L’ inquiétude sur l’économie française persiste malgré la clémence apparente de l'UE

L’exécutif européen a inauguré la coordination budgétaire en zone euro en émettant des avis sur les projets de budget. La France est la cible de critiques mesurées à Bruxelles, nettement plus sévères ailleurs.

EURACTIV.fr
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L’exécutif européen a inauguré la coordination budgétaire en zone euro en émettant des avis sur les projets de budget. La France est la cible de critiques mesurées à Bruxelles, nettement plus sévères ailleurs.

Jusqu'ici tout va bien. Voilà en substance le message de la Commission aux différents gouvernements européens qui lui ont soumis leur budget 2014.

Pour la première fois, le pouvoir exécutif bruxellois tente de coordonner en amont les prévisions de budgets nationaux. Un exercice délicat , mais démarré en douceur : la Commission n’a adressé que des satisfecit voire de légères remontrances aux pays de la zone euro, quand bien même les finances de l’Italie ou de l’Espagne montrent de sérieux signes de tension.

« Cette fois ce n’est pas le cas, mais si nous avions un plan budgétaire non conforme, les règles budgétaires renforcées pourraient s’appliquer » a prévenu le vice-président de la Commission, Olli Rehn, agitant la menace de sanctions financières potentielles.

Des prévisions jugées réalistes

Pour la France, la Commission salue, non sans une certaine surprise, le réalisme des prévisions qui ont prévalu lors de l’établissement du budget 2014. Du moins dans les prévisions de croissance, plutôt modestes, anticipées par le gouvernement français.

Le ministère des Finances avait pour usage de pécher par excès d’optimisme, anticipant une croissance et donc des ressources financières issues des impôts plus importantes que la réalité.  Pour 2014, la prévision de croissance  n’a rien de bien folichon, à 0,9%.

Un réalisme qui peut être attribué à la mise en place d’un Haut conseil des finances publiques, indépendant, qui veille désormais sur le réalisme des prévisions françaises.

Zéro marge de manoeuvre

En revanche, la Commission a aussi alerté sur le fait que la France ne disposait d’aucune marge de manœuvre pour contenir son déficit budgétaire, et que le déficit structurel du pays restait trop élevé. Selon un conseiller de la direction générale des affaires économiques, la Commission n'accorde qu'une confiance limitée à la capacité de la France à réaliser les économies annoncées pour 2014.

Le ministre des Finances, Pierre Moscovici s’est pourtant empressé de se féliciter de la position modérée de la Commission, estimant que le budget 2014 avait été validé « sans réserve » par l’exécutif européen.

Le commissaire Michel Barnier a eu de son côté des propos qui montrent que la période électorale approche : il s’est félicité d’un redressement engagé sous Nicolas Sarkozy et François Fillon, dont le tandem avait pourtant significativement amplifié le niveau de la dette publique.

«Nous jugeons que la France a fait un effort important pour la réduction de son déficit. Elle avait engagé ce redressement sous Nicolas Sarkozy et François Fillon. Elle poursuit cet effort pour 2013 et 2014 » a assuré le commissaire au marché intérieur.

La Commission a toutefois fait passer de vraies critiques de fond sur le budget français dans son message. En soulignant notamment que le pays n’avait aucune marge en cas de dérapage, et aussi en anticipant ce dérapage : les réductions de coûts prévues en 2014, notamment dans la fonction publique en général et les hôpitaux en particulier, semblent peu crédibles selon un porte-parole bruxellois.

La réforme des retraites à la traîne

Et les services de Bruxelles sont aussi inquiets sur l’évolution à long terme des finances publiques. Selon eux, les réformes structurelles restent à faire.

« La réforme du système des retraites montre la voie, mais elle ne concerne que le régime général, alors qu’il faudrait s’attaquer à la série de régimes particuliers » assure un fonctionnaire, qui cite les lourdeurs administratives dans les services, comme le notariat ou les experts-comptables, qui pénalisent le dynamisme de l'économie

La Commission n’est pas seule à montrer une certaine inquiétude vis-à-vis de la France.

Le ministre de l’Économie suédois, le jeune et charismatique Anders Borg, a aussi jugé vendredi lors du conseil Ecofin que l’Hexagone était dans une « situation économique vraiment préoccupante. Elle continue à perdre en compétitivité, elle a un chômage très élevé, elle a des problèmes significatifs de viabilité à long terme », a déclaré le ministre. Antikeynésien, de droite, le ministre a à son actif le dynamisme de l’économie suédoise constaté ces dernières années.

Pour la Suède, la France est la future Grèce

La presse suédoise s’était inquiétée, plus que la presse française, du recul de l’économie française au troisième trimestre, notamment dans cet article publié par Dagens Industri. Le quotidien y estime que la France est désormais « une plus grande menace pour l’euro que la Grèce ».

Si les termes de la Commission sont nettement plus mesurés, l’exécutif européen a toutefois prévenu : il n’a pas l’intention d’avoir la moindre complaisance pour l’Hexagone dont la croissance repart, même modestement.

« Il faut que l’économie française crée plus d’emplois, et pour cela la poursuite des réformes structurelles est fondamentale » a avancé Olli Rehn.