L'Europe « perd en crédibilité » sur les droits de l'Homme
Si elle continue à considérer les immigrés comme des personnes « totalement non désirées », l'Europe sera très peu crédible lorsqu'elle évoquera les droits de l'Homme au cours des forums internationaux, prévient Thomas Hammarberg, commissaire responsable des Droits de l'Homme au Conseil de l'Europe.
Si elle continue à considérer les immigrés comme des personnes « totalement non désirées », l'Europe sera très peu crédible lorsqu'elle évoquera les droits de l'Homme au cours des forums internationaux, prévient Thomas Hammarberg, commissaire responsable des Droits de l'Homme au Conseil de l'Europe.
Lors d’un entretien exclusif accordé à EURACTIV, M. Hammarberg a déclaré que la Tunisie avait été un « modèle pour toutes les politiques concernant les réfugiés dans le monde entier » malgré d’énormes pressions migratoires à ses frontières.
La Tunisie est confrontée à une situation difficile suite à la « révolution de Jasmin » de janvier, mais elle a malgré tout accueilli « à bras ouverts » plus d’un quart de million de réfugiés venus de Libye, a indiqué M. Hammarberg.
« En revanche, les 500 millions d’Européens ferment leurs portes, renvoyant des bateaux entiers, traitant ceux qui viennent en Europe comme s’ils étaient totalement indésirables. Je pense que c’est très triste. C’est la preuve que l’Europe ne respecte pas ses propres déclarations concernant les droits de l’Homme », a-t-il dit.
M. Hammarberg présentait son nouveau livre, intitulé « Human rights in Europe: no grounds for complacency » (« Droits de l’Homme en Europe : pas de place pour la complaisance »), au Centre d’études de la politique européenne (CEPS) hier (4 mai).
Le commissaire aux droits de l’Homme a critiqué de récentes décisions visant à réinstaurer les contrôles aux frontières intérieures de l’espace Schengen qui enverraient des signaux négatifs au reste du monde.
« Je crois en effet que nous sommes face à une situation très malheureuse alors que l’Europe se ferme encore plus et commence à réinstaurer ses frontières de manière à envoyer des signaux négatifs quant à l’accueil des réfugiés et des immigrés venus d’autres parties du monde », a-t-il déclaré.
Sans nommer la France ou l’Italie, il a critiqué les actions de certains gouvernements, affirmant qu'elles étaient en contradiction avec les normes déjà établies en matière de droits de l’Homme.
Concernant le président français, Nicolas Sarkozy, dont les actions paraissent largement motivées par les élections présidentielles de 2012, M. Hammerberg a mis en garde contre la xénophobie alimentée par la politique politicienne intérieure.
« Je suggère plutôt, au lieu de céder à ce type de tendances xénophobes, que les personnalités politiques importantes se lèvent et expliquent pourquoi nous devons nous soucier des gens qui sont désespérément dans le besoin à l’autre bout du monde et voir cela sous un angle humanitaire. Mais ils ne le font pas. Ils battent en retraite et trahissent les principes fondamentaux des droits de l’Homme alors que je croyais que l’Europe les honorerait »,a-t-il ajouté.
M. Hammarberg a également affirmé que le problème, apparu en juillet dernier en France avec l’expulsion en masse de Roms, était loin d’être résolu.
« Ce n’était pas une solution de les arrêter, de les renvoyer et de mal les traiter », a-t-il déclaré.
Sur un autre thème, M. Hammarberg a qualifié de « malheureuse » la décision de la Commission européenne de donner son feu vert aux amendements d’une loi controversée sur les médias en Hongrie, alors que le Conseil de l’Europe avait quant à lui adoptée une position plus critique.
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