climat de Barack Obama jette le doute sur le protocole de Kyoto

Le négociateur en chef sur le changement climatique du président Barack Obama a formulé des réserves concernant l’avenir du protocole de Kyoto, jetant ainsi le doute sur les résultats de discussions cruciales sur le climat prévues en décembre, en Afrique du Sud.

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Le négociateur en chef sur le changement climatique du président Barack Obama a formulé des réserves concernant l’avenir du protocole de Kyoto, jetant ainsi le doute sur les résultats de discussions cruciales sur le climat prévues en décembre, en Afrique du Sud.

Todd Stern, l'émissaire du président en charge du dossier sur le changement climatique, a déclaré que l'Union européenne était le seul «acteur principal » qui soutiendrait peut-être le protocole après l'expiration de ses dispositions en 2012. Le manque de soutien de la part des autres pays est de mauvais augure pour les prochaines discussions de Durban.

Le protocole de Kyoto est un accord international qui impose aux pays signataires des limitations sur les émissions de gaz à effet de serre qui a été négocié en 1997 dans la ville japonaise de Kyoto.

Kyoto est l'unique traité qui engage presque tous les pays industrialisés du monde à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, mais Todd Stern doute de son avenir.

« Des principaux acteurs du protocole de Kyoto, j'ai le sentiment que l'UE est le dernier à continuer d'envisager de signer d'une manière ou d'une autre un engagement pour une seconde période. Il est certain que le Japon ne le fera pas, la Russie et le Canada non plus et l'Australie sûrement pas non plus ».

Cette allusion très générale, provenant toutefois de l'une des figures le plus influentes des discussions, laisse entendre que les négociations pourraient être bloquées à moins que le protocole de Kyoto ne soit abandonné.

En coulisse, de nombreux experts estiment que les discordes concernant l'avenir du protocole risquent de ne mener nulle part. Sir David King, ancien conseiller scientifique en chef du gouvernement britannique, a récemment confié au Guardian que le protocole devait être abandonné, car c'était l'unique entrave à un nouvel accord international sur la lutte contre le changement climatique.

L'avenir du protocole est une question clé pour les négociations climatiques des Nations Unies, car la plupart des grands pays en développement ont spécifié que le traité de 1997 devrait perdurer en tant que condition à tout futur accord sur le climat.

Ces pays en développement sont furieux que les pays riches pensent à mettre de côté ce protocole durement négocié, alors qu'ils souhaitent qu'il serve de fondement à tout nouvel accord.

Ce désaccord entre pays développés et en développement sur la question d'abandonner ou non le protocole était l'une des principales raisons pour lesquelles le sommet sur le climat de Copenhague, en 2009, n'était pas parvenu à une conclusion claire.

Les Etats-Unis ne prennent pas part aux discussions du protocole de Kyoto, car ils n'ont jamais ratifié le traité et le gouvernement actuel a suivi l'exemple de ses prédécesseurs en déclarant qu'il ne le ferait pas.

Toutefois, en tant que négociateur en chef du changement climatique de la plus grande économie mondiale, la position de M. Stern pèse lourd dans le débat concernant de possibles mesures internationales à l'avenir.

« Le protocole de Kyoto est l'un des points les plus difficiles, sinon le plus difficile, des négociations », a admis Todd Stern. « Les Etats-Unis ne font pas partie de ces discussions mais de ce qu'il adviendra du protocole dépendent les accords relatifs à de futurs régimes et ceux-ci font encore l'objets de discussions polémiques et difficiles ».

Il a déclaré que les Etats-Unis avaient participé, ces derniers jours, à des conversations concernant les futurs régimes internationaux sur le contrôle des émissions de gaz à effet de serre, ainsi que la question du recours à un régime mondial unique de réductions d'émissions ou à un régime qui pourrait fonctionner en continuité avec le protocole de Kyoto. Déterminer si tout futur régime devait être juridiquement contraignant faisait également partie des questions abordées.

Toutefois, M. Stern a déclaré qu'il n'y avait pas eu de discussions visant avancer sur l'éventualité qu'un petit nombre de pays fonctionne en dehors du cadre de l'ONU. Certains pays ont critiqué de manière informelle le processus des Nations Unies, en raison de la nature bureaucratique et pesante de ses négociations.

Todd Stern a annoncé que les Etats-Unis n'approuveraient pas un nouveau régime relatif au climat qui contiendrait des « trappes d'évacuation » pour certains pays, et a laissé entendre que les pays actuellement qualifiés d’« en développement » devraient être tenus de s'engager à réduire leurs émissions.

« Cet accord ne peut être conclu à partir des catégories de pays qui ont été instaurées en 1992 [lorsque le traité parent du protocole de Kyoto a été signé], a-t-il déclaré. Dans ce traité parent, la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, que les Etats-Unis ont signé, les économies telles que le Brésil, la Chine et l'Inde ont été considérées comme étant en développement et ont donc échappé aux obligations de réduire leurs émissions.

Toutefois, la croissance rapide de ces économies ces vingt dernières années a modifié la donne internationale, selon les Etats-Unis.

Les paroles de Todd Stern indiquent que les grandes économies émergentes, telles que la Chine – la seconde économie d'exportation au monde – devraient prendre des engagements contraignants si les Etats-Unis envisageaient d'en faire autant.

Lors des négociations de Copenhague et de Cancún l'année dernière, la Chine, l'Inde et quelques autres grandes économies émergentes ont accepté de limiter la future augmentation de leurs émissions, mais elles ne sont pas formellement engagées à les réduire de manière absolue, et les accords qui en ont résulté n'ont pas le statut juridique d'un traité pleinement abouti tel que le protocole de Kyoto.

Todd Stern a insisté sur le fait qu'il n'était « pas pessimiste » concernant les perspectives de progrès importants à Durban en faveur d'un accord international sur le climat.

Personne ne s'attend à ce qu'un nouvel accord de taille soit signé cette année. Il y aura toutefois une autre conférence, plus importante, à la fin de l'année prochaine à Rio de Janeiro.

 Fiona Harvey pour The Guardian – Article traduit de l’anglais par EURACTIV