L'opinion européenne toujours hostile à l'adhésion de la Turquie [FR]

Même si les négociations d'adhésion entre l'UE et la Turquie devaient débuter selon le calendrier prévu, ce lundi 3 octobre, elles se dérouleraient dans un climat marqué par l'hostilité d'une majorité de citoyens européens à l'égard de la candidature turque.   

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Même si les négociations d’adhésion entre l’UE et la Turquie devaient débuter selon le calendrier prévu, ce lundi 3 octobre, elles se dérouleraient dans un climat marqué par l’hostilité d’une majorité de citoyens européens à l’égard de la candidature turque. 
 

Les négociations entre l’UE et la Turquie seront, de toute évidence, longues et délicates. Leur conclusion – positive ou négative – n’est pas attendue avant 2015, ce qui laisse la porte ouverte à de profonds revirements au cours des prochaines années (tant au niveau des dirigeants de l’UE, qu’au sein de l’opinion publique européenne).  

Si l’actuelle génération de leaders européens – Chirac et Schröder en tête – est très majoritairement acquise à la cause de la Turquie, les choses pourraient changer avec l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle vague de dirigeants, au premier rang desquels Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. Une fois Paris et Berlin rangés dans le camp des opposants déclarés à l’entrée de la Turquie dans l’Union (camp dont l’Autriche est à l’heure actuelle le principal représentant), le processus de négociations prendrait un tour radicalement nouveau.

Sur une période aussi longue, il n’est pas non plus impossible que l’opinion publique européenne subisse un retournement complet. Une campagne d’information menée dans l’ensemble de l’Union, couplée à la mise en oeuvre d’une série de réformes indispensables, pourrait aider la Turquie à gagner la sympathie de l’opinion publique européenne. 

La tâche s’annonce cependant délicate, dans la mesure où l’image de la Turquie en Europe dépend en très grande partie de la situation intérieure des Etats membres, mais aussi de l’attitude des aspirants au pouvoir ou des dirigeants en place (qui, dans plusieurs pays, pourraient être tentés d’instrumentaliser la question turque pour consolider leur assise populaire).  

Plusieurs Etats européens devraient consulter leur population à l’issue du processus de négociations. Le président Chirac a d’ores et déjà annoncé que « les citoyens français aur[aient] le dernier mot » au sujet de l’adhésion de la Turquie, dans le cadre d’un référendum rendu possible par un récent amendement à la Constitution française. L’Autriche, le Danemark et les Pays-Bas (liste non exhaustive) seront certainement tentés d’emprunter la voie ouverte par la France. Selon le chancelier autrichien Wolfgang Schüssel, « il faut retenir la leçon des référendums français et néerlandais : la démocratie implique que les dirigeants écoutent le demos [le peuple]. »

Dans quasiment l’ensemble des Etats membres de l’Union, un référendum portant sur la question de l’adhésion de la Turquie se solderait aujourd’hui par une large victoire du « non », comme le montrent deux récents sondages. 

Le tableau ci-dessous résume les conclusions de l’enquête d’opinion Transatlantic Trends 2005, réalisée par le « German Marshall Fund of the United States » (un think-tank américain spécialisé dans l’analyse des relations transatlantiques) :

Généralement, pensez-vous que l’adhésion de la Turquie serait… une bonne chose une mauvaise chose sans opinion
Royaume-Uni 32 19 41
Italie 31 21 43
Espagne 26 23 41
Pays-Bas 25 33 39
Pologne 22 20 41
Slovaquie 17 28 34
Portugal 16 16 53
Allemagne 15 40 43
France 11 47 41
Turquie 63 17 17
Etats Unis 35 7 41

Un sondage Eurobaromètre réalisé par la Commission au printemps 2005 aboutissait à des résultats assez proches : 

Etes-vous pour ou contre l’entrée de la Turquie dans l’UE ? Pour Contre
Pologne 54 31
Hongrie 51 38
Suède 50 40
Royaume-Uni 45 37
Espagne 42 33
Pays-Bas 39 53
République tchèque 37 51
Allemagne 21 74
France 21 70
Chypre 16 80
Autriche 10 80
UE-15 32 55
UE-25 35 52

Le taux de soutien à la candidature de la Turquie est inférieur à 50% dans la très grande majorité des pays de l’Union – les citoyens des nouveaux Etats membres y apparaissant dans l’ensemble plus favorables que ceux de l’ex-UE 15 (c’est également dans ces Etats que le décalage entre position des autorités et sentiment des citoyens s’avère, sur ce sujet, le moins important). 

Tout aussi important est l’état de l’opinion turque sur la question de l’entrée dans l’Union. Alors que la population du pays est traditionnellement très favorable à l’adhésion, les dernières enquêtes révèlent une montée du désenchantement à l’égard de l’UE – cette évolution s’étant d’ailleurs traduite par un durcissement de la position des autorités turques dans les tractations en cours. 

« Nous sommes actuellement en présence d’un cercle vicieux, dans lequel l’attitude négative de l’opinion publique (à l’égard de la candidature turque) a un impact direct sur l’attitude des dirigeants », soulignait récemment le Commissaire chargé de l’élargissement, Olli Rehn. « Tout ceci rend d’autant moins crédible, aux yeux des Turcs, la perspective d’une adhésion à l’UE, et a donc pour effet de ralentir le processus de réformes [en Turquie]. Pour briser ce cercle, les dirigeants des deux parties doivent montrer en quoi les négociations [actuelles] sont importantes pour la sécurité et la stabilité de l’Europe », estime le Commissaire Rehn.