L'UE à son plus bas niveau
Bien qu'il ait permis la paix et la prospérité, le projet européen a atteint son « plus bas niveau de l'Histoire », selon les décideurs politiques rassemblés à Florence pour célébrer le 61e anniversaire de la déclaration Schuman.
Bien qu'il ait permis la paix et la prospérité, le projet européen a atteint son « plus bas niveau de l'Histoire », selon les décideurs politiques rassemblés à Florence pour célébrer le 61e anniversaire de la déclaration Schuman.
S’exprimant à la Fête de l’Europe à Florence, Joseph Weiler, un professeur qui est titulaire de la chaire Jean Monnet à l’Université de New York, a émis un avertissement quant à une Union qui aurait atteint ses limites.
Ces limites, a-t-il dit, ont été illustrées par le manque de solidarité pendant la crise de la zone euro, la volonté de la France et de l’Italie de modifier le Traité de Schengen établissant l’espace de libre circulation, ainsi que la montée du populisme dans de nombreux Etats européens.
Les personnalités politiques européennes se sont vivement plaintes du déficit démocratique et de la nécessité de s’engager auprès des citoyens européens, mais un déclin continu s'installe en matière de légitimité de l’UE et de mobilisation du pouvoir des institutions européennes, a déclaré M. Weiler.
Pour combattre les problèmes urgents, les pays européens ont pris d’importantes décisions par le passé, a expliqué l’universitaire, citant en exemple l’établissement du marché unique, la zone euro et l’espace Schengen. Mais ces résultats sont liés à la légitimité du processus et à son issue, et non pas à la légitimité démocratique, a-t-il fait remarquer, donnant son avis sur l'épuisement de l'Europe.
Les pères fondateurs de l’UE, dont d’abord Robert Schuman, ont forgé un projet européen dont l’ADN vient de la Commission européenne et des Etats membres, et non pas du Parlement européen. Même la déclaration Schuman de 1950 ne mentionne pas le mot « démocratie » une seule fois, a déclaré M. Weiler.
Insidieusement, au fil des années, l’Union a tenté de réduire l’écart en accordant progressivement plus de pouvoir à l’assemblée européenne, mais cela n’a pas accru la participation électorale lors des élections européennes. Au contraire, depuis 1979, les électeurs boudent de plus en plus les urnes.
Les citoyens européens n’ont pas l’impression que les personnalités politiques qu’ils élisent les représentent correctement et qu’ils sont tenus responsables de leurs actions, a déclaré M. Weiler, décrivant l’Europe comme « un gouvernement sans gouvernement ».
« Quoi que nous fassions pour attribuer plus de pouvoir au Parlement européen ou aux Parlements nationaux, il est impossible de combler cette lacune politique », a-t-il ajouté.
Les scrutins montrent que les citoyens européens évaluent plus favorablement ce que l’UE peut faire que ce qu’elle a accompli par le passé, a affirmé M. Weiler, discréditant la croyance selon laquelle le projet européen est uniquement légitimé par ses succès.
Le professeur a déclaré qu’il était grand temps pour l’Europe de proposer une nouvelle mission, ou ce que les scientifiques appellent la « légitimité politique messianique », mettant en avant une vision ou le rêve d'un nouveau projet que les citoyens soutiendront sûrement.
« La déclaration Schuman était un projet d’action pour les gens qui avaient besoin d’atteindre certains objectifs, à savoir la paix et la prospérité », a-t-il dit, faisant remarquer que la force de mobilisation de l’Europe était devenue victime du succès de l’Europe.
Jerzy Buzek, président du Parlement européen, est d’accord sur le fait que la montée du populisme et le sentiment anti-européen doivent être combattus.
« En tant que personnalités politiques, nous échouons auprès de nos citoyens en plaidant pour l’intégration européenne », a expliqué M. Buzek, ajoutant que même si le statut du projet n’était pas satisfaisant, il ne devait pas être discrédité.
« Aujourd’hui, nous avons besoin de davantage de coordination, donc de davantage d’Europe », a souligné M. Buzek, demandant plus de volonté politique pour forger une union plus forte.