L’Islande entame ses négociations alors que la demande turque reste gelée

Lors d’une visite en Turquie hier (27 juillet), le premier ministre britannique David Cameron a critiqué ceux qui mettent des bâtons dans les roues de la Turquie au niveau des discussions d'adhésion, soulignant un vif contraste avec l’Islande, qui a commencé ses discussions un an exactement après avoir soumis sa demande d’adhésion. EURACTIV Turquie a contribué à cet article.

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Lors d’une visite en Turquie hier (27 juillet), le premier ministre britannique David Cameron a critiqué ceux qui mettent des bâtons dans les roues de la Turquie au niveau des discussions d'adhésion, soulignant un vif contraste avec l’Islande, qui a commencé ses discussions un an exactement après avoir soumis sa demande d’adhésion. EURACTIV Turquie a contribué à cet article.

Lors de sa première visite en Turquie, David Cameron a dénoncé les progrès frustrants pour Ankara sur la route de l'adhésion à l'UE.

Je suis ici pour plaider en faveur de l'adhésion de la Turquie à l'UE. Et pour me battre pour cette adhésion, a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse conjointe avec le premier ministre turc Recep Tayyip Erdo?an.

La Turquie a démarré ses négociations d'adhésion avec l'UE en 2005, mais jusqu'ici moins de la moitié des 35 chapitres de négociation ont été ouverts (voir le LinksDossier d'EURACTIV sur les relations UE Turquie).

Huit chapitres sont restés bloqués : cinq par la France, trois par l'Autriche et l'Allemagne et deux par Chypre, selon des renseignements.

Sans nommer la France et l'Allemagne, qui ont suggéré de substituer à l'adhésion de la Turquie à l'UE un partenariat privilégié, M. Cameron a évoqué le préjudice subi par Ankara.

Il a dit que ceux qui sont opposés à l'adhésion turque rentraient dans trois catégories : les protectionnistes qui voient l'économie croissante de la Turquie comme une menace, les "polarisés" qui pensent que le pays devrait choisir entre l'Orient et l'Occident, et ceux qui sont remplis de préjugés et qui s'obstinent à comprendre l'Islam de travers.

Je soutiendrai toujours que les réelles valeurs de l'Islam ne sont pas incompatibles avec les valeurs de l'Europe. Que l'Europe n'est pas définie par la religion, mais par des valeurs, a affirmé M. Cameron.

Interrogé sur les déclarations de M. Cameron, un porte-parole de la Commission a dit que le commissaire à l'élargissement Štefan Füle avait salué le fait que M. Cameron ait élevé la voix contre les préjugés anti-Musulmans.

Nous sommes ravis que le Royaume-Uni aide à encourager le processus d'adhésion de la Turquie, a-t-il ajouté.

Promotion accélérée pour l'Islande

Les commentaires de M. Cameron ont coïncidé avec l'ouverture formelle des négociations d'adhésion de l'Islande, un an seulement après que le pays ait remis sa candidature d'adhésion à l'UE.

Le processus d'examen de la législation de l'Islande va commencer en novembre, a annoncé M. Füle. Nous espérons finir ce processus avant la fin de l'été prochain, a-t-il affirmé, se montrant optimiste quant au rythme des négociations.

Il a assuré que les négociations traiteraient dès le départ des questions les plus controversées entre Bruxelles et Reykjavik, comme les pêcheries, l'agriculture, l'environnement et les services financiers, mais également la réforme du système judiciaire et le conflit d'intérêt de la libre circulation des capitaux (EURACTIV 27/07/10).

Le commissaire n'a pas exclu la possibilité que l’on puisse ouvrir certains chapitres avant même que le processus d'examen soit terminé.

Le ministre islandais des affaires étrangères Össur Skarphedinsson a confirmé sa volonté de trouver un compromis avec l'UE sur ces questions, et a été rapide pour insister sur le fait qu'ils n'arrivaient pas les mains vides.

S'exprimant lors d'une conférence de presse conjointe avec le commissaire à l'élargissement M. Füle et la présidence belge de l'UE, M. Skarphedinsson a dit que l'Islande pouvait offrir son savoir-faire en matière d'énergie géothermique. En effet, cette source d'énergie renouvelable est une ressource clé sur l'île, tandis qu'elle est encore sous-développée dans le reste de l'Europe, a-t-il expliqué.

Le ministre des affaires étrangères nordique a également attiré l'attention sur le rôle géopolitique que l'Islande devrait jouer en conséquence des calottes glacières qui fondent dans l'Arctique, qui accueillerait un cinquième des ressources de gaz et de pétrole non exploitées du monde.

Il a également proposé l'expertise locale islandaise dans les pêcheries comme un moyen d'améliorer la méthode de l'UE pour garantir la durabilité à long terme des stocks, utilisant au bénéfice de son pays un sujet qui est une cause d'inquiétudes en Europe, a-t-il dit.

Bruxelles veut interdire la pêche à la baleine mais Reykjavik insiste sur le fait que cela fait partie de la culture du pays et s'effectue de façon durable sans mettre les baleines en danger.

La pêche à la baleine n'est pas un problème. Parfois on pourrait le penser, mais il est également certain que nous réalisons cette pratique de manière durable. Nous ne pouvons pas dire à l'avance si l'Islande devrait cesser la pêche à la baleine. C'est l'une des questions délicates qui devront être résolues lors des négociations. Mais je suis certain que nous trouverons une solution, a-t-il insisté.

Concernant la controverse financière avec le Royaume-Uni et les Pays-Bas sur la banque Icesave, M.  Skarphedinsson a souligné une fois de plus qu'il s'agissait d'une question bilatérale. Je ne pense pas que cela interférera dans les négociations, et si tel est le cas, ce serait déplorable, a-t-il affirmé.

Le dernier obstacle à l'adhésion de l'Islande à l'UE pourrait venir du pays lui-même, car une majeure partie de la population est toujours contre l'adhésion. Un référendum sera nécessaire pour donner le feu vert final à une éventuelle adhésion.

Le commissaire Füle a reconnu qu'il était inquiété par le manque de soutient du peuple islandais à l'adhésion à l'UE. Le pays a besoin de recevoir plus d'informations sur l'UE, a-t-il souligné.

La Serbie également négligée?

Faisant écho aux remarques de M. Cameron sur la Turquie, plusieurs pays de l'UE pensent que Bruxelles néglige aussi la Serbie, surtout après le récent arrêt de la Cour internationale de Justice qui a confirmé la légalité de la déclaration d'indépendance du Kosovo.

Plus tôt dans la semaine, le ministre des affaires étrangères italien Franco Frattini a appelé à une réelle avancée en faveur de l'adhésion de la Serbie à l'UE. 

Il a dit que cela signifierait de transférer les fichiers adéquats du secrétariat du Conseil à la Commission afin de recevoir un avis sur la candidature de Belgrade, une étape cruciale dans les longues procédures européennes.

Lors de la même rencontre, d'autres pays de l'UE ont montré de la compassion envers la Serbie, mais la haute représentante de l'UE aux affaires extérieures Catherine Ashton a calmé les esprits en insistant sur le fait qu'aucune discussion sur le rythme des discussions Serbie-UE n'avait eu formellement lieu durant le Conseil.

La présidence belge s'est quant à elle montrée plus conciliante.

Nous voulons montrer notre volonté d'avancer avec tous les pays qui aspirent à devenir membres de l'UE. Le processus islandais devrait donner un élan positif aux relations avec l'Islande, mais en aucun il ne devrait être considéré comme un processus exclusif. C'est un signe qui montre que l'élargissement est important pour nous, a dit hier le ministre intérimaire des affaires étrangères belge, Steven Vanackere.