L’OFCE s’inquiète des mesures d’austérité dans la zone euro

La cure d’austérité que s’infligent les pays de la zone euro devrait mettre un frein à leur croissance économique en 2012. L’OFCE met également en garde contre un défaut de la Grèce, qui provoquerait un scénario similaire à celui qui a suivi la faillite de Lehman Brothers.

EURACTIV.fr

La cure d’austérité que s’infligent les pays de la zone euro devrait mettre un frein à leur croissance économique en 2012. L’OFCE met également en garde contre un défaut de la Grèce, qui provoquerait un scénario similaire à celui qui a suivi la faillite de Lehman Brothers.

L’année 2010 a été porteuse de faux espoirs pour la zone euro. Reprise de la production industrielle, enquêtes de conjoncture prometteuses et créations d’emploi, tous ces indicateurs sont à nouveau en repli depuis quelques mois et pourraient augurer d’un « retour en enfer » l’an prochain.

C’est en tout cas l’un des scénarios envisagés par l’OFCE qui a publié, vendredi 14 octobre, ses perspectives 2011 et 2012 pour l’économie mondiale. 

La restriction entraîne la récession

En voulant y aller par la manière forte, pour rassurer les marchés sur la viabilité de leurs finances publiques, les États européens sont en train de se tirer une balle dans le pied, estime l’OFCE. Le Centre de recherche économique de Sciences Po prévoit une division presque par deux du taux de croissance dans la zone euro entre 2011 et 2012, de 1,6% à 0,9% du PIB. 

Afin de préserver leur note souveraine AAA, qui leur permet d’emprunter à des conditions favorables sur les marchés, ou d’éviter un nouveau déclassement pour les pays en difficulté, les États se sont fixé l’objectif ambitieux de ramener leur déficit public à 3% du PIB en 2013.

Mais loin d’y arriver –certains pays, dont la France et l’Italie, ont déjà dû renchérir leurs programmes d’austérité budgétaire–, ils risquent surtout de s’enliser dans un cercle vicieux d’austérité et de ralentissement de l’activité, explique l’Observatoire français.  

« Les mesures d’austérité annoncées vont peser sur les demandes intérieures de chaque pays mais aussi sur la demande adressée aux pays voisins, de telle sorte que l’effet des resserrements budgétaires va se démultiplier », peut-on lire dans leur dernière note de conjoncture.

Différents scénarios, côté français

Côté français, les perspectives de l’OFCE sont plutôt sombres. Après une hausse de son PIB de 1,6% cette année, la France devrait connaître un taux de croissance de 0,8% en 2012.

L’institut estime que l’État français n’atteindra pas son objectif de déficit budgétaire de 4,5% de son PIB en 2012. Il table plutôt sur un déficit de l’ordre de 5,2%.

Pour tenir ses engagements, le gouvernement devra prendre de nouvelles mesures d’austérité. Mais le pays risquerait alors d’entrer en récession l’an prochain, avec un taux de croissance de -0,5%. Le Centre de recherche prédit un scénario encore plus alarmiste dans le cas où ses voisins atteindraient eux aussi leurs objectifs budgétaires en 2012. La France connaîtrait alors une récession de l’ordre de 1,7% de son PIB, et l’Allemagne, de 0,3%.  

Divergences dans la zone euro

Le Portugal et la Grèce ne verront toujours pas le bout du tunnel l’an prochain. L’OFCE prévoit des taux de croissance de -2,1% et -2,2% du PIB en 2012 après -1,9% et -4,9% du PIB en 2011, respectivement.

Si l’Allemagne a longtemps été un outsider, avec une croissance de 3,6% de son PIB en 2010, elle ne sera pas épargnée par le ralentissement de l’activité mondiale.

Tandis que l’OFCE table sur 1,2% de croissance en 2012 après 2,9% en 2011, les instituts de statistique allemands se montrent plus pessimistes. L’institut RWI s’attend à un taux de croissance de 0,8%, du fait d’une baisse anticipée de la demande intérieure et des exportations.

« Lehman Brothers en Europe »

Ouvrant la discussion sur un éventuel défaut de la Grèce, le directeur du département Analyse et Prévision à l’OFCE, Xavier Timbeau, a estimé que « ce serait Lehman Brothers en Europe ». Athènes entraînerait avec elle d’autres pays car « la surenchère à la restriction budgétaire » dans un contexte économique difficile leur ferait perdre toute crédibilité aux yeux des marchés.

Pour l’OFCE, la solution est entre les mains de la Banque centrale européenne. Comme les États-Unis, elle doit monétiser la dette des États européens en difficulté. Le Centre de recherche de Sciences Po estime que le Fonds européen de stabilité financière, dont le renforcement vient d’être ratifié par l’ensemble des pays de la zone euro, n’est pas un instrument adapté.

« Sa capacité de prêts est limitée et conditionnée à des engagements très stricts de redressement budgétaire. Cela revient à reproduire la pression des marchés », a souligné Xavier Timbeau. 

Le sauvetage de la Grèce passe également par une relance de la croissance, estime l’OFCE, qui propose de faire appel aux fonds structurels européens, comme l’a proposé la Commission.